Lien vers ce message 29 Décembre 2017, 13:34
La Commission électorale a définitivement fixé les observateurs sur l'issue de la présidentielle libérienne. À 51 ans, George Weah a désormais la destinée de son pays entre les mains.

VIDEO. Liberia : Les solutions du nouveau président George Weah

L'affiche avait de quoi aiguiser l'intérêt des médias nationaux comme internationaux. Un technocrate face à un footballeur. Et quel footballeur ! Après l'élection d'Ellen Johnson Sirleaf, première femme à diriger un pays africain, le Liberia a donc choisi de poursuivre sa petite révolution en élisant un ancien sportif à sa tête. Enfant des bidonvilles de Monrovia devenu star planétaire du foot dans les années 90, George Weah va prendre les reines d'un pays traumatisé par une histoire mouvementée et marquée par une guerre civile des plus sanglantes que l'Afrique ait connue au cours du XXe siècle.



Le plus grand des footballeurs africains à la tête de la première République africaine

Que dire de ce Liberia. Première République africaine, elle a été fondée en 1822 sous l'impulsion des États-Unis pour abriter le retour à la terre-mère d'esclaves noirs affranchis. Indépendant depuis 1847, le Liberia a été dirigé par les descendants d'esclaves jusqu'à l'assassinat en 1980 du président William Tolbert et de tout son gouvernement lors d'un putsch sanglant mené par le sergent Samuel Doe, dont les marques de fabrique étaient la terreur et la corruption. Cela a débouché sur quatorze ans de guerre civile entre chefs de guerre, dont Charles Taylor et sa rébellion dans le Nord-Est, mais aussi Prince Johnson et bien d'autres. Il aura fallu l'intervention en 1990 d'une force africaine pour que Charles Taylor et ses hommes n'atteignent pas la capitale, Monrovia. « No Taylor, no peace ! » le slogan des rebelles du Front national patriotique (NPLF), qui ont eu le temps de terroriser les populations. Malgré une élection à la régulière de Taylor (qui dirigea le pays de 1997 à 2003), le pire n'a pas pu être évité et la communauté internationale a fini par intervenir, le pourchasser, le juger et le condamner à 50 ans de prison en 2012.

Avec 250 000 morts et des centaines de milliers de déplacés, le Liberia est un pays K.-O. debout. Pour se remettre sur une bonne trajectoire, les Libériens ont fait leur révolution démocratique en élisant une femme, Ellen Johnson Sirleaf. Prix nobel de la Paix en 2011, elle avait plongé depuis très longtemps dans les jeux de pouvoir. Les attentes avaient-elles été immenses ? En tout cas, celle que l'on surnomme volontiers « la dame de fer » a eu le mérite de redonner un sens au mot Liberia qu'ont prononcé ses fondateurs au XIXe siècle.

VIDEO. Liberia : Les solutions du nouveau président George Weah

D'enfant des bidonvilles à président de la République

Aujourd'hui, c'est le tour de George Tawlon Manneh Oppong Ousman Weah, 51 ans, de prendre en main la destinée du pays après deux tentatives infructueuses, en 2005 et en 2011. « Le Liberia est un pays riche, mais ses citoyens sont pauvres », avait-il confié au Point Afrique pendant sa campagne électorale. À elle seule, cette phrase cristallise les motivations du nouveau président.

VIDEO. Liberia : Les solutions du nouveau président George Weah
L'ex-femme de Charles Taylor, Jewel Howard Taylor devient la vice-présidente du Liberia

Né à Clara Town, l'un des quartiers les plus pauvres de la capitale, et membre de l'ethnie kru – exclue de l'élite traditionnelle de descendants d'anciens esclaves américains –, l'ex-star du ballon rond a été élevée par sa grand-mère à Gibraltar, un bidonville de Monrovia. Durant la campagne, c'est sans doute l'élément qui a joué en sa faveur. « Je sais que [l'autre candidat, le vice-président Joseph] Boakai ne peut pas me battre. J'ai le peuple avec moi », avait déclaré l'ancien attaquant du PSG, un temps converti à l'islam, lors d'un bain de foule organisé dans le plus grand marché de Monrovia avant le second tour de la présidentielle.

Novice en politique, et alors ?

En effet, il le sait à l'échelle du Liberia, cette élection présidentielle suscite plus que de l'enthousiasme. Au-delà de cette proximité avec le peuple, George Weah est un novice en politique, et il l'assume. Comme lors des dernières campagnes électorales, il a joué la carte de la distance avec les événements tragiques de son pays. Il a aussi argumenté sur sa probité, lui qui aurait pu être tenté par la corruption qui gangrène le Liberia. Durant toute sa campagne, il s'est attiré les faveurs des jeunes et des plus défavorisés, séduits par sa réussite sociale, en dépit d'un parcours scolaire limité.

Du populisme ? Pour ses détracteurs, il ne fait aucun doute que Mister George n'a pas d'arguments politiques solides. Parmi les griefs qu'ont pu avancer ses détracteurs : son taux d'absentéisme très élevé du Sénat dont il est un élu depuis 2014 pour le comté (province) de Montserrado, qui regroupe un tiers des quelque 4 millions d'habitants du Liberia. C'est à la fois le plus peuplé et le plus petit des quinze comtés du pays.



L'ex-femme de Taylor comme colistière

Après avoir joué le plus grand match de sa seconde vie, George Weah, qui a choisi comme colistière Jewel Howard-Taylor, ex-femme de Charles Taylor et influente sénatrice, sera installé le 22 janvier prochain à Executive Mansion, le palais présidentiel, pour une durée de cinq ans. Parmi ses premiers chantiers, il y a la paix bien sûr, mais aussi et surtout le développement économique. Et cela constitue sans doute un des défis les plus ardus que George Weah aura à relever, lui dont la progéniture suit la trace dans le domaine du football avec son fils Timothy, 17 ans, de nationalité américaine, qui évolue au Paris Saint-Germain. Et dans ce domaine crucial de l'économie, George Weah a multiplié les promesses durant la campagne électorale. « Au niveau national, j'envisage déjà de mettre en place un système qui fait que tout le monde a droit aux soins quand il se présente à l'hôpital. Je veux accorder la priorité à la vie », avait-il confié au Point Afrique avant de clamer combien il souhaitait favoriser l'emploi pour les jeunes et l'éradication de la corruption... En attendant, celui à qui il faut désormais servir du « Mister President » peut savourer une victoire historique à plus d'un titre.





VIDEO. Liberia : Les solutions du nouveau président George Weah
George avec sa femme clar Weah

VIDEO. Liberia : Les solutions du nouveau président George Weah
George et sa femme clar Weah et leurs enfants



PAR VIVIANE FORSON
Publié le 28/12/2017 à 20:16 | Le Point Afrique
Message édité 1 fois, dernière édition par root, 29 Décembre 2017, 13:45  
 

Commentez sur Facebook