Lien vers ce message 28 Mars 2017, 8:28
Discussions directes : Les évêques jettent l’éponge !

RDC: Dialogue CENCO - Les évêques jettent l’éponge
Les évêques de la Cenco lors d’une séance au Centre Interdiocésain

Une atmosphère d’échec - demi échec? - régnait lundi 27 mars au Centre Interdiocésain. Et ce après trois mois de discussions sur le sexe des anges. Sans un mauvais jeu de mots. Initiateur de la mission de bons offices conduite par les évêques entre le pouvoir et les forces politiques et sociales de l’opposition, « Joseph Kabila » n’a plus le cœur au «dialogue». Neuf mois après le conclave de Genval et deux mois après la disparition d’Etienne Tshisekedi wa Mulumba, l’homme, réputé fourbe et calculateur, a conclu que l’adversaire ne fait plus le poids. Face à la pression de la « communauté internationale», le Président sortant congolais - qui a pour modèle le Burundais Pierre Nkurunziza - a décidé de «résister». Il a compris que l’Occident se limite à proférer des menaces. Vladimir Poutine est appelé à la rescousse. Que va faire le Rassemblement, le Front et les forces sociales?

Partage des postes

Irresponsabilité. Inconscience. Insensibilité. Ces trois mots ont été prononcés récemment par Mgr Fridolin Ambongo. Le vice-président de la Cenco (Conférence épiscopale nationale du Congo) décrivait à sa manière le comportement du personnel politique congolais. Il a eu le loisir d’observer cette conduite tout au long des discussions au Centre Interdiocésain. « Serait-il toujours intéressé à aller aux élections ? », s’est-il interrogé. Au motif que les participants aux discussions semblaient, selon lui, se préoccuper uniquement du «partage des postes».

A Kinshasa, les évêques de la Cenco avaient annoncé leur ferme résolution de clôturer les discussions le lundi 27 mars. Au moment où ces lignes sont écrites, il se confirme que les prélats se sont dessaisis de cet épineux «dossier» que «Kabila» leur avait confié en octobre dernier. C’était après le constat de demi-échec du « dialogue » piloté par Edem Kodjo. La balle se trouve à nouveau dans le camp de Kabila. Sera-t-il à la hauteur de son rôle de "garant de la nation"? En attendant, les deux camps se rejettent la responsabilité de l’insuccès.

Dans une intervention faite lundi sur les ondes de radio Okapi, le G7 Christophe Lutundula Apala a déclaré que «la majorité n’a jamais accepté l’accord de la Saint Sylvestre». Le contraire aurait étonné s’agissant d’un processus de "gestion consensuelle" du pouvoir.

Pour Lutundula, « Kabila » « veut rester au pouvoir par toutes les manières, c’est pourquoi la MP multiplie les stratagèmes pour empêcher son application». D’aucuns pourraient rétorquer que c’est de bonne guerre.

Président de l’Assemblée nationale et secrétaire général de la mouvance kabiliste, Aubin Minaku a déclaré, pour sa part, que la majorité a fait « plusieurs concessions ». Lesquelles ? La décrispation du climat politique? Il a invité le Rassemblement « à privilégier l’intérêt du peuple et de la république pour aller rapidement aux élections».

Aubin Minaku fait preuve de mauvaise foi. Il parle d’«aller rapidement aux élections» en feignant d’ignorer que la recherche d’un compromis politique a été motivée par la non-tenue des consultations politiques dans les délais constitutionnels. «Joseph Kabila bloque le processus électoral sciemment », déclarait à maintes reprises Franck Diongo Shamba, président du MLP (Mouvement lumumbiste progressiste). "Franck" est en prison depuis le mois de décembre.



Conclave de Genval

Après le conclave qui s’est tenu du 8 au 10 juin à Genval - qui a donné naissance au « Rassemblement » -, « Kabila » avait pris conscience de l’existence d’un adversaire requinqué et coriace. La nouvelle coalition était pilotée par le duo de choc Tshisekedi wa Mulumba- Katumbi Chapwe. Question : le Rassemblement se serait-il endormi sur ses lauriers en comptant exclusivement sur les pressions extérieures ?

Grisé par ses «succès diplomatiques» à travers les sanctions infligées aux « durs » du régime kabiliste, le Rassemblement avait manifestement surestimé sa force de frappe. Le 19 septembre 2016, les manifestations organisées en protestation de la non-convocation du scrutin de l’élection présidentielle par la CENI furent violemment réprimées.

Le 18 décembre, le pouvoir a déployé les éléments de la garde présidentielle et ceux de la police. Dans son Acte d’engagement signé à Genval, le Rassemblement avait fixé le départ de
«Joseph Kabila» du pouvoir le 19 décembre 2016 à 23h59. Forfanterie ?

En optant pour le dialogue, «Kabila» n’avait qu’une seule préoccupation : passer le cap fatidique de la date du 19 décembre 2016 qui marque l’expiration de son second et dernier mandat. Après avoir franchi cet « obstacle », l’homme, détenteur de la force publique, a pris la résolution de croiser le fer avec les forces de l’opposition tshisekediste.

Dans son allocution sur l’état de la nation le 15 novembre, « Kabila » a littéralement nargué ses contempteurs et adversaires. "Quant à tous ceux qui semblent se préoccuper à longueur des journées de mon avenir politique, je tiens à dire, tout en les en remerciant, que, la République Démocratique du Congo est une démocratie constitutionnelle et que toutes les questions pertinentes relatives au sort des Institutions et de leurs animateurs sont réglées de manière satisfaisante par la Constitution". Et d’ajouter : «N’ayant jamais été violée, la Constitution sera toujours respectée, et ce, dans toutes ses dispositions.»

Dans son message de fin d’année 2016, le président sortant qui a "étouffé dans l’oeuf" les manifestations prévues le 19 décembre aura ces mots : « (…) maintenant que d’aucuns ont expérimenté les limites et les dérives de la stratégie d’appel à la violence, et que tous les prétextes aux complots divers contre la République sont ôtés, (…) ».



La force brutale

RDC: Dialogue CENCO - Les évêques jettent l’éponge
Les évêques de la Cenco lors d’une séance au Centre Interdiocésain

Pour n’avoir pas été défenestré le 19 décembre 2016 par une «rue» affaiblie par la répression,
« Kabila » a acquis la conviction que le Rassemblement a perdu son « arme fatale». A savoir : la population. "Prenez-vous en charge", martelait "Tshitshi" en guise de testament.

Peu impressionné par les "vociférations" de la communauté internationale, le Président sortant s’est fait un nouvel ami en la personne de Vladimir Poutine. C’est l’objet de la visite inédite entreprise le 23 mars à Moscou par le ministre des Affaires étrangères She Léonard Okitundu. Une démarche qui tient plus d’un coup de tête que d’une action mûrement réfléchie.

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Une chose paraît sûre : « Kabila » n’a plus besoin de compromis politique pour une «gestion consensuelle» du pays jusqu’à l’organisation des élections. L’homme ne compte plus que sur la force brutale. On devrait s’attendre à des arrestations dans les rangs de l’UDPS et du G7.

Signe qui ne trompe pas, lors de la réunion du Conseil des ministres présidée, le 9 mars, par le Premier ministre Samy Badibanga, «Joseph Kabila» a, via un message, exhorté les membres du gouvernement en exercice « à continuer à travailler sans désemparer et sans se soucier de l’agitation observée sur l’arène politique en ce moment en marge des discussions directes qui se déroulent entre les signataires et non signataires de l’Accord du 18 Octobre 2016 ».

Que va faire le Rassemblement qui apparaît affaibli tant par la disparition de son leader charismatique Etienne Tshisekedi wa Mulumba que par la guerre des "sous-chefs" qui le mine en interne? La coalition née à Genval aura besoin de plus qu’une «journée ville morte» pour faire plier « Kabila ». C’est avec amertume que les évêques de la Cenco s’apprêtent à tourner ce chapitre guignolesque de l’histoire du Congo-Kinshasa.





Baudouin Amba Wetshi
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Message édité 2 fois, dernière édition par root, 28 Mars 2017, 8:58  
 

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