Lien vers ce message 17 Juin 2014, 1:28
Alors que la situation était stabilisée au Nord et au Sud Kivu depuis novembre dernier, de nouvelles violences viennent de rappeler la fragilité de la paix. Dans le territoire de Nyiragongo, au nord de Goma, des tirs ont été échangés jeudi matin entre des militaires congolais et leurs voisins rwandais.

http://ikazeiwacu.fr/files/2013/07/col-olivier-hamuli.jpgSelon le lieutenant-colonel Olivier Hamuli, porte parole de l’armée congolaise au Nord Kivu, « des soldats rwandais ont franchi la frontière vers 5 heures du matin et enlevé un de nos militaires. Nos troupes ont réagi avec force et les Rwandais ont été repoussés chez eux. »
Selon un observateur militaire présent sur les lieux, dès les premiers coups de feu, une délégation militaire congolaise a pris contact avec les forces de défense rwandaise mais ces dernières, au lieu de reculer, auraient envoyé des renforts et occuperaient une localité du côté de Kibumba, en territoire congolais. Ce témoignage est confirmé par la société civile de Goma, dont un membre a été blessé d’une balle dans l’épaule.
Dans le contexte actuel de tels incidents ne peuvent être pris à la légère. En ce moment en, effet, au Nord comme au Sud Kivu, on assiste à la reddition de centaines de combattants hutus membres des FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda), présents dans la région depuis 1994. Talonnés et menacés tant par l’armée congolaise que par la Brigade d’intervention spéciale de la Monusco, ces hommes, des combattants aguerris, ont choisi d’autres tactiques : les uns ont publiquement rendu leurs armes, entre autres au cours d’une cérémonie qui a eu lieu au Sud Kivu, à 110 km au sud de Bukavu, d’autres ont accepté d’être relocalisés dans d’autres provinces du Congo, d’autres encore auraient entamé un mouvement de repli en direction du Katanga. Cette relocalisation à Irebu, dans l’Equateur, de combattants aguerris, réputés pour les massacres commis contre les Congolais, est très mal acceptée par la société civile locale : des députés originaires de la province de l’Equateur redoutent que la présence de ces hommes, même désarmés, n’accentue l’insécurité. A Goma, un défenseur des droits de l’homme a été blessé par la police alors qu’il soutenait une manifestation de femmes congolaises, qui exigeaient que les FDLR soient désarmés et ramenés au Rwanda.
Du côté du Rwanda, on soutient officiellement que tous les opposants, armés ou non, se trouvant à l’extérieur du pays devraient rentrer au pays, affronter éventuellement la justice puis être réinsérés. Mais il est évident que de tels retours, s’ils se confirment, représentent des risques à la fois sécuritaires et politiques. La situation sur la frontière congolaise suscite la nervosité de Kigali où l’on redoute des infiltrations et la perspective d’un « dialogue politique » avec les FDLR, suggérée par certains pays africains comme la Tanzanie, est catégoriquement écartée. En outre, Kigali accuse souvent les forces congolaises et même la Brigade d’intervention africaine (Tanzanie, Afrique du Sud, Malawi) d’avoir enrôlé des combattants hutus et redoute manifestement un coup fourré…
Par ailleurs l’émotion est toujours vive au Sud Kivu, dans la localité de Mutarule, où une attaque d’hommes non identifiés, mais soupçonnés d’être des Tutsis Banyamulenge, a fait 36 morts et 24 blessés parmi les civils. Ici aussi des rivalités entre autorités coutumières ou des conflits portant sur le bétail ou la terre ont été évoqués mais cette tuerie s’inscrit également dans un contexte politique tendu.


Source: Le Carnet de Collette Braeckman
 

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