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Par Judith Duportail Publié le 24/10/2014 à 18:14

VIDÉO - Si un homme déguisé en faux clown a été condamné pour avoir terrorisé des passants, l'inquiétude persiste dans le Nord, où est né le phénomène, et grandit dans plusieurs autres régions françaises. Décryptage d'un phénomène qui ne fait pas rire la police.

http://www.lefigaro.fr/medias/2014/10/24/PHOaa7497fe-5b95-11e4-9c00-ce9a9873a4a1-805x453.jpg


Jeudi soir, cinq jeunes ont été interpellés à Béthune, dans le Pas-de-Calais pour avoir voulu «chasser» avec des armes des faux clowns agressifs. Ils ont été arrêtés en possession d'une batte de base-ball, d'une matraque télescopique, d'un poing américain, d'un marteau et d'une bombe lacrymogène. Cet épisode est un énième rebondissement de l'affaire des faux clowns où réalité et fiction se confondent aisément. Quelques jours plus tôt, dans la même ville, un jeune homme de 19 ans qui s'était déguisé en faux clown a été condamné à 6 mois de prison avec sursis pour avoir terrorisé des passants en brandissant un bâton ressemblant à un long couteau. De ce simple fait divers est née une psychose dans le département.

Les actes du jeune homme et les récits exagérés qui en ont découlé ont conduit les Béthunois à une grande inquiétude. Dans le département, 27 signalements de clowns agressifs ont ainsi été faits dans la journée du jeudi 16 octobre, 26 pour le vendredi 17, avant que le phénomène ne décroisse. Les pages facebook recensant des «témoignages» d'agressions par des clowns et diffusant des photos aux origines obscures permettent à l'inquiétude de se propager. Une liste de villes hypothétiquement concernées par la présence de faux clowns «où il ne faut pas se promener seul» circule par exemple. Chez les voisins du Pas-de-Calais, une vingtaine d'appel ont été passés au 17 pendant la journée du 17 octobre poussant la préfecture et la police à passer un avertissement sur les réseaux sociaux.

A Péronne (Picardie), deux clowns ont été arrêtés le 16 octobre pour avoir effrayé des passants dans le centre-ville, selon le Courrier Picard. Ici, c'est à l'aide d'un marteau et d'un couteau factice que ces clowns officiaient, dans un supermarché. A Périgueux (Sud-Ouest), le 10 octobre, un ado de seize ans déguisé en clown était arrêté après avoir effrayé une jeune femme en brandissant un couteau en plastique sous son nez, avant de la suivre jusqu'au gymnase où elle se rendait. En Alsace, les signalements se sont multipliés dans la région de Mulhouse et d'Altkirch.
«Le clown a toujours porté en lui cette dualité entre humour et horreur»

L'origine du phénomène n'est pas précisement connue. «C'est une mauvaise plaisanterie qui a démarré sur les réseaux sociaux», a expliqué Didier Perroudon, directeur de la sécurité publique du Nord. D'autres évoquent aussi un défi à la Ice Bucket Challenge, où les adolescents se défieraient les uns les autres pour aller faire le faux clown. Facebook regorge en effet de pages sur les faux clowns, mais elles sont présentées comme des pages «d'information», pas de défi. Pour les force de police du Nord, il s'agit d'une mauvaise blague qui «a eu un effet d'entraînement», indique Thierry Alonso, directeur de la sécurité publique du Pas-de-Calais. Ainsi à Guiguamp, Aziz Ouada a délibérement expliqué auprès du Télégramme s'être déguisé en faux clown, avoir poursuivi des passants avec une fausse tronçonneuse et filmé en train de le faire car... «c'est ce qui marche sur Internet.»



http://www.lefigaro.fr/medias/2014/10/24/PHO9610cf5e-5b8a-11e4-9c00-ce9a9873a4a1-300x200.jpgL'utilisation de la figure du clown est pour beaucoup dans le succès de la vidéo d'Aziz Ouada. Des hommes brandissant des armes factices avec un simple masque uni ne feraient pas autant parler d'eux. Le clown fait écho à tout un imaginaire. «Le clown est une figure majeure de la culture populaire, explique Pascal Froissart, spécialiste de la rumeur. Le clown a toujours porté en lui cette dualité entre humour et horreur. Il nous fait rire par l'absurde, ce qui est proche de la folie, de l'irrationnel. C'est une figure inquiétante, qui appartient aussi bien à l'imagerie de l'enfance que des films d'horreur», analyse le spécialiste. Au 19e siècle, le clown et mime anglais Joseph Grimaldi, le premier à arborer le célèbre maquillage rouge et blanc, souffrait de dépression et de problèmes d'alcool, et avait perdu son épouse et son fils. Plus récemment, c'est le visage terrifiant du clown de It, la série télévisée tirée du best-seller de Stephen King, qui a marqué les esprits. En 1990, le personnage aux dents pointues, qui vit dans les égoûts et attire les enfants grâce à des ballons colorés, finit d'assombrir la figure du clown, tout comme le Joker de Batman. L'histoire vraie d'un tueur en série américain surnommé le «clown tueur» a aussi, probablement contribué à attiser les peurs. Arrêté en 1979 dans l'Illinois, John Wayne Gacy avait l'habitude de se grimer en clown pour divertir les enfants dans les hôpitaux. Il fut condamné pour le meurtre de 33 hommes.

LeFigaro
 

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