Lien vers ce message 09 Janvier 2015, 3:39
Le Point - Publié le 18/12/2014 à 07:47 - Par MICHEL COLOMÈS

Avant d'affronter Hillary Clinton, le fils et frère de deux anciens présidents devra gagner une primaire républicaine qu'une poussée conservatrice pourrait plomber.

http://www.lepoint.fr/images/2014/12/18/jeb-bush-3000970-jpg_2620154_652x284.JPG
Jeb Bush, le 17 décembre 2014 à Miami. © Joe Raedle / AFP


Il y a un signe qui n'avait pas trompé ses partisans, en Floride ou dans les milieux d'affaires. Cet automne, Jeb Bush (Jeb pour John Ellis Bush), 61 ans, s'était fait aider d'un coach pour, à coups d'exercices physiques et de diététique, se remodeler une silhouette plus svelte et plus jeune. Il a perdu sept kilos dans l'exercice. Puis la confirmation est arrivée mardi 16 décembre, par un texte adressé à ses partisans sur le compte Facebook de l'ancien gouverneur de Floride : "J'ai décidé d'explorer la possibilité de me présenter à l'élection présidentielle."

Dans ce message, il raconte curieusement, avant d'en venir au coeur du propos, comment lui, sa femme Columba et leurs trois enfants avaient passé les fêtes de Thanksgiving à faire bonne chère et à regarder des matches de football à la télé... Certains puristes des arcanes de la politique américaine en ont donc profité pour faire remarquer que ni dans la forme ni dans le fond il ne s'agissait d'une déclaration formelle de candidature. À un détail près toutefois. Dans son message qui ne se veut pas un communiqué, Jeb Bush annonce aussi la création d'un PAC. Autrement dit une de ces structures de financement (political action committee) qui existent depuis 2012 et permettent aux donateurs de dépasser légalement le seuil de 2 500 dollars d'aide aux candidats à la présidentielle ou aux mandats du Congrès.

Une structure de financement lancée

Or, c'est le signal qu'attendaient beaucoup de financiers potentiels pour qui Jeb Bush a deux avantages : il est républicain, mais modéré. Il fait partie, famille de patriciens du Texas oblige, de l'Establishment avec un grand E. "Voter pour un Bush, c'est aussi rassurant que de faire un achat dans un magasin franchisé", dit ainsi drôlement David Axelrod, qui est pourtant un proche d'Obama. Mais ces atouts d'appartenance et de notoriété sont aussi ceux qui pourraient se retourner contre Jeb sur le plan politique.

Fils de George Herbert Walker Bush, 41e président des États-Unis et frère de George Walker Bush, 43e président, le possible candidat à l'élection de 2016 donnera immanquablement à l'électeur américain le sentiment que la plus grande démocratie du monde, fière de son idéal républicain, gagné sur les champs de bataille face au roi d'Angleterre, est entrée dans un cycle de dynasties politiques qui alternent au gré des élections. Le Washington Post a ainsi calculé qu'un électeur de moins de 38 ans n'a connu qu'une seule élection présidentielle - celle de 2012 - dans laquelle ni un Bush ni un Clinton n'étaient candidats.

Deux dynasties ?

La candidature, plus que probable elle aussi, d'Hillary Clinton pour le camp démocrate n'évacuera pas les critiques sur la transmission de la fonction présidentielle par héritage. Mais elle aura pour Jeb Bush l'avantage de mettre les deux camps sur le même plan. En revanche, si Hillary, qui pour le moment se contente de faire la promotion de son livre en une sorte de précampagne littéraire, n'a pas trop de soucis à se faire pour remporter la primaire démocrate, c'est beaucoup plus compliqué pour Jeb chez les républicains.

L'ancien gouverneur est plutôt le successeur de son père que celui de son frère. Il est donc pragmatique et modéré et passe presque pour un gauchiste aux yeux de ceux qui, dans son parti, sont des militants incorrigibles du "moins d'État fédéral possible" dans les affaires locales. Et si quand il était en fonction aux commandes de la Floride il a supprimé des impôts et des taxes et diminué le nombre de fonctionnaires locaux, il s'est aussi montré ouvert à une des bêtes noires des adeptes du Tea Party : l'ouverture progressive à une éducation commune pour tous les petits Américains, qu'ils habitent dans le Kentucky ou à New York (common core academic standard).

Lire aussi :

>> Idriss Déby: L’objectif de l’OTAN était d’assassiner Kadhafi

>> RDC - Violences à Beni: l’ONU soupconne pas que les ADF

>> Sénégal: un opposant gambien arrêté à Dakar

Sur l'immigration aussi, Jeb Bush, dont la femme Columba est d'une grande famille mexicaine, a des idées d'ouverture et de régularisation pour les 11 millions de sans-papiers qui risquent d'être violemment combattues dans son propre camp. Mais cette position courageuse a son avantage : elle vaudra à ce candidat qui parle couramment espagnol d'avoir l'appui de la communauté des latinos, dont le nombre ne cesse de grandir. Quoi qu'il lui en coûte, Jeb Bush ne semble pas prêt à faire des concessions sur ses idées. Dans un forum organisé par le Wall Street Journal au début de ce mois il avait été clair : "Pour gagner la présidentielle, il vaut mieux être prêt à perdre les primaires qu'à renoncer à ses principes."
 

Commentez sur Facebook