Lien vers ce message 27 Aout 2014, 12:04
Par Anne Prigent - le 26/08/2014

Une nouvelle étude confirme l'effet protecteur de la prise quotidienne de la molécule pendant dix ans.

http://sante.lefigaro.fr/sites/default/files/media/field_media_image/PHOfa243b88-2d23-11e4-9abe-2885da635d83-805x453.jpgPlus que centenaire, l'aspirine pourrait connaître une nouvelle jeunesse. Cette molécule bien connue pour lutter contre la fièvre et les douleurs et pour prévenir et traiter la formation de caillots sanguins, se révèle, au fil des études, une arme efficace contre certains cancers. En effet, une prise quotidienne d'aspirine, à faible dose, pendant dix ans, réduirait de manière significative le risque de développer des cancers du tube digestif, selon une nouvelle étude publiée le 6 août dernier dans Annals of Oncology , le journal de la société européenne d'oncologie médicale.

«L'effet protecteur de l'aspirine contre certains types de cancer est connu depuis longtemps, mais jusqu'à notre étude, où toutes les données disponibles ont été analysées, il était difficile de savoir si les avantages de la prise d'aspirine l'emportaient sur les inconvénients», assure le Pr Jack Cuzick, principal auteur de l'étude et directeur du centre pour la prévention du cancer de l'université Queen-Mary à Londres.

Effets secondaires

L'équipe de chercheurs montre que la prise d'une dose quotidienne d'aspirine comprise entre 75 et 100 mg pendant dix ans diminue les cas de cancer du côlon d'environ 35 % et leur mortalité de 40 %. Pour le cancer de l'œsophage, les baisses sont de 30 % et 35 %, tandis que le cancer de l'estomac enregistre la plus forte chute de mortalité, avec une diminution de 50 %, le nombre de cas étant quant à lui réduit de 30 %.
Ces effets bénéfiques s'accompagnent cependant d'effets secondaires qui ne sont pas anodins. Toujours selon cette étude, la prise quotidienne d'aspirine pendant une décennie est associée, chez les patients de plus de 60 ans, à une hausse du risque d'hémorragies digestives, qui passe de 2,2 à 3,6 %. «La question soulevée par cette nouvelle étude se pose en termes de santé publique: faut-il donner de l'aspirine à toute une population en bonne santé au regard des risques encourus?», souligne le Pr Pierre-Laurent Puig, cancérologue à l'hôpital européen Georges-Pompidou à Paris.

«Cibler des groupes à haut risque»

Même si le cancer colorectal est le troisième cancer le plus fréquent en France, la décision de prescrire de l'aspirine en prévention à toutes les personnes de plus de 50 ans n'est pas pour demain. «Il paraît peu imaginable de donner de l'aspirine à tous. Mais il pourrait être intéressant de cibler des groupes à haut risque de cancers ou ayant déjà eu une tumeur primitive. Encore faut-il mener des essais pour en prouver la pertinence», estime le Pr Serge Evrard, cancérologue à l'Institut Bergonié, à Bordeaux.

Une prudence que ne partage pas l'auteur de l'étude. «Bien qu'il existe des effets secondaires graves qui ne peuvent être ignorés, prendre de l'aspirine tous les jours semble être la chose la plus importante que nous puissions faire pour réduire le cancer, après l'arrêt du tabagisme et la réduction de l'obésité, et sera probablement beaucoup plus facile à mettre en œuvre», commente le Pr Cuzick. D'après lui, si toutes les personnes âgées de 50 à 65 ans prenaient de l'aspirine tous les jours pendant au moins dix ans, il y aurait globalement une réduction de 9 % du nombre des cancers, des accidents vasculaires cérébraux et des crises cardiaques chez les hommes et de 7 % chez les femmes. Une vision optimiste qui mérite cependant d'être tempérée lorsque l'on sait que le Pr Jack Cuzick déclare des liens d'intérêts avec le laboratoire Bayer, fabricant de… l'aspirine.

LeFigaro
 

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