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Le Point - Publié le 12/01/2015 à 06:33 - Par IAN HAMEL

Aucun passage du Coran n'interdit de dessiner des êtres vivants, y compris Mahomet, qui était un homme. En Iran, des images du Prophète circulent toujours.

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"Charlie Hebdo" avait été attaqué en 2011 au cocktail Molotov à la suite des caricatures et donc des représentations du prophète Mahomet. © Jean-Pierre Muller / AFP


Dans un palais d'Ispahan, la troisième ville d'Iran, figure sur un mur un portrait de Mahomet. Il faudrait plutôt parler d'une image figurative, son visage étant vide, entouré d'un turban vert. De nombreux êtres vivants l'entourent, ils sont tous souriants. Mais il s'agit bien du Prophète, que le visiteur n'a toutefois pas l'autorisation de photographier. Dans le bazar, à proximité de la mosquée du Roi et de celle du cheikh Lotfollah, plusieurs boutiques proposent des effigies d'Ali, cousin du Prophète, quatrième calife et premier imam de l'islam chiite, pour des prix allant de quelques dizaines à quelques centaines d'euros.

L'islam n'est-il pas opposé aux représentations divines et humaines ? Charlie Hebdo n'a-t-il pas été dénoncé, puis attaqué au cocktail Molotov, puis aux armes de guerre pour avoir caricaturé Mahomet ? Or, aucun passage du Coran n'interdit la représentation des êtres vivants. Mahomet, le prophète de la religion musulmane, était un homme, et non l'incarnation de Dieu comme Jésus selon la religion chrétienne. Un critique d'art égyptien a même affirmé que Mahomet avait à son domicile des dessins accrochés au mur.

Combattre l'idolâtrie

En fait, ce n'est pas le Coran qui prône l'interdiction de représentation de Mahomet - comme d'ailleurs celle d'humains et d'animaux -, mais les hadiths - des recueils qui rassemblent les actes et les paroles attribués au Prophète. Mais s'il fallait les suivre à la lettre, il ne devrait y avoir ni statues, ni photographies, ni télévisions dans les pays musulmans. En fait, les hadiths tentaient d'abord de combattre l'idolâtrie, un péché dénoncé dans l'islam, comme d'ailleurs dans le judaïsme et le christianisme.

Les historiens de l'art retrouvent des représentations du Prophète jusqu'au XVIIIe siècle. Depuis, celles-ci deviennent de plus en plus rares, mais ne disparaissent pas totalement, comme le racontent les ethnologues Pierre Centlivres et Micheline Centlivres-Demont dans une étude publiée en 2005 intitulée "Une étrange rencontre. La photographie orientaliste de Lehnert et Landrock et l'image iranienne du prophète Mahomet". Ils découvrent à l'été 2004 à Téhéran un portrait de Mahomet jeune, en couleur, la tête enturbannée. L'affiche a été imprimée en Iran.

Une photo prise en Tunisie

L'origine de ce portrait montrant un visage d'adolescent à la bouche entrouverte ? Rudolf Franz Lehnert (1878-1948), un photographe né en Bohème. Installé en Tunisie, puis au Caire, il produit des milliers de photographies et de cartes postales que les ethnologues qualifient d'"imagerie exotique". Étrangement, c'est une photographie prise en 1905 à Tunis qui va d'abord inspirer une carte postale vers 1920 en Allemagne, puis des images à Téhéran et à Qom beaucoup plus tard.

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La légende de ces images ? "Portrait béni du Vénéré Mohammad à l'âge de 18 ans au cours d'un voyage de La Mecque à Damas alors qu'il accompagnait son oncle vénéré en expédition commerciale." Ces images auraient cessé d'être diffusées en Iran en 2008. Durant notre déplacement dans le pays, il n'a pas été possible d'en retrouver.

Des portraits d'Ali, cousin du Prophète

En revanche, aucune difficulté pour obtenir des portraits d'Ali et de ses deux fils Hassan et Hussein. Les premiers imams de l'islam chiite ornent certains lieux publics. Ils sont même vendus dans la rue un peu comme les images pieuses dans les lieux de pèlerinage catholiques. L'historienne d'art Silvia Naef racontait ce week-end dans la presse suisse que des "séries iraniennes ont filmé les personnages de l'histoire sainte de dos".

Bref, les théologiens chiites se montrent nettement plus flexibles que leurs homologues sunnites sur le sujet. La représentation humaine sous toutes ses formes, y compris celle du Prophète, n'est pas strictement interdite par le Coran. Il fallait le rappeler après l'assassinat des dessinateurs de Charlie Hebdo, soi-disant coupables, selon leurs assassins, d'avoir caricaturé Mahomet.
 

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