Lien vers ce message 22 Décembre 2017, 7:09
"VITAL KAMERHE vs RASSEMBLEMENT : <<L'HISTOIRE SECRÈTE D'UNE LUTTE POUR LE POSITIONNEMENT>>"

RDC: VITAL KAMERHE 'SA LUTTE SECRÈTE POUR LE POSITIONNEMENT'Il était fermement opposé à ce processus. Il était convaincu que la Majorité présidentielle (MP) n’était « pas sincère dans son projet de dialogue ». Il déclara haut et fort qu’il s’agissait « d’un dialogue alibi aux fins de glissement ».

Pendant des mois, Vital Kamerhe, le président de l’UNC (Union pour la nation congolaise), s’est montré farouchement opposé au dialogue convoqué par le président Joseph Kabila. «Le peuple est fatigué de voir les politiciens congolais dialoguer. On peut décrisper la situation sans passer par le dialogue», avait-il affirmé le 18 mai 2015. Et d’ajouter : «Nous aimons notre peuple mais nous refusons d’aller légitimer une démarche qui s’accommode à un coup d’État constitutionnel. Nous ne sommes pas contre le dialogue. C’est une vertu en démocratie. Nous sommes contre le glissement. Nous sommes contre les personnes qui sont au-dessus de la Constitution et des lois de la République», a-t-il insisté.

Puis, ce fut le grand «basculement». Un virage à 399 degrés digne d’un film de science-fiction hollywoodien. L’ancien président du parlement changea d’avis sans transition et se retrouva, comme par magie, à «piloter» le dialogue comme co-modérateur, déclenchant ainsi l’ire d’une partie de l’opinion et des opposants réunis au sein du « Rassemblement» conduit par Étienne Tshisekedi.

Les attaques ont été violentes. «Enfarineur, fourbe, roublard, Vital Kamerhe Rwakanyasigize apparaît comme l'incarnation de la traîtrise en République démocratique du Congo», écrit un journaliste de la diaspora. Pour Peter Kazadi, conseiller juridique d’Etienne Tshisekedi, «Kamerhe n’a fait que retourner dans sa famille naturelle (Ndlr : la majorité au pouvoir)». Le président de l’UNC a beau expliquer sa démarche, brandir l’exemple de Mandela et de Frederik de Klerk pour atténuer les critiques, rien n’y fait.

Que s’est-il passé pour que Vital Kamerhe se retrouve à jouer le co-modérateur d’un dialogue qu’il avait pourtant rejeté de toutes ses forces ?

RDC: VITAL KAMERHE 'SA LUTTE SECRÈTE POUR LE POSITIONNEMENT'Luxueux chateau du lac à genval
Il convient de revenir quelques mois en arrière pour comprendre la manœuvre de VK. En fait, c’est à Genval que tout s’est joué. Les «opposants» réunis ce jour-là en Belgique, sur invitation du président de l’UDPS, avaient décidé de créer un mécanisme de suivi baptisé «Rassemblement pour la Défense des Valeurs de la République».

Son autorité morale, M. Étienne Tshisekedi. Partisan d’un dialogue avec le pouvoir, ce dernier a usé de tout son entregent pour convaincre les opposants récalcitrants de participer à ce processus.

Après plusieurs heures de discussions, les «conclavistes» ont fini par s’accorder sur un certain nombre de points, dont «le rejet d’un dialogue convoqué par Kabila». Mais ils se sont dits favorables au dialogue conforme à la résolution 2277 du Conseil de sécurité de l’ONU et l’Accord-cadre d’Addis-Abeba. Vital Kamerhe, lui, avait refusé de se mêler à cette «opposition caviar». «Se retrouver en juin en Belgique comme en 1959 lors des négociations pour l’indépendance, c’est aussi revenir 50 ans en arrière. Le combat doit se mener sur le terrain», avait martelé le président de l’UNC. Des propos jugés «malveillants» dans les rangs des conclavistes qui l’accusèrent de jouer contre l’opposition. «Faux» rétorque un membre de l’UNC. «Nous sommes un grand parti et ils veulent que nous nous prosternions devant Tshisekedi, pas question».

RDC: VITAL KAMERHE 'SA LUTTE SECRÈTE POUR LE POSITIONNEMENT'
Le é des sages du rassemblement (gauche à droite) Katebe Katoto, Etienne Tshisekedi et Mwando Simba

Mais l’UNC n’avait-elle pas délégué deux de ses cadres ─ Jean-Bertrand Ewanga et Claudel André Lubaya, respectivement secrétaire général et secrétaire général adjoint ─ à ce conclave?

Réponse d’un cadre du parti : «Non, ils s’y étaient rendus à titre individuel.» Une autre source au sein de l’UNC d’accuser: «C’est Moise Katumbi qui tire les ficelles. Ewanga et Lubaya ont été “achetés”.»

Même s’il ne s’est pas rendu en personne à Genval, l’ombre de l’ancien gouverneur du Katanga, candidat à la présidence, a plané en permanence sur le conclave. C’est son frère aîné, Raphaël Katebe Katoto, richissime homme d’affaires très proche d’Etienne Tshisekedi, qui a chapeauté et financé en partie l’organisation de la réunion bruxelloise. C’est également lui qui en a choisi le lieu : le luxueux hôtel Château du Lac. C’est bien là que son frère Moïse aurait célébré son mariage avec Carine Nahayo.

À l’UNC, on est convaincu que Moise Katumbi manœuvre pour «diviser l’UNC et détruire la dynamique de l’opposition». Pourquoi? «Parce que le président n’avait pas répondu à sa demande positivement» glisse un membre du parti. Selon certaines sources, Moise Katumbi aurait en effet demandé à Kamerhe de soutenir sa candidature à la présidence, moyennant quelques millions de dollars et la primature s’il devenait calife à la place du calife Kabila.



Mais VK, jugeant la démarche prématurée, aurait demandé à l’ancien gouverneur d’attendre la publication du calendrier électoral.

Non content, celui-ci se serait alors tourné vers Jean-Pierre Bemba, avant de se rapprocher de l’UDPS, faisant au passage un clin d’œil à... vital Kamerhe. Boudé par une partie de l’opposition affiliée à l’UDPS, isolé plus que jamais après le conclave de Genval, VK, malin qu’il est, décida de jouer le jeu de ses détracteurs du «Rassemblement» en participant au dialogue, mais selon sa propre feuille de route. C’est le tollé! «Franchement, je n’ai pas vu venir celle-là», ironise un diplomate européen. C’est la frustration dans le rang du «Rassemblement» qui critique sévèrement Kamerhe et récuse dans le même temps le facilitateur de l'Union africaine, Edem Kodjo. Dans les chancelleries occidentales et africaines, où l’on suit la situation congolaise de près, on ne comprend plus rien. «Ils (les opposants réunis au sein du Rassemblement) lui reprochent de faire ce qu’ils ont toujours fait», s’étonne un diplomate africain. «Les Congolais de RDC ont une extraordinaire capacité à dire en public le contraire de ce qu’ils vous ont confié en privé. Alors, forcément, je suis parfois un peu perdu», soupire de son côté Edem Kodjo.

Le facilitateur se trouve en effet dans une opposition intenable. Récusé par les uns et soutenu par les autres, il doit dealer avec une classe politique dont les positions ne sont jamais claires. On le récuse la journée alors qu’on marche avec lui la nuit! « Dans cette mare aux sauriens glissants comme des savonnettes qu’est le cloaque politique congolais, tenir en équilibre relève de l’exploit, et n’était le soutien – pour l’instant – de l’Union africaine, de l’ONU, de l’Union européenne et de la conférence épiscopale, l’insubmersible Kodjo aurait depuis longtemps coulé au milieu du fleuve Congo » écrit François Soudan dans Jeune Afrique.
Alors qu’on se frotte les mains du côté du pouvoir et on gesticule au « Rassemblement, à l’UNC, on se se congratule comme des joueurs de base-ball qui viendraient d’expédier une balle sur la Lune. Vital Kamerhe est pressenti comme prochain premier ministre dans un gouvernement de transition.

À ceux qui l’accusent de faire le jeu de Kabila, ses partisans répondent que l’initiateur du dialogue a toujours été Étienne Tshisekedi et non l’UNC. Ce qui n’est pas faux. En effet, ce ne sont pas les cadres de l’UNC qui ont rencontré les émissaires du pouvoir secrètement à l’étranger, notamment à Venise, à Ibiza et à Monaco, mais bien ceux de l’UDPS. De plus, le «Rassemblement» ─ et plus particulièrement l’UDPS─ n’a jamais été contre le dialogue. «Ce qu’ils veulent, c’est un dialogue sur mesure qui rencontre les désidératas de M. Tshisekedi, ce qui n’arrivera pas» assure le même diplomate africain.

L’argument d’un dialogue convoqué non pas par Kabila, mais par la communauté internationale est aussi fallacieux que les autres revendications du «Rassemblement». Car la seule personne habilitée à convoquer le dialogue, c’est bien Kabila, et la résolution 2277 [S/RES/2277 (2016)] est très claire à ce sujet. Un membre de la Majorité y est allé de son couplet bien pensant : «Nous, on va respecter la Constitution. M. Kabila est là jusqu’à l’installation d’un nouveau président élu.» Et d’ajouter d’un air aussi moqueur que le cousin du diable : «Nous au moins, on respecte la Loi fondamentale. Ce n’est pas comme l’autre là (Ndlr : Félix Tshisekedi) qui dit qu’“il faut mettre la Constitution entre parenthèses”». «Vraiment!» complète son collègue à côté.

En clair, ce que les Tshisekedistes et alliés reprochent au président de l’UNC, c’est le fait d’avoir court-circuité la stratégie de conquête du pouvoir de l’UDPS par dialogue interposé. Cela n’avait d’ailleurs pas échappé à certains «conclavistes» réunis à Genval. La plupart d’entre eux ne voulaient pas entendre parler du dialogue. Étienne Tshisekedi a dû peser de tout son poids pour arracher un consensus à ce sujet. Aujourd’hui, certains regrettent. «Nous n’aurions pas dû suivre ce vieux» fulmine un membre du «Rassemblement». Certains s’interrogent sur l’obsession des Tshisekedi à diriger le pays. «L’UDPS n’existe nulle part dans les institutions et Étienne Tshisekedi s’était autoproclamé président de la République. Comme Joseph, son mandat prend fin en décembre. Mais il veut diriger la transition!» s’étonne un député présent à Genval.

«L’UDPS est prise à son propre jeu » souligne pour sa part un proche de Félix Tshisekedi, qui s’interroge sur la nécessité d'une alliance avec Katumbi. «Attention! Katumbi est un allié de circonstance» nuance un autre membre important du parti. «Le moment venu, nous allons nous débarrasser de lui» dit-il d’un ton ferme.

Or dans le camp Katumbi, on pense aussi à la même chose : «dribbler» l’UDPS le moment venu. «Tshisekedi est vieux, il est malade et imprévisible», confie un proche de l’ancien gouverneur. Mais ce n’est pas tout. D’après certaines indiscrétions, les Américains auraient reproché à Katumbi de s’être justement «rapproché d’un homme imprévisible». «En voulant se refaire une virginité auprès des Congolais en s’alliant à Tshisekedi, il (Katumbi, Ndlr) s’est mis à dos certains de ses amis américains», confie une source européenne.

De part et d’autre, l’heure est donc à la suspicion. C’est un véritable jeu de poker menteur auquel nous assistons actuellement. On fait semblant d’être ensemble, on se regarde du coin de l’œil en essayant de doubler le voisin. Reste à savoir qui va dégainer le premier. «La politique au Congo ressemble à un film de western. Les Occidentaux perdent leur latin» s’amuse un ancien diplomate socialiste français. Les grands perdants de tout ce « remue-ménage» sont connus : les Congolais.

Le «cinéma politique» congolais a ceci de particulier qu’il n’a jamais intégré le peuple dans ses différents scénarios. Sauf quand il s’agit de lui demander d’aller mourir dans les rues de Kinshasa pour le bonheur quelques politiciens déterminés à devenir califes à la place du calife. Kingakati doit résonner du rire puissant du raïs...







September 21 at 11:25pm · PATRICK MBEKO

http://www.mastakongo.com/news/images/arrow-blue-right.pngSUIVANT - New-york: L'ONU a expulsée la délégation RD Congolaise
 

Commentez sur Facebook