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Par Emmanuel Derville Publié le 29/09/2014 à 22:48

Après son investiture, Ashraf Ghani a demandé aux insurgés d'entamer des pourparlers et aux États-Unis de maintenir une présence militaire.

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Le moment est historique. Trente-cinq ans après le début de la guerre civile, l'Afghanistan a connu lundi une passation de pouvoir pacifique. Une première. Le président Hamid Karzaï a laissé la place à Ashraf Ghani. L'avènement du nouveau chef de l'État n'a toutefois pas été sans mal. Cet ancien fonctionnaire de la Banque mondiale a vu sa victoire contestée par son rival, Abdullah Abdullah. Ce dernier était arrivé en tête au premier tour de la présidentielle. Il reprochait au nouveau président d'avoir bourré les urnes. La commission électorale a d'ailleurs reconnu des fraudes massives au second tour. Pour réconcilier les deux hommes, une médiation américaine a débouché sur un accord de partage du pouvoir. Ashraf Ghani tient la présidence. Abdullah Abdullah est le chef exécutif, sorte de premier ministre.

Ses premiers mots en tant que président, Ashraf Ghani les a adressés aux insurgés. «Nos concitoyens veulent vivre en sécurité. Nous sommes fatigués de cette guerre. Nous demandons à nos opposants, en particulier les talibans et le Hezb-e-Islami (un autre groupe insurgé) d'accepter de discuter.» Les talibans lui ont répondu par un attentat suicide le jour même, à Kaboul.

C'est dire si la conclusion d'un accord de paix sera difficile. Le nouveau président doit surmonter trois obstacles. Les talibans d'abord. Nombre d'observateurs les soupçonnent d'être très partagés sur la question des pourparlers. Certains sont prêts à négocier. D'autres veulent continuer à se battre. Officiellement, le mouvement islamiste ne reconnaît pas le gouvernement. Dans un communiqué lundi, les talibans ont qualifié Ashraf Ghani «d'employé promu par les Américains», avant de menacer: «Nous jurons de continuer notre guerre sainte jusqu'à ce que nous ayons nettoyé le pays de l'occupation et instauré un véritable gouvernement islamique.»
Pourtant, depuis 2008, les talibans ont participé à plusieurs cycles de discussions. Fin 2011, les États-Unis, avec l'aide de l'Allemagne et du Qatar, avaient ouvert un canal prometteur. Cet effort a débouché sur l'ouverture d'un bureau de représentation des talibans à Doha en juin 2013. Mais cette initiative avait été rejetée par Hamid Karzaï, et les talibans avaient interrompu leur participation. Quelques mois plus tard, Hamid Karzaï ouvrait un autre canal… Jusqu'à ce que les discussions fuitent dans la presse. Le porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, avait nié tout contact.

Un accord de sécurité

Le deuxième obstacle vient de l'intérieur. Beaucoup de politiciens qui ont soutenu Ashraf Ghani ou Abdullah Abdullah après le premier tour de la présidentielle sont d'anciens seigneurs de guerre que les talibans avaient combattus dans les années 1990. Le nouveau vice-président n'est autre que Rashid Dostum, un criminel de guerre que les talibans avaient forcé à l'exil. Il est revenu sur le devant de la scène après 2001. De même, l'islamiste Abdul Rassoul Sayyaf, soutien d'Ashraf Ghani, menacé de mort par les talibans, a rejoint le premier cercle du président Karzaï avec l'arrivée de la coalition en 2001. Ces anciens chefs de guerre contrôlent toujours leur réseau de miliciens. Ils ont placé leurs fidèles dans l'appareil d'État et voient d'un mauvais œil un accord avec les fidèles du mollah Omar qui les obligerait à partager le pouvoir.

Dernière difficulté: Ashraf Ghani s'est engagé à signer un accord de sécurité qui encadre la présence d'environ 10.000 soldats de l'Otan après le 31 décembre et permettra à l'armée américaine de conserver des bases. Cet accord doit être signé ce mardi, a fait savoir hier l'ambassade des États-Unis. Or les talibans exigent le retrait des troupes occidentales avant tout accord. Depuis treize ans, le mouvement a fait de la lutte contre «l'occupation étrangère» sa raison d'être. Et les troupes de l'Otan ne partiront qu'en 2016.

LeFigaro
 

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