Lien vers ce message 20 Février 2015, 19:26
Publié le 20-02-2015
Par Frédéric Ojardias RFI


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Un vendredi soir dans « The Ville », le quartier de bars, clubs et restaurants réservés aux soldats américains de la base de Dongducheon, au nord de Séoul, à quelques kilomètres de la frontière avec la Corée du Nord.


Faut-il continuer de criminaliser les aventures extraconjugales ? C’est la question très sérieuse posée par une enquête du gouvernement sud-coréen, enquête dont les conclusions ont été publiées au lendemain de la Saint-Valentin. En Corée du Sud, l’infidélité conjugale est en effet un délit, passible d’une peine maximale de deux ans de prison ferme. Mais beaucoup jugent cette loi hypocrite et demandent son abolition.

De notre correspondant à Séoul,

Cette récente enquête révèle que près de quatre Coréens mariés sur dix reconnaissent avoir eu une relation extraconjugale. Et que 6,5% des Coréennes mariées avouent avoir eu au moins une aventure… L’enquête a été menée par un institut de recherche qui dépend du bureau du Premier ministre. « Ces résultats montrent que l’infidélité n’est pas rare dans notre société », conclut le rapport, qui fait aussi remarquer qu’en vertu de la loi actuelle, près de 20% des adultes coréens sont passibles de prison !

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Filles dans the ville South Korea


Une loi établie en 1953 prévoit en effet jusqu’à deux ans de prison ferme pour un époux volage. Et même si en pratique, comme on le voit, cela ne semble pas dissuader grand monde, quelques centaines de Coréens sont quand même condamnés tous les ans. Depuis de nombreuses années, les critiques se multiplient contre cette loi anti-adultère jugée hypocrite, bien que l’enquête qui vient de sortir révèle aussi que 60% des personnes interrogées estiment que la loi est toujours nécessaire.

Bataille d'arguments dans les deux camps

Les progressistes estiment qu’il s’agit d’une loi anachronique, rétrograde, qui n’est pas digne d’un pays « avancé » comme la Corée du Sud. Pour eux, la Constitution garantit le respect de la vie privée et l’Etat n’a pas à s’occuper de la vie sexuelle des individus, et de ce qui doit rester une affaire de morale. Ces critiques pointent l’hypocrisie de la loi, alors qu’en Corée du Sud on trouve partout des « love motels », ces hôtels propices aux rencontres discrètes et où la chambre se loue à l’heure. La prostitution, bien qu’illégale, est aussi florissante : le gouvernement estime qu’un demi-million de femmes se prostituent.

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De leur côté, les conservateurs, opposés à l’abolition de la loi, rejettent l’argument de la liberté sexuelle, qu’ils considèrent comme une valeur importée de l’Occident. Ils pensent que « l’adultère détruit l’ordre social », selon une conclusion de la Cour constitutionnelle. Beaucoup de féministes défendent aussi cette loi, qu’elles voient comme une protection nécessaire pour les femmes. Nombre de Coréennes cessent de travailler après leur mariage, sont mal protégées en cas de divorce, et se trouvent donc très dépendantes de leur mari. Dans le pays, le concubinage n’est pas accepté socialement : il faut se marier ! Mais beaucoup de mariages sont arrangés, et les époux sont choisis en fonction de leur situation financière, leur statut social, etc. Conséquence : beaucoup de couples ne sont pas très heureux.

Le taux de divorce a quintuplé en 30 ans, et on relève aujourd’hui un divorce pour trois mariages. Mais le divorce est encore très mal vu et beaucoup préfèrent vivre séparément sans jamais divorcer officiellement. La loi anti-adultère semble donc très mal adaptée à cette situation sociale. Depuis les années 1990, son abolition a été examinée à quatre reprises par la Cour constitutionnelle qui, à chaque fois, a décidé son maintien. Et un cinquième jugement est attendu pour cette année ! Les juristes lancent d’ailleurs une mise en garde : si la loi est jugée contraire à la Constitution, les quelque 100 000 Coréens déjà condamnés pour adultère pourraient demander des réparations… Ce qui coûtera une fortune à l’Etat !
Message édité 1 fois, dernière édition par root, 20 Février 2015, 19:26  
 

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