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Par LeFigaro Valérie Moal - le 17/11/2014

AVIS D'EXPERT- Des membres de l'académie de médecine répondent à vos questions. Posez vos questions ur le figaro.fr/sante. Aujourd'hui, le professeur Charles Pilet, membre de l'Institut, président honoraire de l'Académie de médecine, directeur honoraire de l'école national vétérinaire d'Alfort.

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Les quelques exemples de maladies animales transmissibles à l'homme ne sauraient faire oublier, pour l'homme et pour l'animal, tout le plaisir des échanges entre ces deux mondes, apparemment différents mais en réalité si proches.


Plus de la moitié des foyers français possède un animal, et nos chiens, chats et autres animaux préférés nous valent de détenir le record européen en la matière. Il est largement démontré que la compagnie des animaux est bénéfique et recommandée. Mais cette intimité partagée peut, si nous sommes mal informés, nous valoir quelques désagréments et parfois même, si l'on n'y prend garde, nous faire courir quelques risques de santé.
Parmi les maladies transmises par les animaux de compagnie, les teignes et les gales viennent en tête des consultations médicales. Le chat, souvent responsable d'allergie, peut transmettre à l'homme plusieurs maladies infectieuses ou parasitaires. C'est le cas notamment pour la maladie des griffes du chat ou encore la toxoplasmose. Notons cependant, contrairement à une idée reçue, que cette dernière maladie, dont les femmes enceintes ont bien raison de se méfier, est moins souvent imputable au chat qu'on ne le croit. Attention cependant au nettoyage des litières et, sur un tout autre plan, à la consommation de viandes crues ou peu cuites.

Le chien peut lui aussi ne pas être toujours de bonne compagnie pour l'homme. On se souvient qu'en 1999, après plusieurs cas de morsures graves sur des enfants, une loi renforça les pouvoirs de police des maires vis-à-vis des animaux dangereux pour la santé publique, en particulier les chiens potentiellement agressifs. Parmi les maladies transmissibles, outre la rage que chacun connaît pour sa particulière gravité, un certain nombre de maladies infectieuses ou parasitaires peuvent être transmises par le chien. Certaines d'entre elles sont d'autant plus insidieuses que l'animal peut être porteur sain et sembler en bonne santé. C'est le cas notamment de la toxocarose, susceptible de créer chez l'homme des urticaires chroniques ou, plus gravement, d'atteindre l'œil, au risque de provoquer une baisse voire une perte de l'acuité visuelle.

Attention aux espèces «originales»!

En ville, nos chers compagnons posent parfois des problèmes de cohabitation: morsures, griffures, bousculades, chutes… Et fractures dues aux «scatoglissades» sur les trottoirs où trop de maîtres brillent par leur indélicatesse… Dans les lieux publics, les jeunes enfants jouent trop souvent dans des bacs à sable souillés par des déjections canines où l'on retrouve des larves parasitaires (toxocarose, hydatidose). Enfin, les âmes charitables qui nourrissent les pigeons comme des animaux de compagnie sont-elles conscientes du danger potentiel de leur geste? Les envols répétés de ces volatiles souvent porteurs d'agents pathogènes responsables d'affections respiratoires du type de l'ornithose soulèvent poussières, fragments de plumes et excrétas, générant une pollution passive et silencieuse mais dangereuse car constituant des allergènes sensibilisants.
C'est le cas notamment pour certains NAC, comme on les appelle, «nouveaux animaux de compagnie», qui, des cacatoès aux chimpanzés, iguanes, crocodiles et autres espèces exotiques, se retrouvent bien malgré eux transplantés dans nos villes… Et parfois très vite d'ailleurs rejetés dans nos égouts! Car leurs propriétaires se lassent parfois vite de leurs peluches vivantes! Or, si les risques sanitaires liés aux animaux de compagnie classiques sont bien connus, c'est loin d'être le cas pour les NAC.

http://sante.lefigaro.fr/sites/default/files/styles/450_x_190/public/media/field_visuel/nouveaux-animaux-de-compagnies.jpg?itok=Gp_tnDLpMême les professionnels se trouvent parfois pris au dépourvu devant des espèces «originales» parfois importées en fraude dont on ignore le passé sanitaire et qui véhiculent des microbes inconnus. Seuls les animaux figurant sur la liste des animaux en voie de disparition font l'objet d'une comptabilité rigoureuse. Certains primates peuvent transporter des virus mortels, les reptiles des salmonelles et, sous leur apparence chatoyante, les cacatoès et les jolis oiseaux des îles, loin d'être inoffensifs, peuvent transmettre la psittacose, une maladie respiratoire redoutable. Enfin, les médecins, déjà peu habitués à diagnostiquer les maladies d'origine animale, sont encore plus démunis quand celles-ci sont d'origine exotique.

C'est la mode des iguanes qui a contribué à la propagation de la salmonellose aux États-Unis, un pays qui importe plusieurs millions de reptiles par an comme animaux de compagnie. Quand la tortue de Floride passa de mode et fut relâchée par leurs propriétaires à des milliers d'exemplaires dans les cours d'eau, on constata une grave dissémination de salmonelles qui obligea les autorités à en interdire l'importation et la vente.

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De même, la Commission européenne interdit l'importation des «chiens de prairie», en provenance des États-Unis, où ils avaient été à l'origine de la transmission de la peste bubonique et de la variole du singe. Or, dans le cas de cette dernière maladie, en remontant la filière, il est apparu que les chiens de prairie avaient été contaminés dans une animalerie par des rats de Gambie importés du Ghana! Un scénario similaire à celui de l'entrée, toujours aux États-Unis, du virus du Nil occidental, à l'origine notamment de méningites humaines, qui aurait débarqué à New York avec des oiseaux africains importés en fraude.

Ces quelques exemples de maladies animales transmissibles à l'homme ne sauraient faire oublier, pour l'homme et pour l'animal, tout le plaisir des échanges entre ces deux mondes, apparemment différents mais en réalité si proches. Encore convient-il de ne pas méconnaître ou vouloir ignorer l'existence d'une communauté entre l'animal et l'homme dans les domaines infectieux et parasitaire et de respecter les règles d'hygiène les plus élémentaires.

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/7/77/Toxocara_canis_LifeCycle%28French_version%29.GIF

Cycle parasitaire de Toxocara canis.


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