Lien vers ce message 27 Janvier 2015, 22:55
26/01/2015
france24.com


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Quatre hommes suspectés d’appartenir à Boko Haram ont été tués par des activistes juste avant d’entrer dans la ville. Photo : Conseil du gouvernement local de Guyuk.


Pour compenser l’impuissance de l’armée nigériane face aux attaques de la secte islamiste Boko Haram dans le nord du Nigeria, des habitants se sont organisés en milices pour protéger leur quartier. Des groupes d’autodéfense qui, dans le chaos actuel, n’hésitent pas à rendre justice eux même, parfois dans le sang.
Les habitants de la petite ville de Guyuk dans l’État d’Adamawa vivent au quotidien dans la peur de Boko Haram. Et bien que la ville n’ait jamais été attaquée par les membres de la secte, le climat d’extrême insécurité affecte tout le monde. Certains sont des survivants ayant fui les assaillants, d’autres ont perdu des proches dans les attaques tandis que nombre d’habitants accueillent actuellement des réfugiés chez eux.
L’armée ne réussissant pas à contenir la menace que constitue le groupe terroriste, plusieurs communautés ont mis sur pied des milices. À Mubi, c’est un de ces groupes de civils qui a réussi à reprendre la ville passée sous le contrôle de la secte en novembre 2014. Tandis qu’à Guyuk, les miliciens locaux se sont donnés pour mission d’établir des barrages de sécurité et de faire respecter un couvre-feu.
Mais le 19 janvier une patrouille de miliciens a largement outrepassé sa mission. Quatre personnes accusées d’être des membres de Boko Haram ont été exécutées à l’entrée de la ville. Pourtant, la police locale a expliqué aux médias ne pouvoir affirmer s’il s’agissait de combattants de la secte ou de simples voleurs.

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Les quatre suspects après leur execution. Photo envoyée par un contact sur place.


"En ce moment, avoir des armes et des motos suffit pour dire que vous êtes de Boko Haram"

Daouda, originaire de Guyuk, habite actuellement aux États-Unis. En apprenant la nouvelle de ces exécutions sommaires, il a décidé d’enquêter.

C’est mon frère qui m’a mis au courant. Il conduisait sur la route principale quand il a aperçu un attroupement au niveau d’une station essence. Les gens lui ont dit que quatre membres de Boko Haram venaient d’être tués par des miliciens. Ils étaient tous autour des corps. D’après ce qu’on lui a rapporté, ils ont été tués au moment où ils ont été aperçus en train de s’approcher de la ville.

Les miliciens disaient que c’était des combattants de Boko Haram. Et les gens que j’ai pu contacter par la suite me l’ont confirmé en disant : “Ils ressemblaient à des membres de la secte". Pour eux, avoir des armes et des motos suffisait à conclure qu’ils faisaient parti du mouvement.

D’après mes informations, la milice locale avait des informations comme quoi Boko Haram se dirigeait vers Guyuk. Mais qui leur a dit cela ? Nous ne le savons pas. Je n’ai pas pu parler avec un membre des milices jusqu’à présent. [D’autres sources contactées par France 24 indiquent qu’il y avait eu une attaque armée dans la ville voisine de Gombi. Les miliciens auraient été mis au courant qu’ils se dirigeaient vers Guyuk.]

"C’est la loi de la jungle au dernier degré"


La police locale a ensuite emmené les corps vers Numan, une ville plus grande au sud de Guyuk. La morgue a toutefois refusé de prendre le corps expliquant que dans de telles situations, "il valait mieux les asperger d’essence, les brûler et fin de l’histoire". Puis la police a emporté les dépouilles au commissariat central de la ville. De là, elles ont été transférées à Yola, la capitale de l’État. Et je ne sais pas ce qu’il s’est passé après.

Beaucoup de personnes ont pu voir les corps quand ils étaient à Guyuk mais personne n’a pu les identifier. Pour autant, il semble y avoir un consensus sur le fait qu’ils étaient des terroristes. C’est pour moi extrêmement dérangeant. Pourquoi les avoir tués? Pourquoi ne pas les avoir emmenés à la police ? C’est la loi de la jungle au dernier degré.

Quatre personnes ont été tuées et ça n’a même pas fait la une des médias locaux. Je ne comprends pas, mais mon frère m’explique que si les médias restent discrets c’est parce que s’il s’agissait vraiment de membres de Boko Haram et que si le groupe l’apprenait, on risquait des représailles.

Les rapports entre la milice de Guyuk et le forces de l’ordre nigérianes ne sont pas clairement définis. Toutefois, plusieurs sources ont rapporté que les milices de la ville étaient équipées et travaillaient en collaboration avec les autorités comme c’est déjà le cas dans plusieurs autres villes.

"Quand on tombe sur des gens louches, on les arrête pour mener une enquête"

France 24 a contacté Chumak, le chef de la Force civile conjointe, une milice composée d’habitants de Maiduguri, dans l’État de Borno, reconnue par l’État nigérian. Le gouvernement paie les salaires de ces éléments ayant suivi une formation spéciale. Ces groupes sont par ailleurs tenus de respecter des procédures.

À Maiduguri, jour et nuit, nous sommes 200 hommes à patrouiller en même temps. Quand on tombe sur des gens louches, on les arrête pour mener une enquête. S’ils sont innocents, on les relâche. Dans le cas contraire, on les amène aux autorités.


A Lire :

>> RCA: le ministre enlevé par les mêmes personnes que Claudia

>> L’Union africaine se saisit du dossier Boko Haram

>> Nigeria: B.Haram libère près de 200 otages dans le nord-est

Amnesty International rapportait dernièrement que 600 personnes avaient été sommairement exécutées après que Boko Haram avait attaqué la caserne de Giwa, à Maiduguri, en mars 2014. Ces exécutions avaient été menées conjointement par l’armée et les groupes d’autodéfense reconnus par le gouvernement.

Malgré ces violences, le président Goodluck Jonathan a exprimé son soutien aux miliciens qu’il a publiquement qualifiés de "nouveaux héros de la nation", alors que le pays connaît une période de troubles sans précédent qui ont fait plus de 4 000 morts pour la seule année 2014.

Billet écrit avec Brenna Daldorph (@brennad87), journaliste à France 24.
 

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