Lien vers ce message 19 Septembre 2014, 13:19
Le Point - Publié le 19/09/2014 à 07:33

De plus en plus d'Américains sont frappés du "syndrome de Pyongyang". Ils veulent coûte que coûte gagner le pays le plus fermé du monde.

On connaissait "le syndrome de Paris" qui frappe de dépression les touristes japonais découvrant la saleté de Paris. Les psychiatres américains devraient se pencher sur un autre phénomène tout aussi étrange en nette recrudescence ces dernières semaines.

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Dennis Rodman et Kim Jong-un le 1er mars 2013.
© "AFP PHOTO / VICE Media / Jason Mojica


"Le syndrome de Pyongyang", ou cette étonnante épidémie de citoyens américains tentant à tout prix de rejoindre le royaume totalitaire du dictateur nord-coréen Kim Jong-un. Mercredi, un jeune Américain a voulu gagner à la nage les lignes barbelées nord-coréennes en traversant le fleuve Han, dans la banlieue de Séoul. L'homme a été arrêté de justesse, vers minuit, par les militaires sud-coréens qui surveillent depuis leurs miradors la frontière la plus militarisée au monde.

Ils l'ont sans doute sauvé d'un long séjour dans les geôles communistes. En effet, dimanche, c'est un jeune Californien, qui a été condamné par un tribunal nord-coréen à six ans de travaux forcés pour "actes hostiles" à la suite de son intrusion. Âgé de 24 ans, Matthew Miller était arrivé dans le royaume ermite avec un visa de touriste en avril. Il aurait déchiré son document de voyage et demandé bruyamment l'asile. "Je suis venu dans la République populaire démocratique de Corée pour trouver refuge", aurait crié le jeune touriste, avant d'être arrêté, selon la KCNA, l'agence officielle.

Il voulait rencontrer le leader suprême Kim Jong-un

Quel motif a pu convaincre ce jeune homme "bien sous tout rapport" de se jeter dans la gueule du loup ? Pourquoi demander l'asile dans l'un des pays les plus répressifs et pauvres du monde ? Miller aurait confessé qu'il avait prémédité son projet avec pour "folle ambition" de séjourner dans une prison nord-coréenne pour mieux évaluer l'état des droits de l'homme dans le pays, affirment les juges de son procès expéditif.

Le mystérieux nageur du fleuve Han avait lui aussi un projet démesuré : rencontrer en personne le leader suprême Kim Jong-un, comme il l'a affirmé à ses interrogateurs. Une ambition loufoque, quand on sait que même les émissaires diplomatiques de haut niveau n'ont pas accès au dictateur. Mais les services sud-coréens gardent secrets les détails de cet étrange transfuge, jeune trentenaire et qui serait "d'origine arabe", selon l'agence Yonhap. Comme Miller, il semble fasciné par le régime le plus isolé du monde.

Étonnement, l'attraction de la Corée du Nord semble grandir ces dernières années à mesure que la planète se globalise à coups de réseaux sociaux et d'Internet haut débit. Comme si Pyongyang devenait la dernière frontière d'un monde désormais sans mystère. Ou une anti-Amérique par excellence attirant les marginaux en quête de sensation et de renommée, à l'image du voyage de l'ex-star du basket Dennis Rodman. Une fascination particulièrement ironique vis-à-vis d'un régime dont l'idéologie fondatrice est ouvertement xénophobe, comme le décrypte Brian Myers, dans son ouvrage de référence La Race des purs.

Le cauchemar des diplomates américains

L'isolement de la Corée du Nord fascine depuis déjà longtemps les missionnaires protestants, qui rêvent d'évangéliser cette terre athée. Un "crime" grave aux yeux de la dynastie des Kim qui a mis en place un culte de la personnalité faisant office de religion officielle. Ainsi, l'Américain Kenneth Bae a été condamné à quinze ans de travaux forcés en avril 2013, accusé de prosélytisme alors qu'il était entré avec un visa de touriste. Un autre Américain, Jeffrey Fowle, est sous les verrous et en attente de jugement. Cet homme de 56 ans est accusé d'avoir laissé délibérément traîner une bible lors de son voyage.

Ces candidats à l'exil nord-coréen sont devenus le cauchemar des diplomates américains basés à Séoul. En effet, ils compliquent encore un peu plus la tâche du Département d'État qui peine à trouver la parade à la fuite en avant nucléaire des Kim. Les Bae, Miller et autres visiteurs offrent des cartes de négociation en or à Kim Jong-un. Washington, qui refuse de payer des rançons au Moyen-Orient et n'a pas de relations diplomatiques avec Pyongyang, doit ravaler son orgueil pour demander un "geste humanitaire" à son adversaire. En 2009, Bill Clinton avait dû se rendre en personne dans la capitale nord-coréenne pour libérer deux "otages" américaines, victimes elles aussi de l'étrange syndrome.

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