Lien vers ce message 10 Janvier 2017, 9:16
RDC - Pourquoi Azarias RUBERWA?
Azarias Ruberwa Manywa, ministre de la Décentralisation et de réforme institutionnelle.

Président du RCD-Goma, l’ex-rébellion pro-rwandaise, ancien vice-président de la République en charge de la Défense sous le régime de transition «1+4», Azarias Ruberwa Manywa, 54 ans, a fait un retour aux affaires fort remarqué par sa présence dans le gouvernement du Premier ministre Samy Badibanga Ntita dont la composition a été publiée le lundi 19 décembre. A tort ou à raison, l’homme passe pour le "défenseur" des intérêts du régime de Paul Kagame à Kinshasa.
Titulaire du portefeuille de la Décentralisation et réforme institutionnelle, le nouveau ministre se veut «rationnel». Il se propose de dresser dans les « prochains jours » un état des lieux sur le fonctionnement des nouvelles provinces. Depuis le 30 juin 2015, le nombre des provinces est passé de 11 à 26 au Congo-Kinshasa.
Le retour aux affaires de cet homme étiqueté proche du régime de Kigali suscite des commentaires en sens divers. D’aucuns y voient le signe annonciateur de la «résurrection» de l’AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo) qui avait porté LD Kabila au pouvoir avant de lui faire la guerre.

Etat des lieux

Contrairement aux nouveaux ministres qui clament ici et là leur volonté de promouvoir le «changement» dans leur secteur d’activité - sans avoir identifié au préalable les problèmes qui s’y posent autant que les moyens à mobiliser -, Azarias Ruberwa voudrait sortir des sentiers battus. Juriste de formation, l’homme entend agir à l’image d’un médecin. Une seule règle : le diagnostic précède la thérapeutique.
Des sources proches du ministère de la Décentralisation et réforme institutionnelle ont annoncé, jeudi 5 janvier, que le successeur de Salomon Banamuhere espère collecter des «informations utiles» sur les difficultés que rencontrent les pouvoirs locaux depuis que le nombre des provinces est passé de 11 à 26 en application de l’article 2 de la Constitution.
Ces informations devraient lui permettre de «mettre fin aux dysfonctionnements» observés au niveau de l’administration des anciens districts érigés en province en application de la circulaire du 4 février 2015. La formation des animateurs des villes érigées en chefs-lieux de province, le renforcement des capacités du personnel des assemblées provinciales et la mise en place des administrations financières. Tel est le programme tracé par Ruberwa.

Les provinces infantilisées

Depuis la promulgation de la Constitution en vigueur, il y a dix ans, les provinces continuent à être infantilisées par l’Exécutif national en général et le ministre de l’Intérieur en particulier. Et pourtant, ces entités sont dotées de la personnalité juridique. Les interventions intempestives des autorités nationales empêchent les pouvoirs locaux à jouir de «la libre administration et de l’autonomie de gestion de leurs ressources».
L’article 200 de la Charte fondamentale stipule qu’il est institué une conférence des gouverneurs de province présidée par le chef de l’Etat. Elle se tient au moins deux fois par an. Depuis 2007 à ce jour, « Joseph Kabila » qui n’a pas la réputation d’un «bosseur» n’a convoqué que quatre rencontres du genre. La dernière s’est tenue mi-juin dernier à Lubumbashi.



Au chef-lieu de la nouvelle province du Haut Katanga, les gouverneurs, à quelque rares exceptions près, n’avaient que quatre mots dans la bouche : le manque de moyens. Les problèmes sont légion : manque d’infrastructures, insécurité, enclavement, pénurie en eau courante et électricité, enseignement, hygiène, santé, agriculture, pauvreté.
Selon certains participants à cette réunion, «Kabila» a écouté poliment les doléances de ses interlocuteurs tout en donnant l’impression d’être «ailleurs».
L’assistance a fini de comprendre que le locataire du Palais de la nation - dont le second et dernier mandat devait expirer le 19 décembre 2016 - était préoccupée plus par la prochaine élection présidentielle que des problèmes d’intendance auxquels étaient confrontées les provinces. Lors de cette rencontre, l’hypothèse de l’organisation d’un « référendum » a même été évoquée. Objectif : faire réviser l’article 220 qui empêche le Président sortant à briguer un troisième mandat.

RDC - Pourquoi Azarias RUBERWA?

Et revoici Ruberwa

Lors du « dialogue politique » organisé du 1er septembre au 18 octobre, sous la facilitation de l’ancien Premier ministre togolais Edem Kodjo, l’opinion congolaise n’a pas caché sa surprise de voir Azarias Ruberwa figurer parmi des «personnalités» invitées à ces assises. D’aucuns pourraient objecter que l’ancien vice-président de la République Arthur Z’Ahidi Ngoma était également présent. Reste que la même opinion a noté l’activisme de Jaynet «Kabila» à cette rencontre.
En parcourant l’accord conclu le 18 octobre 2016 à la Cité de l‘Union Africaine, force est de remarquer que le véritable enjeu de ce forum est exprimé dans le deuxième alinéa de l’article 17 dudit accord. « Conformément à la Constitution, le Président de la République en exercice reste en fonction jusqu’à l’installation effective du nouveau Président élu ; (…) ».

Selon des sources, malgré la fin du régime «1+4» après la présidentielle de 2006, Ruberwa est resté très influent auprès de «Joseph Kabila». Des «mauvaises langues» assurent que sa sécurité rapprochée serait toujours assurée par des combattants issus du RCD-Goma dont les hommes provenaient essentiellement de la RDF (Rwandese defence force). Ceux-ci n’ont jamais été brassé ni mixé. Et ce, contrairement aux combattants du MLC de Jean-Pierre Bemba.
A en croire ces mêmes sources, malgré son air inoffensif, «Azarias» serait le véritable «patron» de l’ANR (Agence nationale de renseignements). A ce titre, il ferait partie du fameux «gouvernement parallèle» où se prennent les véritables décisions.



Une chose paraît sûre : l’entrée de Ruberwa au gouvernement de Samy Badibanga n’a pas été applaudie de deux mains. « Le président Joseph Kabila voulait nommer Azarias d’abord au ministère de la Défense, commente un analyste kinois. Des voix se sont élevées pour lui faire remarquer que la présence de Ruberwa à la Défense pendant que Charles Bisengimana est à la tête de la Police serait mal interprétée».
La nomination de « Maître Ruberwa » au ministère de la Décentralisation et de réforme institutionnelle n’est pas bien vu. Bien au contraire. « La présence de Ruberwa au ministère de la Décentralisation et réforme institutionnelle est une occasion pour le régime de Paul Kagame d’achever l’oeuvre de balkanisation commencée dans le Nord Kivu ». C’est le genre de réflexions qui revenait sur les réseaux sociaux.
En juillet 1994, le Front patriotique prend le pouvoir à Kigali. Des militaires des ex-Forces armées rwandaises de Juvénal Habyarimana trouvent refuge dans les deux provinces zaïroises du Kivu.

RDC - Pourquoi Azarias RUBERWA?

Au service de la sécurité nationale du Rwanda

En septembre 1996, les premières échauffourées ont lieu entre les Forces armées zaïroises et des miliciens tutsis dits « Banyamulenge ». En octobre de la même année, Pasteur Bizimungu alors chef d’Etat rwandais tient un meeting à Cyangungu. Il brandit, à cette occasion, une carte du « Grand Rwanda » en exigeant la tenue d’une deuxième conférence de Berlin pour revoir le tracé des frontières entre le Zaïre d’alors et le Rwanda. Une manière de justifier la "guerre des Banyamulenge".
Depuis cette prise de position, les Zaïro-Congolais ont acquis la conviction que le régime de Paul Kagame a des visées annexionnistes sur les provinces du Kivu. L’Ouganda, lui, lorgnerait sur l’Ituri.

Fin octobre 1996, l’AFDL voit le jour à Goma. Les initiateurs de cette organisation ne sont autres que le président ougandais Yoweri Kaguta Museveni et Paul Kagame, alors ministre de la Défense et vice-président du Rwanda. Dans un documentaire intitulé « L’Afrique des Grands Lacs en morceaux », Museveni se vante d’être l’homme qui avait présenté Laurent-Désiré Kabila à Kagame. « C’est mon secrétaire particulier Innocent Bisangwa qui l’avait conduit à Kigali afin qu’il soit le porte-parole de l’AFDL», dira-t-il.
Le 17 mai 1997, ce sont les troupes de l’AFDL qui portent LD Kabila à la tête du pays rebaptisé République démocratique du Congo. « Azarias » n’était que directeur de cabinet du ministre des Affaires étrangères Bizima Karaha. « Joseph Kabila », lui, était l’assistant du colonel James Kabarebe, commandant des troupes rwandaises déployées au Congo et chef d’état major de l’armée congolaise. Après la rupture entre LD Kabila et ses anciens parrains, Ruberwa se réfugie à Kigali à l’instar d’autres personnalités appartenant à l’ethnie tutsie. C’est dans la nouvelle «rébellion congolaise», le RCD, que l’homme va prendre du grade.

Le 16 janvier 2001, LD Kabila meurt dans des circonstances qui restent mystérieuses à ce jour. 26 janvier, « Joseph Kabila » est investi à la tête de l’Etat. A l’issue du dialogue intercongolais en 2002 à Sun City, Ruberwa devient un des vice-présidents de la République. «Ruberwa n’a jamais caché qu’il était au service des intérêts du régime rwandais au Congo, commente un analyste. La présence de Joseph Kabila à la tête de notre pays sert de garantie pour la sécurité nationale du Rwanda. La présence de Maître Ruberwa dans le gouvernement Badibanga marque le retour en force des fantômes de l’AFDL par la cupidité des politiciens congolais...».





Baudouin Amba Wetshi © Congoindépendant 2003-2017
Message édité 1 fois, dernière édition par root, 10 Janvier 2017, 9:32  
 

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