Lien vers ce message 25 Mai 2017, 21:19
ANALYSE. Président depuis 16 ans, Joseph Kabila s'accroche à son fauteuil. Et nombre d'indices montrent qu'il est prêt à faire payer au pays le prix fort.

Président depuis 2001

Des faits troublants autour de la « grande évasion » de Ne Mwanda Nsemi,

Cette opération fut une aubaine pour les détenus. À une exception près : ceux du pavillon 8, qui regroupe les prisonniers politiques. Eux n'ont pas fui. Flairant le coup tordu et craignant des exécutions sommaires sous prétexte de délit de fuite, ils sont prudemment restés dans leurs cellules. En attendant, Ne Mwanda Nsemi et ses acolytes se sont, eux, échappés en toute quiétude. Nombre de témoins ont dit avoir été frappés par la décontraction des fugitifs à l'occasion de ce qu'il est convenu d'appeler cette matinée « porte ouverte ».



Ça n'est là qu'un des nombreux faits troublants qui sèment le doute sur la version officielle des autorités. Car en voici d'autres :

  • l'opération de Makala a sonné le début d'une série d'évasions, inédite dans le pays dans un laps de temps aussi court. Deux jours plus tard, en effet, à Kasangulu, dans la province du Kongo central, le fief de Ne Mwanda Nsemi, près de 70 prisonniers s'évadent à leur tour sous le regard impassible des forces de l'ordre. Le lendemain, à Kalemie dans la province du Tanganyika (ex-Katanga), 14 personnes s'échappent d'un poste de police. Etc.

  • la veille de la « grande évasion » de la prison de Makala, vers 22 heures, le seul détenu occidental, Joshua French, 35 ans, un ex-soldat de nationalité norvégienne, emprisonné depuis 2013, est libéré. « Des hommes sont venus le chercher quelques heures avant l'explosion de violence, comme si on avait voulu éviter de lui faire prendre un risque ou qu'il assiste à ce qui s'est passé. C'est peut-être une coïncidence, mais c'est quand même troublant », rapporte La Libre Belgique.

  • autre élément surprenant, selon La Libre Belgique : des travaux ont été réalisés il y a quelques jours à Binza dans la maison de Ne Mwanda Nsemi, prise d'assaut en mars 2017 au moment de son arrestation. Comme s'il eut fallu la rénover avant le retour imminent de son propriétaire. Étrange pour le moins.

Du coup, à Kinshasa, rares sont ceux à croire à la version officielle des autorités. Et pour cause. Les membres de la secte Bundu Dia Kongo n'ont tout simplement pas les capacités, ni conceptuelles ni matérielles, pour mener à bien ce type d'opération. Une évasion qui rappelle d'ailleurs étrangement celle de Gédéon Kyungu à Lubumbashi... « Vous allez voir qu'ils vont encore créer une rébellion au Bas-Congo », a prédit Moïse Katumbi, chef de file de l'opposition RD congolaise, dans une interview à la Deutsche Welle, avant d'ajouter : « Le président Kabila est en train d'encadrer l'insécurité (…) pour qu'on n'organise pas les élections. » En effet, il est fort à parier que le retour de Ne Mwanda Nsemi au Kongo central inaugure un nouveau cycle de violence et d'instabilité, empêchant ainsi fort opportunément l'enrôlement des électeurs dans cette province et offrant un énième prétexte pour repousser la tenue des élections.

Au sud-ouest, l'armée angolaise en alerte

En Angola, pays qui avait donné un coup de pouce décisif en 1997 pour défaire Joseph Mobutu et faciliter l'installation de Laurent-Désiré Kabila au pouvoir en RDC, la situation sécuritaire du voisin congolais ne cesse d'inquiéter. Au point que cette puissance militaire régionale a, le dimanche 21 mai, massé son armée – l'infanterie, des tanks et une artillerie lourde – le long de sa frontière commune avec le Congo-Kinshasa. Au nord-est de l'Angola, des mouvements de troupes ont également été signalés.

Une décision qui intervient au moment où l'évasion de Ne Mwanda Nsemi fait craindre un embrasement du Kongo central et où l'Angola a conclu avec les États-Unis un nouvel accord de coopération militaire à la suite d'une rencontre la semaine dernière entre le ministre angolais de la Défense, João Lourenço, et son homologue américain, le secrétaire à la Défense et chef du Pentagone James Mattis. Dans la foulée, la commission des Forces armées à la Chambre des représentants a autorisé le Pentagone à vendre des armes à l'Angola. « La tension est palpable. On sent comme une montée des périls. Cela me rappelle un peu l'atmosphère de 1998, à la veille de la deuxième guerre du Congo », déclare un ancien haut gradé des FARDC.

Partout dans le pays, des déplacés

Résultat de cette situation critique : selon une étude que vient de publier le Norwegian Refugee Council, la RDC était en 2016 le pays qui comptait le plus de déplacés internes fuyant les conflits. Un chiffre qui s'aggrave avec le temps. En effet, sur les 3,7 millions de personnes déplacées au total depuis le début de l'année 2017 dans le pays, plus d'un million l'ont été à la suite de violences dans le Kasaï. Quant au reste de la population déplacée, plus de la moitié est localisée dans le Nord et dans le Sud-Kivu (respectivement, 837 000 et 387 000 personnes).

« La crise RD congolaise, largement oubliée en Afrique centrale, surpasse toutes les autres en termes de personnes fuyant les zones de conflits », indique Ulrika Blom, directrice pour la RDC au Norwegian Refugee Council. « Même les guerres brutales en Syrie et au Yémen sont sans commune mesure de ce point de vue avec ce qui s'est produit au Congo-Kinshasa en 2016 », précise-t-elle. Selon cette étude, l'insécurité politique est venue aggraver les tensions anciennes et les conflits avec les groupes armés qui pullulent dans le pays, en particulier dans le Nord et dans le Sud-Kivu. « La crise RD congolaise est la plus ignorée au monde », déplore Ulrika Blom. « Les besoins humanitaires sont immenses. Mais malgré les plus de 7 millions de personnes qui ont besoin d'une aide urgente, l'appel au don international de 813 millions de dollars n'a été couvert qu'à hauteur de 20 % seulement. » Pour ne rien arranger, une réduction des effectifs de la Monusco, la mission de paix et de sécurité de l'ONU en RDC, a été décidée fin mars 2017.

Machiavel à Kinshasa

Pour Joseph Kabila et son régime, la fin justifierait-elle les moyens ? Seraient-ils prêts à se maintenir au pouvoir au prix d'une insécurité généralisée ? En tout cas, voudraient-ils repousser sciemment la tenue des élections qu'ils ne pourraient s'y prendre mieux. Un stratagème machiavélique pour certains, diabolique pour d'autres.

PAR PROSPER BAGONDO
Publié le 25/05/2017 à 13:44 | Le Point Afrique
Message édité 1 fois, dernière édition par root, 25 Mai 2017, 21:34  
 

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