Lien vers ce message 12 Mai 2015, 20:56
Par Hugo Jalinière Publié le 12-05-2015 à 11h32 sciencesetavenir.fr

La stratégie de lutte contre le paludisme envisagée par ces chercheurs a de quoi surprendre. Et pas seulement parce qu'elle fait intervenir la petite pilule bleu contre la dysfonction érectile.

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Globules rouges infestés de parasite Plasmodium falciparum. ©Inserm, N. Messaddeq


VIAGRA. Aussi étrange que cela puisse paraitre, la fameuse pilule bleu mise au point contre les problèmes d'érection pourrait constituer une nouvelle arme contre... le paludisme. Une maladie parasitaire qui cause tout de même chaque année plus de 600.000 décès dans le monde, principalement en Afrique subsaharienne. Selon une étude parue jeudi 7 mai 2015 dans la revue Plos One, le citrate de sildenafil - plus connu sous le nom de viagra donc - pourrait court-circuiter le cycle de reproduction du parasite responsable de la maladie : le Plasmodium (dont 5 espèces différentes sont susceptibles de causer la maladie). Comment ? En augmentant la rigidité des globules rouges parasités... Explications.

Empêcher le parasite d'infester le sang

La transmission du paludisme d'un individu à l'autre ne peut se faire que par l'intermédiaire d'un vecteur : le moustique du genre Anopheles dont 68 espèces (sur près de 500) sont susceptibles d'être porteuses du parasite. Les traitement s'attaquent habituellement à sa forme asexuée, laquelle est responsable des symptômes de la maladie (fièvre, céphalées, frissons, vomissements, douleurs musculaires, etc.). Cette fois-ci, la démarche est différente : les chercheurs visent la forme sexuée qui est transmise au moustique par l'homme lors de la piqûre. Car si cette dernière est neutralisée, il ne peut y avoir de reproduction sexuée du parasite à l'intérieur de l'insecte.

L'idée des chercheurs est d'empêcher les globules rouges parasités de se retrouver dans la circulation sanguine de l'homme. En effet, c'est à l'intérieur des hématies, d'abord piégées dans la moelle osseuse, que les formes sexuées du parasite se développent (voir photo ci-dessous). Les globules sont ensuite expulsés dans la circulation sanguine où ils pourront être "récupérés" par le moustique dans le sang que celui-ci prélève.

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©Inserm

C'est là que le viagra intervient... en rigidifiant les globules rouges infestés, il permettrait à la rate de les éliminer. En effet, l'organe a pour fonction de filtrer le sang pour retenir et éliminer les globules rouges vieux, anormaux et rigides. Or les chercheurs ont montré que la déformabilité des globules rouges parasités est régulée par une voie de signalisation spécifique qu'il serait possible de court-circuiter. Explication: le principe actif du viagra cible des enzymes impliquées dans la déformabilité, les phosphodiestérases. En inhibant ces dernières chez le parasite, le viagra va rigidifier ce dernier et, par la même occasion, le globule rouge qui l'héberge (image de droite ci-dessous). "Aucun risque qu'il ait le même effet sur les globules rouges sains puisqu'il cible les phosphodiestérases du parasite", précise Catherine Lavazec, co-auteure de l'étude.

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A gauche, le globule rouge infecté se déforme pour pouvoir passer le filtre de la rate. A droite, après traitement avec un inhibiteur de phosphodiestérase, comme le viagra, le globule rouge infecté est rigide. Il pourra ainsi être éliminé de la circulation sanguine et réduire les risques de propagation de la maladie (©2015 Ramdani et al.).

Les chercheurs des instituts Cochin et Pasteur en France et de la London School of Tropical Medicine envisagent ainsi qu'en modifiant le principe actif du viagra pour éviter son effet érectile, ou en testant des molécules similaires dépourvues de cet effet secondaire, il serait possible de donner un coup d'arrêt à la transmission du parasite de l'homme au moustique. Car c'est bien sur le potentiel de dissémination de la maladie via le moustique que se sont penchés les chercheurs et non sur un traitement de la maladie elle-même. Une stratégie originale qui a le mérite de se pencher sur un aspect peu étudié de la transmission du paludisme.
 

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