Lien vers ce message 04 Janvier 2015, 18:56
Publié le 04-01-2015
Par Jérôme Bastion RFI


Turquie: «La seule carrière pour une femme est de faire des enfants»

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En juillet 2014, un responsable du parti au pouvoir AKP a appelé les femmes à ne pas « rire en public ». Pour protester, ces dernières ont organisé plusieurs mobilisations, notamment à Ankara (photo).
AFP PHOTO/ADEM ALTAN


En Turquie, le gouvernement néo-islamiste de l’AKP du président Recep Tayyip Erdogan fait une nouvelle fois parler de lui par ses déclarations conservatrices sur la place de la femme. Des propos qui ont suscité de vives critiques, dont celles de la romancière à succès Elif Shafak. Cette fois, c’est le ministre de la Santé qui a déclaré que « la seule carrière possible pour une femme est de faire des enfants ».

de notre correspondant à Istanbul,

La nuit du Nouvel An est souvent propice à rendre hommage au premier nouveau-né de la nouvelle année en Turquie. C’est à cette occasion que le ministre de la Santé, Mehmet Müezzinoglu, s’est retrouvé à faire la tournée des maternités de la capitale, Ankara. Dans l’une d’elles, il a pris dans ses bras l’un des tout premiers poupons de l’année 2015 et utilisé ce prétexte pour souligner que « les femmes ne doivent pas mettre au centre de leur vie d’autres carrières que la maternité. Elever de nouvelles générations doit être au centre de leurs préoccupations ».

Ces propos n'ont pas plu à Elif Shafak, l’auteur notamment de La Bâtarde d’Istanbul qui lui a répliqué sur son compte Twitter que la maternité n’était pas un métier et que ce n’était pas aux politiciens d’en décider. Un commentaire qui n’a eu pour effet que d’inciter le ministre à réitérer son credo. « La maternité n’est pas une carrière donnée à tout un chacun, c’est une carrière sacrée, et indiscutable », a souligné Mehmet Müezzinoglu. Voilà donc une nouvelle fois la femme turque au pied du mur, face aux responsabilités clairement assignées par le gouvernement AKP au pouvoir depuis 12 ans.

Une rhétorique récurrente

Ce genre d’argumentaire n’est pas nouveau. C’est même une rhétorique récurrente chez Recep Tayyip Erdogan depuis belle lurette. Le chef de l’Etat a commencé à militer contre l’avortement il y a plusieurs années, en parlant de « crime contre l’Humanité ». Il dénonçait tout récemment encore la « trahison contre des générations de Turcs » que représentait à ses yeux le planning familial. Il y a quelques mois, le président avait dénoncé de la même manière l’utilisation abusive à ses yeux de la césarienne. Il a aussi appelé, et ce à plusieurs reprises, les femmes à faire au moins 3 enfants, « voire 5 », ajoutait-il parfois.

Il a souvent été imité par tel ou tel ministre détaillant ce qui est bon et moins convenable pour la femme à marier, ou encore comment et pourquoi la femme ne doit pas travailler, mais rester à la maison. Recep Tayyip Erdogan martelait encore récemment que l’égalité homme-femme était « contre nature ». C’est donc un véritable leitmotiv du Parti de la justice et du développement (AKP) qui multiplie les mesures confirmant son ancrage religieux, notamment dans l’éducation, avec l’autorisation du port du voile dès l’enseignement primaire et l’apprentissage de la religion possible dès les plus jeunes âges.

Deux femmes assassinées en moyenne par jour

En fonction de critères tels que la laïcité et l’égalité des droits, on constate aujourd’hui en Turquie un recul des droits fondamentaux des femmes. Ces dernières années, l’accès à l’interruption volontaire de grossesse, sans avoir été interdit, a été rendu beaucoup plus difficile et exceptionnel. La pilule abortive n’est plus remboursée par la sécurité sociale, par exemple, et la plupart des centres de planning familial ont été fermés.

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Et ce que dénoncent les associations féminines, c’est le peu de cas des violences qui sont faites aux femmes en général et aux épouses en particulier. Quand elles parlent de violences, elles parlent de la violence la plus extrême puisque deux femmes sont assassinées en moyenne chaque jour en Turquie, un chiffre en augmentation rapide depuis quelques années. Et le gouvernement ne fait rien pour enrayer cette évolution.

L’emploi et l’éducation des femmes sont par ailleurs en déclin, avec aujourd’hui environ 69% des hommes ont un emploi rémunéré contre 28% des femmes, alors que 36% des hommes sont diplômés du deuxième cycle du secondaire contre 27% de femmes, selon l’ODE. Beaucoup craignent que cette tendance ne continue à s’accentuer sous les coups de boutoir de l’équipe du chef de l’Etat, et que les femmes doivent reprendre leur lutte pour des droits fondamentaux acquis depuis plusieurs décennies, comme dans un régime véritablement islamiste.

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Femme qui danse devant un cordon de policiers lors de l'évacuation d'un squat d'activistes pro-Gezi dans la banlieue d'Istanbul, en décembre 2014.
AFP/Ozan Kose

 

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