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Par Tanguy Berthemet Publié le 03/11/2014 à 21:01

Les États-Unis et l'Europe se sont montrés clairs dans leur refus de ce coup d'État déguisé. L'Union africaine a donné quinze jours aux militaires pour se retirer, sous peine de sanctions.
Les grandes puissances menacent les putschistes de sanctions s'ils n'assurent pas une transition démocratique.


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On voit d'abord de longues files de motos bien garées et des jeunes gens qui s'activent pour aider les voitures à trouver un parking. Et puis une foule dense qui entre et sort, comme d'un stade, à travers le portail défoncé de la villa. L'ancienne maison de François Compaoré, le frère du président déchu, est le lieu le plus visité de Ouagadougou. Quatre jours après la fuite du maître des lieux en Côte d'Ivoire, il ne désemplit pas. Il ne reste pourtant plus grand-chose de cette grosse demeure bourgeoise en carrelage verdâtre de ce quartier chic. Tout a été pillé, jusqu'aux fenêtres et aux boutons électriques. Mais on continue à venir, chacun emportant un nouveau bout de béton pour symboliser la liberté, comme les Allemands avec le mur de Berlin. «Vous avez vu ce luxe! Six salles de bains!» s'égosille une dame. Un homme s'extasie de rage devant la piscine du premier étage: «Ça a été fait avec notre argent!» Devant la porte, des gamins vendent des photocopies de documents pillés censés prouver les turpitudes de François Compaoré. On y trouve des relevés de comptes, des lettres et des PV d'écoutes téléphoniques assez anodins.

François Compaoré avait fini par incarner à lui seul toutes les dérives d'un système honni. Les histoires sur les détournements de fonds, les pots-de-vin circulant sur son compte, loin d'être toutes fausses, cette fois, sont légion. Depuis la chute du président et de sa famille, le Burkina Faso veut respirer et un peu se venger. La focalisation des foules sur les seuls Compaoré est loin de chagriner. À Ouagadougou, bien des caciques de l'ancien pouvoir sont encore là. «Une chasse aux sorcières ne serait bonne pour personne», explique Salif Diallo, opposant qui fut, comme d'autres, longtemps un proche du régime.

Mais ce rêve d'une transition sans heurts s'éloigne. Certains hommes politiques et surtout les acteurs de la société civile ne sont ni dupes ni prêts à accepter la prise de pouvoir par l'armée et son représentant, le lieutenant-colonel Zida. «Zida, c'est le système Compaoré sans Compaoré», s'agace Sidiki Dermé, coordinateur des associations de la société civile.

Pression de la rue et peur de la communauté internationale

L'officier et l'armée, dimanche, ne donnaient pour autant que peu de signes de vouloir céder le pouvoir. Au moins à très court terme. Lundi, tout en se présentant comme le chef de l'état, le colonel a lâché cependant du lest, se déclarant prêt à une «transition constitutionnelle». «Reste à savoir ce que cela veut dire», souligne un diplomate européen. Pour Augustin Loada, directeur du Centre pour la gouvernance démocratique, c'est néanmoins significatif: «Les militaires ont compris que la transition ne pouvait être que civile et qu'ils devaient partir.»

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Plus que la pression de la rue, c'est la peur de la communauté internationale et des sanctions qui fait vaciller les officiers. Les États-Unis et l'Europe se sont montrés clairs dans leur refus de ce coup d'État déguisé. Lundi, l'Union africaine a donné quinze jours aux militaires pour se retirer, sous peine de sanctions. «Les sanctions sont quelque chose que notre pays ne peut supporter», souligne l'un des chefs de l'opposition, Bénéwendé Sankara.

Reste à savoir comment pousser l'armée à lâcher le pouvoir et pour quel système la remplacer. «Il faut faire attention à ne pas humilier l'armée, prévient Simon Compaoré, l'ancien maire de Ouagadougou. Sans elle, il n'y aura plus d'ordre, et cela sera de nouveau le chaos.» Lundi, l'opposition, réunie au sein du CFOP, longtemps timide à réclamer le départ des militaires, a demandé dans un communiqué que la transition «soit démocratique et civile» tout en soulignant sa «considération importante pour l'armée». Cette exigence ne résoudra pas tous les problèmes. Très divisé, le CFOP a jusqu'à présent été incapable de présenter un candidat pour remplacer le colonel Zida.

LeFigaro
 

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