Lien vers ce message 17 Juin 2014, 1:47
Le viol est une gangrène de toute la société.
Qui oserait dire que les violences sexuelles n’ont jamais existé ? Elles ont toujours accompagné les guerres, les pillages, été le corollaire d’une volonté de conquête et de pouvoir. Mais l’ambitieuse conférence de Londres, le plus vaste sommet jamais organisé sur ce thème, a soudain brisé un tabou : non seulement la parole s’est libérée, mais cet avilissement de la femme est apparu comme insupportable.


http://ds2.ds.static.rtbf.be/article/image/624x351/4/9/2/c6512260eac170d37c3966249a19033a-1358349228.jpgLongtemps occultée sous couvert de coutumes et de tabous, la plaie a soudain été débridée. Au fil des témoignages, elle est enfin apparue dans toute son horreur, une horreur que dénonce depuis longtemps Denis Mukwege, le médecin chef de Panzi, désormais épaulé et relayé par son collègue et ami le chirurgien belge Guy Bernard Cadière : le viol, c’est la destruction du corps de la femme, l’annihilation des capacités de résistance d’une société, la négation de cette part d’humanité que tous et toutes portons en nous.
On a beaucoup parlé à Londres, des conflits, des enjeux, de l’impunité, des réparations dues aux victimes et le viol a enfin été reconnu comme un crime majeur….
http://www.herault-tribune.com/rep/rep_article/2014-06-06_161145_51AJqqIKSFL.jpg
Mais il faudra aller plus loin encore : même lorsque les conflits s’achèvent, les métastases demeurent, la société toute entière demeure gangrenée. Comment expliquer autrement le viol, dans l’est du Congo, de gamines de moins de cinq ans, sinon par un effondrement de toutes les barrières morales, par la plongée dans une sorte d’anomie de la société où tout devient possible parce que tout, trop longtemps, a été sinon permis, du moins exempté de sanctions ?
Aller plus loin, c’est aider les victimes à se reconstruire, les indemniser, mais c’est aussi guérir la société toute entière en rétablissant le droit, les valeurs morales et, pourquoi pas, l’autorité d’un Etat impartial qui sanctionne les coupables et protège victimes et témoins. Aller plus loin, c’est aussi s’interroger sur le sort réservé à la femme partout dans le monde : certes, les guerres représentent une circonstance aggravante, mais le mépris, la dévalorisation des femmes, le machisme ambiant sont le terreau dans lequel la brutalité peut prendre racine. Colombie, Afghanistan, Congo ont offert des exemples terrifiants, mais ailleurs dans le monde, il y a tant d’autres exemples de violence domestique, d’appropriation du corps des femmes, de discriminations à l’école, au travail… Pour mettre fin à tout cela, la parole et les promesses des hommes, fussent ils réunis à Londres, ne suffiront pas : il faudra aussi que les femmes accèdent au pouvoir, apprennent à se défendre et à se battre.


Source: Le Carnet de Colette Braeckman
Message édité 1 fois, dernière édition par root, 17 Juin 2014, 1:51  
 

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