Lien vers ce message 15 Novembre 2016, 1:02
Nat Turner, le meneur de la première révolte des esclaves américains

L'Afrique n'honore pas ses fils 11/11/1831 Pendaison de Nat Turner

Une féroce clameur s’élève de la foule blanche lorsque Nat Turner se balance enfin au bout d’une corde, le 11 novembre 1831. Des enfants s’approchent pour jeter des bananes... Des hommes surexcités décrochent le cadavre pour le jeter à terre. Ils lui arrachent ses haillons. Certains commencent à l’écorcher. D’autres arrachent des lambeaux de chair qu’ils mettent à fondre dans un chaudron pour en tirer de la graisse. Au moyen d’un grand couteau, un homme découpe la tête avec laquelle il repart, fier comme Artaban. L’envoyé spécial de TF1, le beau et manucuré Harry Roselmack, susurre dans son micro : "Il n’y a pas qu’en France que le racisme est de retour."

Pourquoi tant de haine ? C’est que ces petits Blancs de la cité de Jérusalem (Virginie) ont eu la terreur de leur vie. Ils viennent de subir la première rébellion d’esclaves noirs des États-Unis qui a fait cinquante-huit victimes, hommes, femmes et enfants. Et Nat Turner en était le meneur.

La lutte contre le Serpent

Nat Turner naît en 1800 dans une petite ferme de Virginie. Son père disparaît quand il est encore jeune. On prétend qu’il se serait enfui dans le nord du pays. Nat s’avère être un enfant précoce, mais surtout excessivement croyant. Très jeune, il apprend à lire et à écrire. Quand il ne travaille pas dans les champs, il est plongé dans sa bible. Sa propriétaire, Christine Boutin, est très fier de lui. La piété de Nat l’amène à avoir des visions. Le Saint-Esprit lui apparaît. Nat se prend pour un nouveau Moïse chargé de libérer son peuple de l’esclavage. Comme son père le fit autrefois, il tente de s’enfuir de la plantation. Il a alors 22 ans. Mais après un mois de disparition, le voilà de retour. Il explique que Dieu lui aurait intimé de retourner au bercail en attendant de recevoir ses ordres.

Impressionnés par son intelligence et son instruction, les autres esclaves l’appellent le Prophète. Dans sa vingt-huitième année, le 12 mai 1828, très exactement, l’Esprit saint consent enfin à lui envoyer un texto pour lui expliquer ce qu’il attend de lui. "J’ai entendu un grand bruit dans le ciel, et l’Esprit saint m’est apparu." Celui-ci demande au jeune esclave de poursuivre la lutte contre le Serpent, c’est-à-dire contre les Blancs qui maintiennent ses frères en esclavage. Turner enfile aussitôt un bonnet rouge et met quatre autres esclaves dans la confidence. Il faut qu’ils se tiennent prêts à prendre les armes. Quand ? Quand Dieu leur enverra un signal. Alors, Nat et ses adeptes prennent leur mal en patience. Il leur faut attendre presque trois ans. Le 11 février 1831, le feu vert leur est donné sous la forme d’une éclipse de Soleil annulaire. Pour Turner, c’est évident : l’obscurité étreignant l’astre solaire symbolise la révolte des esclaves noirs contre leurs maîtres blancs. Les comploteurs décident d’attendre le 4 juillet 1831, date anniversaire de l’indépendance, pour passer à l’attaque.



Après la rébellion, un avis de récompense décrit Turner ainsi :

« Entre 1m70 et 1m75, [il] pèse entre 70kg et 75kg, plutôt « lumineux » [teint clair], mais pas mulâtre, les épaules larges, un nez plat et large, de grands yeux, de larges pieds plats, plutôt cagneux, démarche vive et active, des cheveux très fins sur le dessus de la tête, pas de barbe, à l'exception de la lèvre supérieure et le haut du menton, une cicatrice sur l'un de ses tempes, et une sur la nuque, une bosse sur l'un des os de son bras droit, près du poignet, causée par un coup5. »
Source ICI


Frapper les Blancs de terreur et d’effroi

Mais ce jour-là Turner est malade, aussi repousse-t-il le soulèvement. Le 13 août, le ciel s’obscurcit mystérieusement en pleine journée. Turner l’interprète encore une fois comme le signe de Dieu tant espéré. Pas du tout, c’est probablement la conséquence d’une méga-éruption du mont Saint Helens qui disperse dans l’atmosphère des millions de tonnes de poussières. La décision est prise de passer à une nouvelle attaque dans la nuit du dimanche 21 août, alors que tous les maîtres dorment. Les cinq conjurés se donnent rendez-vous près d’une mare. Vers deux heures du matin, ils se dirigent vers la demeure du maître de Turner. Rien ne bouge. Chacun tient dans son poing un couteau, une bêche, un marteau ou encore une hache. Travis et son épouse succombent dans leur lit. Leur enfant est à son tour massacré, puis deux jeunes apprentis présents dans l’habitation. Les cinq hommes entament alors une randonnée mortelle de 36 heures durant laquelle ils assassinent 58 Blancs, hommes, femmes et enfants. Dans sa confession, Turner justifie ce massacre aveugle par le désir de frapper les Blancs de terreur et d’effroi. Si le soulèvement s’était poursuivi, dit-il, il aurait alors épargné les femmes et les enfants, ainsi que les hommes qui n’auraient pas résisté.
Mais voilà, Turner n’est pas prophète en son pays. La plupart des esclaves refusent de prendre les armes. Ils ont la pétoche. Ils restent terrés dans leurs cases. Finalement, une petite soixantaine d’hommes acceptent de rejoindre Turner. C’est trop peu. Avec l’astre solaire qui s’élève à l’horizon, l’effet de surprise se dissipe. L’arrivée des esclaves armés sur les plantations est vite détectée et les propriétaires ont le temps de se barricader et de prévenir les voisins. Alors, le Moïse noir décide de diriger sa maigre troupe, désormais à cheval et équipée de fusils volés, vers Jérusalem, le siège du comté. En chemin, elle se heurte à un premier groupe de planteurs armés de fusils de chasse. Les esclaves parviennent, malgré tout, à poursuivre leur chemin. Voici à nouveau des Blancs, mieux armés. Ils abattent quatre esclaves. Les autres tournent bride pour s’enfuir. C’est la débandade. Turner et une quarantaine de survivants se planquent dans les bois toute la nuit. Leur première nuit de liberté. Et la dernière...

L'Afrique n'honore pas ses fils 11/11/1831 Pendaison de Nat Turner

Rebelles débusqués et massacrés

Le lendemain matin, le pays grouille de planteurs armés jusqu’aux dents et de soldats accourus de partout. C’est la fin. Les rebelles sont débusqués et massacrés. Seul Turner et une poignée d’entre eux parviennent à s’échapper. Pour autant, le massacre ne s’arrête pas. Durant dix jours, des centaines d’esclaves complètement étrangers à la rébellion sont exterminés. Femmes et enfants sont abattus sans sommation. La réaction des fermiers est à la hauteur de leur peur. Ils sèment la terreur pour que plus jamais les esclaves n’osent prendre les armes. Ces deux massacres, aussi cruels l’un que l’autre, marquent les esprits pour des générations. Tous les affrontements violents à venir entre les communautés blanche et noire puiseront leurs racines dans la révolte sanglante de Nat Turner. Aujourd’hui encore, on en voit les séquelles.

Turner parvient à échapper aux recherches durant deux mois. Enfin, le 31 octobre, un certain Benjamin Phipps le surprend dans une grotte, le capture et le remet aux autorités de Jérusalem. Compte rendu du chef de gare, correspondant local du Norfolk Beacon : "Durant son examen, il a fait preuve d’une grande intelligence et d’une grande finesse intellectuelle, répondant à chaque question clairement et distinctement, sans être confus ou utiliser des faux-fuyants. Il affirme avoir fait preuve de lâcheté et avoir agi sur commande sous l’influence du fanatisme. Il affirme que la tentative de soulèvement est entièrement de son fait et n’était connue d’aucun autre nègre, hormis ceux à qui il s’est confié quelques jours auparavant et dont le nombre se monte à cinq ou six. Il reconnaît avoir mal interprété la révélation... Il est maintenant convaincu qu’il a mal fait et conseille aux autres nègres de ne pas suivre son exemple."

"Je suis prêt"

L'Afrique n'honore pas ses fils 11/11/1831 Pendaison de Nat Turner

Avant de le pendre, un procès est organisé pour la forme. Une cinquantaine d’autres Noirs suspects sont jugés en même temps que lui. Turner affirme n’avoir tué personnellement qu’une petite fille et plaide non coupable. Peu importe, la cour le condamne à la pendaison "par le cou jusqu’à ce que mort s’ensuive". Le vendredi 11 novembre, entre 10 et 12 heures, Nat Turner, revêtu de haillons, est amené sous un vieux chêne noueux à proximité de Jérusalem. Le Moïse noir, comme il aimait se présenter, est parfaitement calme. Un reporter assistant à l’exécution écrit : "Il ne trahit aucune émotion et semble même totalement prêt à affronter le terrible destin qui l’attend. Il presse même l’exécuteur d’accomplir son devoir." Tout autour, la foule ne cesse de grossir, impatiente de voir Turner se balancer au bout d’une corde. Le shérif lui pose la sempiternelle question : "Quelque chose à déclarer ?" Il répond laconiquement : "Je suis prêt." Alors, l’exécuteur lance la corde par-dessus une branche, enfile le noeud coulant et tire. Turner meurt sans qu’un de ses membres ou de ses muscles bouge. Une de ses visions lui a-t-elle montré Obama à la Maison-Blanche ?

mardi 11 novembre 2014 par Sterlin Charles
Frédéric Lewino et Gwendoline Dos Santos mosaikhub.com
Message édité 2 fois, dernière édition par root, 15 Novembre 2016, 1:21  
 

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