Lien vers ce message 14 Aout 2014, 22:31
Cela fait maintenant une semaine que l'embargo russe sur les produits alimentaires est entré en vigueur et les pays qui en profitent sont déjà nombreux. L'Amérique Latine tire nettement son épingle du jeu dans la course pour capter les parts de marché européennes.

http://www.lefigaro.fr/medias/2014/08/13/PHOec0a64d2-22f1-11e4-85ee-624e82d9166f-805x453.jpgL'adage «Le malheur des uns fait le bonheur des autres» s'est très rapidement vérifié pour ce qui est de l'embargo russe. Quelques heures à peine après l'interdiction d'importer des produits alimentaires en provenance de l'Union Européenne, des États-Unis, de l'Australie, du Canada et de la Norvège, plusieurs pays d'Amérique Latine annonçaient déjà leur intention d'exporter vers la Russie. Il faut dire que le marché russe est juteux. La Russie importe aujourd'hui près de 35% de sa consommation alimentaire et les importations en produits agro-alimentaires en provenance du monde entier ont représenté pas moins de 17 milliards de dollars (12,7 milliards d'euros) entre janvier et mai 2014. C'est donc une belle opportunité pour ceux qui sauront se saisir des parts de marché laissées vacantes par l'Union Européenne et les États-Unis.

Le Brésil dans la course

Pour la seule année 2013, la Russie a importé pas moins de sept milliards de dollars de viande (5,2 milliards d'euros). Et c'est sur ce marché que se positionne en priorité le Brésil. Depuis janvier, l'embargo russe sur le porc européen a déjà lourdement impacté la filière viande. Les exportations de porc à destination de la Russie ont en effet chuté de 79% en Europe et de 70% aux États-Unis sur les quatre premiers mois de l'année. Le Brésil a su compenser cette baisse, en augmentant sur la même période, ses exportations de viande vers la Russie de 11%. Moscou vient par ailleurs d'autoriser des dizaines de sites brésiliens à exporter, au moment même où elle a suspendu ses importations américaines et européennes, ce qui devrait largement contribuer à augmenter les exportations vers la Russie. C'est en tout cas ce qu'à fait savoir l'Association brésilienne des producteurs de protéines animales qui s'est dit prête à augmenter de 50% ses exportations de volaille vers le marché russe, à 450.000 tonnes par an. Que ce soit donc pour la volaille, le porc ou le bœuf, le Brésil profite largement de l'embargo qui va, par ailleurs, faire augmenter les cours de ces produits comme a pu le constater l'association Le Marché du Porc Breton en début de semaine: «Le Brésil, seul pays agréé export pour la Russie, voit son cours du porc atteindre des sommets pour la période».
http://www.lefigaro.fr/assets/infographie/print/1fixe/201433_RUSSIE_importations.pngPour ce qui est de la viande bovine, elle est déjà le principal produit d'exportation du Brésil vers la Russie. De janvier à juin, le montant des exportations a déjà atteint 563 millions de dollars. Quand on sait que la Russie est le deuxième acheteur de viande de porc et de bœuf du Brésil, et qu'en 2013 le Brésil a déjà exporté pour plus de deux milliards d'euros de produits agroalimentaires vers la Russie ces chiffres pourraient rapidement augmenter cette année.

Tous les secteurs sont concernés

L'embargo russe sur les produits alimentaires ne touchent pas uniquement la filière viande. Sont également concernés le poisson, le fromage, le lait ainsi que les fruits et légumes. Et dans la course aux exportations sur l'ensemble de ces secteurs, l'Amérique Latine se place en très bonne position. Le Chili ainsi que l'Argentine sont de plus en plus sollicités par la Russie pour exporter du porc et du poulet mais également des fruits et légumes. Et, l'Argentine se présente également à la Russie comme une alternative à l'Europe pour l'importation de produits laitiers et de produits de la mer. C'est aussi le cas du Chili, dont le saumon pourrait à terme remplacer le fameux saumon norvégien.

D'autres pays sont dans les starting-blocks

La Turquie, l'Egypte, la Thaïlande, la Nouvelle-Zélande, la Suisse ou encore la Biélorussie se frottent également les mains depuis l'annonce de l'embargo russe. La Suisse souhaite par exemple développer et consolider ses relations commerciales déjà existantes avec la Russie pour le secteur des produits laitiers sans toutefois «exploiter des opportunités commerciales à court term» ont précisé les exportateurs helvétiques de produits laitiers. Moscou peut également compter sur son voisin et allié biélorusse qui est son premier fournisseur mondial de nourriture à hauteur de 2,7 milliards de dollars par an (environ 2 milliards d'euros). Selon la radio gouvernementale La Voix de la Russie, la Biélorussie s'est déclarée disposée, par la voix de son premier vice-ministre de l'Agriculture, à subvenir aux besoins russes en «remplaçant les pommes de terre hollandaises et les pommes polonaises».

Une flambée des prix est à prévoir

Si la Russie a décrété une interdiction totale d'importer des produits agroalimentaires occidentaux, s'approvisionner en produits alimentaires dans des pays bien plus éloignés pourrait au final lui coûter plus cher. Selon le Financial Times, l'embargo fera «mal à la Russie», et aura comme conséquence directe une flambée des prix pour les consommateurs russes. La popularité de Vladimir Poutine pourrait aussi être impactée s'il plombe le pouvoir d'achat des citoyens russes.

LeFigaro
 

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