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Par Anne Cheyvialle Publié le 07/10/2014 à 06:00

VIDÉO - La Banque mondiale a révisé en nette baisse la croissance en Guinée, au Liberia, en Sierra Leone pour 2014 et 2015.

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C'était la région la plus prometteuse du continent noir. Avant que le virus Ebola fasse son irruption dans la région, l'Afrique de l'Ouest battait tous les records de prévisions de croissance pour 2014 et 2015. Une prospérité aujourd'hui remise en cause notamment dans les trois pays les plus touchés par le virus: le Liberia, la Sierra Leone et la Guinée.
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) fait état de 3338 morts sur 7178 personnes touchées, un bilan sans doute sous-estimé, car de nombreuses victimes ne sont pas déclarées.

Des ravages humains de l'épidémie à la perte de croissance potentielle, il n'y a qu'un pas que la Banque mondiale a vite franchi. L'institution basée à Washington évalue le recul du PIB de la Guinée à 2,1% cette année, 3,3 % en Sierra Leone et 3,4% au Liberia. Cela représente une perte de revenus de 359 millions de dollars. Pour la région, c'est beaucoup. «L'impact est déjà mesurable en terme de perte de production, de hausse du déficit fiscal (car moins de rentrées fiscales et plus de dépenses de santé), d'inflation en hausse, de baisse du revenu réel des ménages et de plus grande pauvreté», précisent les experts de la Banque mondiale.

Situation sécuritaire préoccupante

Il est d'autant plus sensible que ces pays sont parmi les plus pauvres du continent subsaharien, dépourvus de solides structures institutionnelles et sanitaires. La situation est de ce point de vue critique au Liberia, qui manque de tout. «Il n'y a pas l'infrastructure et le matériel minimum, ne serait-ce que pour récupérer les cadavres», raconte Paul Massardier, directeur du réseau Afrique de la société française AGS, spécialiste du déménagement international et de l'aide à la mobilité, implanté dans 48 pays sur le continent.

Pour Paul Massardier, le drame humain préfigure déjà la catastrophe économique au Liberia, et dans une moindre mesure en Sierra Leone. «L'activité est extrêmement diminuée, plus aucun conteneur ne sort du pays, les frontières sont fermées, beaucoup de Libériens se retrouvent au chômage technique et ne sont plus payés - ArcelorMittal a ainsi licencié 1500 personnes - il y a d'énormes problèmes d'approvisionnement, les prix flambent, produits de base, carburant, l'électricité», détaille-t-il. La situation sécuritaire devient également préoccupante dans un pays fragilisé par les années de guerre civile. «Nous allons délocaliser nos entrepôts installés dans un quartier très sensible qui met en danger nos équipes.» Mais pas question pour AGS de quitter le pays. «Nous n'abandonnerons pas notre personnel local», insiste le responsable Afrique.

Effet panique

Les entreprises étrangères implantées dans le secteur minier ou pétrolier réduisent la voilure dans la région. Le géant américain ExxonMobil vient d'annoncer le report d'un projet d'exploration de pétrole au Liberia et des restrictions sur les voyages de ses employés. En août, China Union, deuxième compagnie pour l'acier, qui visait une production de 2,4 millions de tonnes en 2014, a stoppé net son activité à Monrovia. Secteur clé de la croissance, l'agriculture aussi est victime des ravages d'Ebola. «Les plantations sont stoppées, les fermiers arrêtent de cultiver et quittent leurs terres. Ce sont trois pays très agricoles dans la production céréalière d'aliments courants, riz, huile de palme, cacao…», explique Clémence Vergne, de l'Agence française de développement (AFD). Indirectement, c'est l'économie tout entière de ces pays qui est menacée. Le commerce, les transports, l'hôtellerie, la construction… sont touchés.

Les experts de la Banque mondiale évoquent l'impact indirect lié aux réactions de peur, de panique ou du principe de précaution des agents économiques. Plusieurs entreprises françaises ont mis en place des cellules de crise. Chez Orange, elle se réunit deux fois par semaine et regroupe toutes les équipes d'Afrique de l'Ouest. La compagnie qui est présente en Guinée a mis en place une politique de prévention: guide pratique, campagne de sensibilisation, lignes vertes, bonbonne d'eau chlorée à l'entrée de chaque agence… «Nous rappelons que les conditions de transmission sont très limitées», souligne Philippe Gauthier du Medef International, se félicitant que la plupart des entreprises tricolores, basées surtout à Conakry, maintiennent leur activité.

Les autres pays d'Afrique de l'Ouest, notamment le Sénégal et la Côte d'Ivoire, ou le Nigeria restent relativement épargnés par l'épidémie. Quelques cas ont été déclarés, mais vite maîtrisés. Pour 2015, la Banque mondiale avance deux hypothèses de croissance: la première est basée sur une épidémie contenue d'ici la fin de l'année; la seconde, plus sombre, évoque un virus galopant avec une chute de PIB de 4,5% au Liberia et une croissance nulle de 0,1% en Sierra Leone contre une prévision initiale de +7,7%.

VIDÉO - Les conséquences économiques du virus Ebola sur l'Afrique de l'Ouest.



LeFigaro
 

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