Lien vers ce message 30 Aout 2014, 4:24
Pour Alexandre Malafaye, le remaniement ne redonnera pas de second souffle à la vie politique française. C'est le système politique tout entier qu'il faut repenser.

http://www.lefigaro.fr/medias/2014/08/28/PHO572dfb9a-2e8f-11e4-aa0e-39ce8f34c291-100x150.jpgAlexandre Malafaye est écrivain et président de Synopia, un think tank indépendant et citoyen qu'il a fondé en 2012.
Son livre «(Re)prenons le pouvoir! Manifeste pour notre droit à être bien gouvernés», vient de sortir.


http://www.lefigaro.fr/medias/2014/08/28/PHO5af9c7e6-2eb6-11e4-981f-5345f060aa56-805x453.jpgFigaroVox: Alors que François Hollande vient de remanier une énième fois son gouvernement, vous appelez les citoyens à reprendre le pouvoir. Ne croyez-vous plus au système politique actuel? Pourquoi?
Alexandre MALAFAYE: La démocratie, c'est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. Nous en sommes loin! Le pouvoir est confisqué par une élite qui se bat pour le garder par tous les moyens.
Si ça marchait, si la France était bien gouvernée, bien gérée, ce serait tolérable. Mais voilà plus de trente ans que nous assistons au déclin de la France. Aujourd'hui, notre pays décroche, tous les indicateurs sont au rouge vif, et en l'état actuel des institutions et de leur dévoiement, aucun homme providentiel ne pourra nous sauver.
Nous voyons tous que rien ne va plus. Ça crève les yeux! S'ils étaient vraiment responsables, nos gouvernants devraient faire le constat de leur impuissance, et, au lieu de former le vingt-troisième gouvernement depuis 1981, ils feraient de la refondation de notre vie publique leur grande priorité, afin de doter la France d'une «machine politique» efficace qui permette enfin de la gouverner, de la réformer et de la relancer. Car sur le fond, le plus important et ce qu'attendent les Français, ce n'est pas que l'on gouverne à gauche ou que l'on mène une politique de droite. C'est que l'on mette en œuvre des politiques efficaces, qui créent de la richesse, de l'emploi, de la justice, de la solidarité, et qui permette à la France de retrouver sa place en Europe et de faire face aux défis immenses du XXI° siècle.

Plus personne ne respecte l'esprit de nos institutions, qui placent l'intérêt général et le souci bien commun au cœur de la mission des gouvernants, et qui confèrent la souveraineté au peuple. Quant à la représentativité, c'est un leurre bien entretenu. Nous sommes plus divisés que jamais et défiants les uns des autres. C'est consternant.


Vous écrivez «notre système est dépassé et a mis la France en grand danger». Comment en est-on arrivé-là? S'agit-il d'un problème de représentativité ou d'un problème institutionnel?

Dans n'importe quelle organisation normale, quand les gens ne sont pas compétents on les remplace, ou quand un système ne produit plus rien de bon, on le réforme. La France cumule les deux handicaps. Albert Einstein disait qu'il ne faut pas compter sur les gens qui ont créé les problèmes pour les résoudre, et il avait raison. Plus personne ne respecte l'esprit de nos institutions, qui placent l'intérêt général et le souci bien commun au cœur de la mission des gouvernants, et qui confèrent la souveraineté au peuple. Quant à la représentativité, c'est un leurre bien entretenu. En vérité, ce sont toujours les mêmes qui se partagent l'essentiel des postes clés de la République. Le corporatisme de nos élus dévore la France!

Notre malheur vient des partis politiques et de leur logique purement électoraliste. Pour assurer sa survie et l'élection ou la réélection des siens, chaque parti entretient des clivages d'un autre temps, la droite, la gauche, etc. Cette lutte des clans, sur fond de clientélisme et de calculs électoraux, ne cesse d'opposer violemment les Français. Et au passage, selon son camp, on stigmatise les patrons, les enseignants, les jeunes, les chômeurs, les étrangers, etc. Pour avancer, notre pays a besoin d'unité, de cohésion et de confiance. Or, nous sommes plus divisés que jamais et défiants les uns des autres. C'est consternant.
Nous n'oublierons pas que les annonces et les formules choc sont trop souvent destinées à créer l'illusion et à nous endormir.

Naturellement, nous n'oublierons pas que les annonces et les formules choc sont trop souvent destinées à créer l'illusion et à nous endormir.


Cette classe politique n'est donc plus digne de nous représenter, ni en capacité de nous gouverner. En attendant, François Hollande a déjà perdu deux ans, le chômage explose, les déficits se creusent encore et personne, sur le plan politique, n'est sanctionné. Ceux qui n'ont rien fait pensent déjà à 2017, et ceux qui ont mal fait sont promus. Alors nous verrons bien ce que fait Manuel Valls. Il dit aimer les entreprises et les remet au centre du dispositif, pour créer des richesses et de l'emploi. Tant mieux, nous ne pouvons que nous en réjouir, et tant pis si la gauche de la gauche hurle. Il faudra bien finir par admettre que la solidarité à crédit n'a qu'un temps, et qu'une Nation a besoin d'être riche pour mettre en œuvre une vraie politique sociale.

Votre appel au peuple n'est-il pas un peu démagogique? Les Français eux-mêmes n'ont-ils pas une part de responsabilité dans la situation actuelle?

Il est trop facile de chercher la responsabilité du peuple pour exonérer d'une quelconque façon la classe politique. Certes, les Français ont voté et se sont laissés séduire par le champ des sirènes électorales. Qui espérant voir ses impôts baisser, qui trop content de voir le nombre de fonctionnaires augmenter. Mais il ne pouvait pas en être autrement, car les partis politiques se sont joués des Français. Les candidats ont abusé de la crédulité du peuple, promettant le grand soir ou du travail pour tous. Pire, il est devenu indispensable de mentir pour se faire élire, tant le fossé est grand entre la réalité et la sphère politique. Résultat? La France est en faillite. Mais les mêmes paradent toujours sur le devant de la scène médiatique.

Comme le système empêche l'émergence d'une vraie alternative, rien ne change vraiment et les bonimenteurs gouvernent.


Avec le temps, nos concitoyens commencent à réaliser qu'ils se sont fait avoir. D'ailleurs, tous les sondages confirment qu'aujourd'hui, les Français ne font plus confiance ni aux hommes politiques, ni aux partis. Mais les Français sont de bons citoyens et quand on leur demande de voter, ils font leur devoir. Et comme le système empêche l'émergence d'une vraie alternative (nous ne parlons pas du FN ni du Front de gauche), rien ne change vraiment et les bonimenteurs gouvernent.
L'autre problème de fond, c'est la validité des scrutins. Le peuple vote, mais il n'y a jamais de vraies majorités pour légitimer le transfert du pouvoir exorbitant confié aux élus. Lors des dernières élections européennes, si l'on considère l'ensemble de l'électorat, les députés du FN ont été élus par 10,6 % des Français, ceux de l'UMP par 8,5 % et ceux du PS par 6,2 %. Quant à François Hollande, il n'a été élu à la présidence de la République que par 39 % des inscrits sur les listes électorales.

Comment imposer un changement de modèle? Dans un pays comme la France, qui a un héritage révolutionnaire, cela peut-il se faire de manière pacifique et démocratique?

Le socle sur lequel nous pouvons bâtir un nouveau modèle, qui soit à la fois efficace et responsable, c'est notre droit à être bien gouvernés. Il doit s'imposer et devenir le cadre dans lequel tous ceux qui briguent des scrutins doivent évoluer.

Il y a urgence à agir car la France est traversée par de profondes tensions, et nous pourrions bien nous réveiller demain avec une nouvelle explosion des banlieues. En outre, la France n'est plus en mesure de faire face à la prochaine grande crise économique ou financière qui ne manquera pas de survenir au cours des prochaines années. Ce jour-là, la France perdra ce qui lui reste de souveraineté, et ce pourrait bien être tous les titulaires d'un compte en banque qui descendent dans la rue si les distributeurs de billets sont à sec.

Le principal verrou, celui qui bloque le pays, c'est la classe politique elle-même qui refuse de se réformer ou de se remettre en cause.
Mais nous sommes dans un état de droit, et rien n'empêche les citoyens, à commencer par la jeunesse qui mérite mieux pour son avenir que ce bal d'ambitieux à courtes vues, de se mobiliser et de reprendre le pouvoir, pour un temps, afin de réorganiser la vie publique. Les nouvelles technologies offrent aussi de vrais moyens pour diffuser des idées et réfléchir collectivement à la façon dont nous voulons être gouvernés. Demain, si nous parvenons à organiser avec tous ceux qui ont le souci du bien commun, des états généraux de la gouvernance démocratique, nous avons une chance d'imposer un changement de modèle, en douceur. C'est notre objectif.

Nous voulons aurepenser les rôles et missions du pouvoir politique, réformer ses rapports avec l'administration et réorganiser l'État afin d'améliorer le service public. Enfin, pour contrôler l'action des élus, nous préconisons la création d'une institution indépendante chargée d'évaluer les politiques, les promesses électorales et d'informer les citoyens.


Votre livre se présente comme un manifeste pour notre droit à être bien gouvernés. Quelles sont vos principales propositions concrètes?

Dans (Re)prenons le pouvoir!, nous esquissons ce que devrait notre droit à être bien gouvernés et proposons un ensemble d'idées et de solutions qui permettront la refondation du système politique. Nous sommes, par exemple, favorables à la prise en compte du vote blanc dans l'expression finale du scrutin, nous recommandons la mise en place du mandat présidentiel unique pour lutter contre les dérives liées à la réélection du président, nous pensons qu'il faut réduire des deux tiers du nombre des parlementaires et interdire les tous cumuls. Une harmonisation du calendrier électoral nous paraît aussi nécessaire si l'on veut sortir du cycle infernal des campagnes électorales quasi permanentes. Il faudrait aussi définir le statut de l'élu et prendre des mesures destinées à lutter contre la professionnalisation de la vie politique et les rentes de situation. Nous voulons aussi repenser les rôles et missions du pouvoir politique, réformer ses rapports avec l'administration et réorganiser l'État afin d'améliorer le service public (décloisonnement, principe de subsidiarité, numérique etc.). Enfin, pour contrôler l'action des élus, nous préconisons la création d'une institution indépendante chargée d'évaluer les politiques, les promesses électorales et d'informer les citoyens. Mais il faudra aussi travailler sur les grands principes qui guident l'action publique, et ne pas négliger l'éthique, qui nous fait tant défaut.

LeFigaro
 

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