Lien vers ce message 17 Septembre 2014, 9:12
Les séparatistes n'avaient pas répondu mardi à cette offre de plus grande autonomie de l'est de l'Ukraine.

http://www.lefigaro.fr/medias/2014/09/16/PHO2bce26fe-3dc2-11e4-8e6d-ab3eccc07340-805x453.jpgLe mardi 16 septembre restera un grand jour pour l'Ukraine. Mais on ne sait pas encore vraiment de quelle manière l'histoire s'en souviendra. En ratifiant l'accord d'association avec Bruxelles, le Parlement ukrainien a indiqué la direction de l'ouest, un chemin pavé de bien des incertitudes. Mais, dans la même matinée, sur proposition du président Porochenko, la Verkhovna Rada a voté, à huis clos, deux lois cruciales, qui symboliquement signifient que l'est du pays, c'est-à-dire les régions de Donetsk et de Louhansk, 16 % du PIB avant le conflit, pourrait rester à quai.

Les députés ont, dans un premier texte, doté les régions du Donbass d'un «statut spécial», les territoires occupés par les rebelles acquérant une «plus grande autonomie» durant une période de trois ans. Des élections locales y seront organisées le 9 novembre ; l'usage de la langue russe sera autorisé dans les administrations, tandis que les exécutifs locaux pourront désigner eux-mêmes juges et procureurs. En marge de considérations socio-économiques liées à la reconstruction du Donbass, les autorités de Donetsk et de Louhansk auront le droit de «renforcer leurs relations de bon voisinage» avec leurs partenaires en Russie.

«Nous avons gagné la paix»

La seconde loi pourrait faire tout autant débat. Elle protège de toutes «poursuites criminelles» les «participants aux événements dans les régions de Donetsk et de Louhansk». Il s'agit d'une amnistie offerte aux rebelles armés prorusses, mais aussi aux nombreux groupes de volontaires et mercenaires en provenance de la Fédération de Russie ainsi qu'aux groupes paramilitaires pro-Kiev.

Ce texte se place dans la droite ligne de l'accord de cessez-le-feu signé à Minsk et du «plan en sept points» griffonné par Vladmimir Poutine. «Les Occidentaux ont menacé de ne plus aider l'Ukraine si elle n'acceptait pas le cessez-le-feu», avouait ces derniers jours le vice-ministre de l'Intérieur de Kiev. Avec l'adoption de cet ensemble de lois, Petro Porochenko, qui allait répétant: «Nous n'avons pas perdu la guerre, nous avons gagné la paix», adopte une posture plus réaliste.

Selon Yuriy Yakimenko, directeur adjoint et spécialiste en politique intérieure au centre de recherche Razoumkov de Kiev, les deux lois sont «la contrepartie de Kiev» à l'accord de Minsk, alors qu'en l'état actuel des choses, «l'Ukraine n'a aucun moyen de faire face militairement à l'intervention d'un ennemi extérieur, bien équipé, bien plus puissant». Il s'agit donc pour Porochenko de gagner du temps. «Attention, les lois ne parlent pas d'autonomie, mais d'un statut spécial temporaire pour les régions qui sont sous le contrôle de groupes armés, précise Yuriy Yakimenko. Il ne s'agit en aucun cas d'un abandon de souveraineté sur Donetsk et Louhansk, car, pour cela, il faudrait une modification de la Constitution ukrainienne.»

Néanmoins, ces lois risquent de cliver le paysage politique et l'opinion ukrainienne. «Il y a une demande globale de paix, avérée dans les sondages, mais certaines tendances politiques vont utiliser ce texte pour critiquer le président, prédit Yuriy Yakimenko. Ioulia Timochenko, en perte de vitesse, mais représentative d'un vrai courant, a accusé le Parlement de «légaliser l'occupation du Donbass». Le premier ministre, Arseni Iatseniouk, pourrait également en profiter pour jouer sa propre partition, à l'approche des législatives d'octobre.

Des combats sur le terrain

Cependant, «la mise en place effective de ces lois va être très difficile», estime Yuriy Yakimenko, tant la réalité contredit les derniers espoirs de Kiev. «Le Donbass est administré de manière complètement autonome. Ce territoire n'a plus rien à voir avec l'Ukraine. Nous n'envisageons aucun lien de type fédéral avec l'Ukraine», a ainsi déclaré Andreï Pourguine, vice-premier ministre de la République populaire de Donetsk. «Peut-être pourrons-nous mener un dialogue avec Kiev sur certains aspects économiques ou socioculturels», a-t-il seulement avancé.
Sur le terrain, ce sont bel et bien les tubes d'artillerie qui continuent de dialoguer, malgré un cessez-le-feu vanté dans les chancelleries, mais loin d'être respecté. À Donetsk, des combats à l'arme lourde se déroulent toujours quotidiennement autour de l'aéroport, seule poche contrôlée par l'armée loyaliste, que les rebelles cherchent à reprendre. Si la région de Marioupol reste globalement calme, les affrontements se poursuivent à l'est de Donetsk et au nord de Louhansk. Debaltsevo, la dernière grande position tenue par Kiev entre Donetsk et Louhansk, est arrosée d'un feu continu, tandis que, dimanche, les séparatistes ont pris la bourgade de Slavianoserbsk.
Pendant ce temps, le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, a annoncé mardi que Moscou allait renforcer son dispositif militaire en Crimée.

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L'Ukraine et l'UE ratifient un accord «historique» d'association

L'Ukraine et l'Union européenne ont ratifié mardi un accord «historique» d'association. S'exprimant devant les députés, le président ukrainien, Petro Porochenko, a jugé que cette ratification à l'unanimité marquait un «premier pas» vers l'adhésion à l'UE de l'Ukraine. «Le vote d'aujourd'hui est un choix de civilisation de l'Ukraine. L'Ukraine, c'est l'Europe», a proclamé le premier ministre, Arseni Iatseniouk. Cet accord reste néanmoins symbolique à ce stade: après une réunion tripartite incluant la Russie, l'Union européenne a en effet annoncé vendredi que l'accord de libre-échange avec l'Ukraine, partie intégrante de l'accord d'association, était repoussé à la fin 2015 pour permettre de nouvelles discussions avec Moscou, opposé au projet. Ce report a déchaîné les passions en Ukraine, certaines critiques allant jusqu'à évoquer une trahison du président Petro Porochenko. Pour de nombreuses personnalités en Ukraine, cette concession au Kremlin rappelle les événements de fin 2013, quand, toujours sous la pression de Moscou, le président de l'époque, Viktor Ianoukovitch, avait refusé à la dernière minute de signer ce même accord d'association, déclenchant les manifestations qui ont fini par le balayer du pouvoir. (AFP)

LeFigaro
 

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