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Par Marc Gozlan Publié le 20-03-2015 à 16h00 sciencesetavenir.fr

Une étude française fait le point sur la responsabilité de ces boissons sucrées, riches en caféine, dans la survenue de troubles cardiovasculaires, neurologiques et psychiatriques.

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Une étude française pointe notamment le risque de complications cardiovasculaires dues à la consommation de boissons énergisantes chez les jeunes, en particulier les mineurs. ©SALOM GOMIS/SIPA Une étude française pointe notamment le risque de complications cardiovasculaires dues à la consommation de boissons énergisantes chez les jeunes, en particulier les mineurs. ©SALOM GOMIS/SIPA


MODE DE VIE. Elles sont partout. Les canettes de boissons énergisantes ont envahi les commerces d’alimentation, les supermarchés, les salles de sport, les stations-services, les bars et les boîtes de nuit. Et une nouvelle étude française, publiée ce mois-ci dans la revue La Presse Médicale, vient d’en décrypter les effets sur la santé, en particulier sur celle des jeunes, chez qui la consommation des "principales marques comme Red Bull, Dark Dog, Rockstar, Burn et Monster" fait partie intégrante du mode de vie. Toutes renferment de la caféine, de la taurine et de la guarana, une graine à teneur élevée en caféine.

Cette étude menée par le psychiatre addictologue Aymeric Petit, l’addictologue Laurent Karila (hôpital Paul-Brousse, Villejuif) et le psychiatre Michel Lejoyeux (hôpital Bichat, Paris) conclut que si la prise occasionnelle ou modérée de ces produits semble présenter peu de risques pour des adultes sains, il n’en est pas de même lorsque ces boissons sont ingurgitées en quantité excessive avec de l’alcool et/ou des produits illicites de type cocaïne, ecstasy ou amphétamines. Elle pointe notamment le risque de complications chez les jeunes, en particulier chez les mineurs. En effet, contrairement à l’âge adulte, l’organisme présente alors – sans que l’on sache encore en expliquer les raisons - une plus faible tolérance à la caféine.

RISQUES SECONDAIRES. Sciences et Avenir avait déjà alerté ses lecteurs sur les risques d’effets secondaires liés au taux élevé de caféine contenu dans ces boissons (n°801 en libre accès en bas de l'article). "Boire deux canettes et deux cafés par jour suffit à dépasser le seuil recommandé de caféine (200 mg/jour)", écrivions-nous dès 2009, sachant que la dose maximale à ne pas dépasser est de 400 mg/jour. Cette nouvelle étude enfonce donc le clou. Elle affirme en effet que ce composé, dont l’ingestion peut entraîner agitation, migraine, palpitations et troubles digestifs, peut poser problème au-delà d’une consommation quotidienne de plus "de 5 canettes de Red Bull par jour". Quant à la limite à ne pas dépasser concernant la taurine (dérivé soufré d’acide aminé, possiblement neurotoxique), "l’ensemble des données publiées à ce jour permet d’évaluer à 3 g par jour la limite supérieure de sécurité pour la supplémentation quotidienne en taurine, ce qui représente la consommation journalière de trois canettes de Red Bull", indiquent les auteurs.

La survenue d’une crise d’épilepsie a déjà été associée à une forte consommation de boissons énergisantes

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Des cas de troubles du rythme cardiaque (issu des oreillettes ou des ventricules), et même de dissection aortique (déchirure sous l’effet de la pression de la paroi de l’aorte), ont été rapportés. Au total, 17 cas. Parmi eux, aucun n’avait auparavant souffert de troubles cardiaques et tous avaient moins de 15 ans. Là encore, Sciences et Avenir avait souligné les risques cardio-vasculaires liés à l’abus de boissons énergisantes dans le cadre d’une grande enquête sur les psychostimulants, ces molécules censées tonifier le cerveau (enquête à retrouver en libre accès en bas de l'article). Au plan neurologique, la survenue d’une crise d’épilepsie a été déjà associée à une forte consommation de boissons énergisantes.

L’association avec une amphétamine ou de la cocaïne expose à un risque élevé sur les plans neurologique (épilepsie, hyperthermie) et cardio-vasculaire, du fait que ces produits illicites potentialise l’action de la boisson. Sur le plan rénal, leur abus entraîne une fuite trop importante d’eau, de sodium, de chlore, de magnésium et de calcium dans les urines, et peut ainsi conduire à une importante déshydratation lors de soirées festives, particulièrement alcoolisées.

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La consommation quotidienne ces boissons énergisantes est parfois associée à un risque d’apparition de troubles anxieux ou de dépression. Elle expose aussi à des conduites à risque (conduite en état d’ébriété, rapports sexuels non protégés) et des comportements violents (rixes, agressions), même sans prise d’alcool concomitante. "Ces conséquences sont amplifiées à cause de la relative inexpérience de ces jeunes face à l’alcool et du sentiment d’invincibilité ou d’invulnérabilité déclenché par l’association boissons énergisantes/alcool", soulignent les auteurs.

Le déficit d’information des risques chez les adolescents

Des chercheurs américains, canadiens et australiens ont rapporté qu’entre un tiers et la moitié des adolescents consomment régulièrement des boissons énergisantes. Elles représentent aujourd’hui la principale source d’apport de caféine chez les moins de 18 ans aux États-Unis. La première prise de ces produits a lieu à l’âge de 12 ans, avec une consommation moyenne comprise entre 1,3 et 2,6 canettes par jour. Surtout, 19,5 % des adolescents (12-17 ans) estiment que ces boissons ne présentent aucun risque, ce qui est donc loin d’être le cas. Un déficit d’information des mineurs d’autant plus inquiétant que “la boisson Red Bull est aujourd’hui commercialisée dans 166 pays” et que “5,23 milliards de canettes ont été vendues dans le monde en 2013”, précisent les auteurs.

Retrouvez ci-dessous en libre accès la vaste enquête sur les psychostimulants parue dans le mensuel n°795 de Sciences et Avenir :

Psychostimulants : ces molécules qui tonifient le cerveau

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