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Par Thierry Portes Publié le 26/10/2014 à 13:31

Berceau du printemps arabe, le pays a élu dimanche ses députés et a sanctionné les islamistes au pouvoir depuis trois ans.

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De notre envoyé spécial

Le terrorisme, qui s'est propagé en Tunisie depuis la révolution de 2011, n'a pas perturbé les élections organisées dimanche pour la désignation des 217 futurs députés du pays. En bien moins grand nombre et avec moins d'enthousiasme qu'il y a trois ans, quand ils avaient élu leur Constituante, les Tunisiens ont au moins pu calmement se rendre aux urnes pour les premières élections législatives libres de leur histoire. La surprise électorale, que les télévisions ont commencé à suggérer dans la soirée, serait la victoire du parti séculier Nidaa Tunes sur la formation islamiste Ennahdha, au pouvoir depuis trois ans.

La Tunisie et la communauté internationale, qui scrutait ces élections organisées dans le seul pays où se poursuit le processus démocratique né du printemps arabe, ne pouvaient que se satisfaire qu'aucun attentat n'ait troublé le vote. Deux jours avant le scrutin, vendredi matin, après un siège de plus de 24 heures, les forces de l'ordre avaient donné l'assaut d'une maison à Oued Ellil, à une quinzaine de kilomètres de Tunis, où s'était retranchée une cellule de djihadistes. Un gendarme et les six membres de ce groupe armé, dont cinq femmes, ont été tués dans cette opération, saluée par la population et par toute la classe politique.

À l'instar du chef du gouvernement, le ministre de la Défense, Ghazi Jeribi, avait aussitôt «appelé tous les Tunisiens à voter massivement et à ne pas avoir peur des menaces, car les terroristes ont pour objectif d'empêcher les élections, la création d'une démocratie, d'un État de droit». Par précaution, la frontière avec la Libye voisine, en plein chaos et qui sert de refuge aux djihadistes tunisiens, avait été fermée pour trois jours. Quelque 80 000 policiers et militaires ont en outre été déployés pour sécuriser les axes routiers et les bureaux de vote.
Dimanche, les files d'électeurs étaient cependant moins importantes qu'en 2011, dans les 33 circonscriptions où se présentaient 1 300 listes de candidats. L'abstention paraissait devoir s'établir autour de 50 %, comme en 2011. Mais un million d'électeurs supplémentaires s'étaient inscrits en plus des 4 millions qui l'étaient d'office, pour avoir participé en 2011. En trois ans, la Tunisie a donc perdu entre un million et un million cinq cent mille électeurs. Ce chiffre traduit bien la déception perceptible dans une population qui ne voit pas ses conditions de vie s'améliorer et qui s'est lassée des joutes partisanes, souvent stériles.

Sanctionner les sortants

Au cœur de Tunis, dans le bureau de vote de la rue de Marseille, ou encore à l'école de la rue Charles-de-Gaulle, près de la Casbah, les plus motivés semblaient d'abord vouloir sanctionner les sortants. À demi-mot, on confiait son intention de voter contre Ennahda, le parti islamiste au pouvoir durant la transition démocratique. «Je change tout, le bilan pour la sécurité et pour l'économie est très mauvais», affirmait un homme. «Je vais voter pour l'expérience», déclarait une femme.
«On a un nouveau Bourguiba», ajoutait-elle, en faisant explicitement référence à Béji Caïd Essebsi, l'ancien ministre du fondateur de la Tunisie moderne, et chef de file de Nidaa Tunes, la principale formation opposée aux islamistes d'Ennahda.
En banlieue de Tunis, dans le quartier déshérité Ibn Khaldoun, les familles fidèles au parti islamiste ne se cachaient pas, elles non plus. «Ennahda a fait des erreurs mais s'est ressaisie», assurait une femme voilée, qui reprochait aux autres partis politiques de «n'avoir pas laissé travailler» sa formation.
Sur la foi de sondages sortie des urnes, Nidaa Tunes pensait avoir devancé Ennahda. Les résultats officiels ne seront pas communiqués avant plusieurs jours. Mais, si elle devait être confirmée, la possible victoire de Nidaa Tounes, qui rassemble pour partie des anciens du régime de Ben Ali, annoncerait un changement complet de la donne politique dans le pays où est né le printemps arabe.

LeFigaro
 

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