Lien vers ce message 03 Janvier 2018, 1:22
La crise que traverse la RDC aujourd'hui nourrit beaucoup de débats parmi les Congolais.

Afrique : Enjeux geopolitiques sur la R.D Congo

Pour des pessimistes : « Les Congolais sont distraits : bière, amusements ; mythe du diplôme, même obtenu par corruption et ne sanctionnant nullement la valeur intellectuelle du récipiendaire ; mythe d'un pouvoir sans contenu objectif, conçu comme un espace de satisfaction des besoins du ventre ».

Pour des analystes froids : « On ne peut pas dire que les Congolais sont si distraits que ça. Le vrai problème pour eux est qu'ils continuent d'être maintenus dans l'ignorance de leur propre identité au point que tout est mis en œuvre pour leur imposer d'accepter des vagues des conquérants Tutsi venant du Rwanda dans le pays et dans leur espace politique, de les considérer désormais comme congolais. Depuis que Joseph Kabila a été imposé au sommet de l'Etat congolais, sa famille biologique s'occupe de la fabrication des passeports. Aujourd'hui, des Rwandais ont des passeports congolais. Les congolais n'ont plus de cartes d'identité !!

Et de vivre dans une guerre permanente et la pauvreté, de manière à ne pas voir la valeur géostratégique de leur pays. Tout cela, dans le cadre des stratégies géopolitiques négatives de l'Occident ».

Qui a raison ?

Pour nous, les deux groupes ont raison.

En effet, hier et davantage encore aujourd'hui, la survie de l'Occident se joue en Afrique et au Moyen Orient où il y a des réserves immenses de pétrole et de gaz. En Amérique latine et en Chine pour les dimensions de leur marché, conçu comme débouché des produits finis d'Occident, l'atout étant l'internationalisation du dollar américain.

En ce qui concerne l'Afrique.

Dans le numéro du Match d'octobre-novembre-décembre 1953, un certain Monsieur CARTIER y écrivait que l'Europe étant une presqu'île de dix millions de kilomètres carrés, elle ne pouvait ni se suffire à elle-même ni survivre sans l'Afrique. Son avenir se jouerait donc en Afrique, même s'il fallait recourir à la guerre pour la garder. Car il y a là une question de vie ou de mort.

Ces propos incitant les gouvernements européens et, notamment français, à une politique du chaos en Afrique produisirent des effets hier dans la guerre coloniale d'Algérie (1954-1962 : Accords d'Evian) ;
au Cameroun où l'UPC dut affronter la France pour l'indépendance du Cameroun ;
aujourd'hui, en Côte-d'Ivoire pour imposer Ouattara, au Gabon et au Togo pour maintenir les clans Bongo et Eyadema au pouvoir, au Cameroun pour maintenir Biya, au Tchad pour maintenir Debi, en Libye pour chasser et assassiner Kadhafi, y maintenir le chaos et éviter de payer des milliards de dollars de dettes d'emprunt auprès de Kadhafi tout en confisquant les avoirs financiers de la Libye. Dans ce dernier cas, Kadhafi fut déclaré dictateur et non Eyadema ou Bongo ou Debi ;
et il y a acharnement à éliminer même les enfants Kadhafi pour qu'il n'y ait aucune trace ;
en Asie, après la débâcle des Français à Bien-Dien-Phu en avril 1954 dans la guerre d'Indochine, en 1957 François Mitterrand lança un appel aux Européens à se désengager en Asie, laquelle Asie ne voulait plus d'eux pour se replier sur l'Afrique où désormais se jouerait la survie de l'Europe. C'est sous sa présidence, il y a trente ans, que le président Burkinabé Thomas Sankara fut assassiné.

Ainsi, tous les hommes politiques africains qui se sont révélés « lumière » pour l'Afrique ont été éliminés. De petits potentats, protecteurs des intérêts occidentaux contre ceux de leurs pays, sont choyés et protégés jusqu'à leur progéniture. L'Afrique imbécilisée est conçue comme un espace de rapines, de pillages immenses au moindre coût grâce au noyautage de son leadership et à l'abondance de ses richesses.

En ce qui concerne la R.D C ONGO :

  • en dehors de la rivalité tragique entre les esclavagistes arabes et leurs arabisés venus du Zanzibar et Stanley opérant au nom de Léopold II, Roi des Belges, en vue d'élargir le domaine du roi au détriment des Zanzibarites , le drame radical et définitif trouve son origine dans la proclamation, le 26 février 1885 à Berlin, du fictif Etat Indépendant du Congo, puisque consacré « patrimoine commun de l'Humanité », c'est-à-dire un espace géographique où tous les aventuriers du monde pourraient venir exploiter non seulement les richesses naturelles, quasi gratuitement au début, et plus tard, moyennant un salaire de misère qui permettrait aux autochtones d'acheter des produits finis venant de l'Occident. Donc, cet espace était à la fois réservoir des matières premières pour les industries de l'Occident et débouché des produits finis de l'Occident. Il l'est jusqu'aujourd'hui : une économie résolument extravertie. La soi-disant classe dirigeante ne voit que des postes politiques à se disputer pour un dividende financier de prédation. Un système qui ignore des considérations d'ordre moral pour le peuple autochtone, producteur des richesses pillées.

    Dans ce système prédateur,

    La formation de nature critique et normative de Joseph Kasa-Vubu et des gens bien éduqués ne pouvant s'accommoder de ce système, l'Occident maffieux puise ses vassaux dociles qu'il dresse en dictateurs contre le peuple congolais chez des étrangers noirs comme Mobutu et Kanambe, ou les ramasse chez des congolais aux mœurs caractérisées par la soif du pouvoir et un penchant prononcé pour l'argent.

  • le plan du professeur Van Bilsen, conçu en 1955, envisageait l'indépendance pour 1985, dans une espèce de « Communauté belgo-congolaise, comparable au TOM-DOM (Territoires et Domaines d'Outre-Mer) français. Ce plan avait l'avantage de mentionner les tâches qui restaient à accomplir avant l'accession à l'indépendance.
  • En 1956, des intellectuels congolais, sous l'influence du Cardinal Malula, alors curé de la paroisse Christ-Roi, publièrent le Manifeste de la Conscience Africaine, qui semblait rejeter la Communauté belgo-congolaise, parce que ses auteurs ne voulaient pas être des « blancs à peau noire ».
  • Le Contre-Manifeste de l'ABAKO préconisa d'aller vite dans la besogne et proclamer l'indépendance.
  • Les troubles qui éclatèrent à Kinshasa (Léopoldville) le 04/01/1959 à la suite de l'interdiction du meeting de l'Abako mirent la métropole belge sous pression et à la Table-Ronde politique de Bruxelles du 20/01 au 20/02/1960, l'indépendance fut fixée au 30/06/1960.
  • Mauvais départ d'une indépendance « coquille-vide ».

    Ø Dès le retour de la Table-Ronde politique, mécontents, les colons et les administratifs belges pratiquèrent la politique de la terre brûlée en opposant des ethnies et tribus les unes aux autres : Dans la province de Léopoldville, Bakongo-Bayaka ; Bakongo-Bangala. Au Kasaï : Lulua-Baluba ; Basonge-Baluba ; Kanyoka-Baluba ; Batetela de la Savane contre ceux de la Forêt ( ?) etc. Au Katanga : les reconnus katangais contre les Congolais. Au Rwanda, Hutu-Tutsi, etc.

    Ø La responsabilité des leaders congolais était de ne rêver que de l'accession au pouvoir politique, sans tenir compte des moyens avec lesquels ils pouvaient mener à bien la gestion du pays. C'est ainsi qu'ils négligèrent d'aller assister, en avril 1960, à la Table-Ronde économique. Ils y dépêchèrent des gens comme Mobutu Joseph et de jeunes universitaires sans culture des dossiers et non susceptibles de soutenir une discussion valable devant des administratifs belges secondés par de grands professeurs d'université.

    Résultat :

    Les belges leur firent accepter et signer des décisions économiques totalement opposées aux intérêts économiques du futur Etat Congolais.

    Conséquences :

    A la veille de l'indépendance, une loi fut votée au Parlement belge faisant passer des sociétés de droit congolais sous le droit belge. Ce qui permit du coup de rapatrier en Belgique leur portefeuille de plus de quarante milliards de FB (francs belges).

    Ainsi, la ruse et la connaissance l'emportèrent sur la naïveté et l'ignorance. Et la naissance du nouvel Etat allait être célébrée sans les moyens de sa politique et sans les compétences ; sous le bruit des bottes au Katanga ; avec un Mobutu, agent de la Sûreté belge depuis 1958, sous la direction du Colonel Van de Waele, versé plus tard dans la C.I.A et placé en embuscade auprès de Lumumba d'abord, de Kasa-Vubu ensuite.

    Afrique : Enjeux geopolitiques sur la R.D Congo

    Mercenaires, soldats congolais et bergers tutsi. Recrutés dans les camps de réfugiés, des Tutsi rwandais sont engagés dans la rébellion. Ils participeront peu aux combats.
    Photo Courtesy Claude Déom LeMonde


    Et on connaît la suite : cinquante-deux (trente-deux) ans de dictature militaire aujourd'hui.

    Ø L'agenda de Mobutu, agent CIA :

    • Rendre le pays ingouvernable à travers des tensions ;

    • Eliminer Lumumba, faussement accusé d'être à la solde de Moscou, alors qu'on était dans la période de guerre froide entre le Capitalisme représenté par l'Occident avec à sa tête les Etats-Unis d'Amérique et le Socialisme, représenté par l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS) ;

    • Opérer un rapprochement avec le président Kasa-Vubu, gagner sa confiance et s'appuyer sur l'armée et le Groupe de Binza, les nouveaux bourgeois congolais, pour faire un coup d'Etat au Président Kasa-Vubu et s'emparer du pouvoir le 24/11/1965.

    • Intimider la population en effectuant la pendaison des politiciens appelés les « pendus de la Pentecôte » en juin 1966, faussement accusés de fomenter un coup d'Etat ;

    • Instaurer une dictature militaire comme l'avait préconisé une Ecole américaine de sociologie vers 1962. Et dès 1963, des régimes militaires s'installèrent en Afrique pour des raisons explicables et non justifiables.

    • Livrer l'économie du pays à l'Occident, lequel fermerait les yeux sur les violations des droits de l'homme.



Dieu seul connaît le nombre des tués durant les trente-deux ans du règne de Mobutu.

- Kabila Laurent fut une parenthèse ;

- Aujourd'hui, on a dix-sept ans de Joseph Kabila, venu de nulle part. Il est imposé par l'Occident en 2001, 2006, 2011 et on cherche à le maintenir après le 31/12/2017.

Afrique : Enjeux geopolitiques sur la R.D Congo

« Depuis le début, nous touchions de près une réalité qui nous a poursuivis durant tous ces mois de lutte : le manque d’organisation. (…) L’organisation congolaise n’était pas la seule à faire défaut, la nôtre aussi » Extrait du journal du Che, ici, à gauche.
Photo AFP9


Afrique : Enjeux geopolitiques sur la R.D Congo

Laurent Desire Kabila

Son agenda surréaliste :

  • Affaiblir l'Etat congolais par un état de guerre permanent ;

  • Piller à cœur joie ses ressources naturelles dont le meilleur inventaire est entre les mains des occidentaux ;

  • Balkaniser le Congo en piquant à ce pays la partie orientale qui constitue le poumon de son économie.

Les Etats-Unis d'Amérique sont manifestement derrière et jouent sur l'usure du temps pour balkaniser le pays.

L'Opposition subit des pressions pour une transition avec Kabila après le 3112/2017. Et, entretemps, la Monusco surveille les congolais pour voir s'ils vont enclencher la révolution populaire dont l'Occident a peur.

Et Kabila a comme atouts :

    § L'acceptation de son calendrier électoral de façade par l'Occident ;

    § La convocation par lui des deux chambres du Parlement en session extraordinaire le 02/01/2018. Peut-être pour décréter l'état d'urgence.

    § La convocation par lui de la sixième conférence des Gouverneurs à Goma avant Noël 2017.

Dans un tel système de pillages, où l'Occident qui craint l'influence à la fois de la Chine et de la Russie en Afrique, deux puissances à la recherche elles aussi des matières premières stratégiques en Afrique, entend conserver son droit de premier occupant de ce continent et continue d'imposer ses vassaux au pouvoir dans les pays d'Afrique, les élections que cet Occident s'empresse de financer n'ont aucune signification démocratique pour les peuples d'Afrique. Car on leur impose des dirigeants qu'ils ne choisissent pas et qui continuent le système de rapines au détriment de ces peuples. Muholongo Malu-Malu, l'équipe Ngoy Mulunda-Ndjoli et Nangaa aujourd'hui sont là pour montrer les turpitudes de la CENI congolaise inféodée à la Majorité Présidentielle.

Cette fois-ci, si le peuple ne fait pas de révolution populaire sans crainte et tout le temps qu'il faudra, on perd le Congo.





MUAKA MATADI
29/12/2017
Message édité 3 fois, dernière édition par root, 06 Janvier 2018, 13:39  
 

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