Lien vers ce message 05 Octobre 2016, 0:21
Des dizaines de morts dans des affrontements entre l’opposition oromo et la police

Ethiopie: des affrontements avec la police font 52 morts

Plusieurs dizaines de personnes sont mortes, le 2 octobre, lors du festival Irreecha, une fête traditionnelle oromo, à Bishoftu, au sud-est d’Addis-Abeba, en Ethiopie. Des dizaines de personnes sont tombées dans un fossé, et seraient mortes piétinées ou noyées.
L’événement devait être festif, il a viré au drame. Plusieurs dizaines de personnes sont mortes, dimanche 2 octobre, à la suite d’un mouvement de foule lors du festival Irreecha, une fête traditionnelle oromo, l’ethnie majoritaire d’Ethiopie, à Bishoftu, une localité au sud-est de la capitale, Addis-Abeba.

La bousculade s’est produite au cours d’affrontements entre les forces de l’ordre et des participants, qui étaient des dizaines de milliers à suivre la cérémonie. Tous les ans, les Oromo se rassemblent pour célébrer la fin de la saison des pluies, et remercier Dieu de sa clémence et de ses bénédictions lors de l’année écoulée.

Mais depuis un an, les membres de cette ethnie, qui représente plus du tiers de la population, protestent contre le gouvernement. Les Oromo l’accusent d’expropriation de leurs terres, et de favoriser les Tigréens, l’ethnie dont sont issus la plupart des dirigeants, souvent accusée de monopoliser les postes-clés alors qu’elle représente seulement 6 % de la population. Depuis le renversement de la dictature militaire du colonel Mengistu Haïlé Mariam, l’Ethiopie a adopté un système fédéral basé sur l’ethnicité. Un système qui s’essouffle, selon plusieurs observateurs, et qui cristallise les tensions.



Bilan incertain

A Bishoftu, le festival a pris pour la première fois une tournure très politique. Des slogans antigouvernementaux ont été scandés par des participants qui réclamaient la paix et la justice pour les personnes emprisonnées ou tuées par les forces de l’ordre lors de manifestations sévèrement réprimées depuis novembre 2015, et qui ont fait plusieurs centaines de morts dans les régions Oromia et Amhara.

Des Ethiopiens ont brandi leurs deux bras en forme de croix, un geste symbolique de la protestation des Oromo médiatisé en août par l’athlète Feyisa Lilesa lorsqu’il a franchi la ligne d’arrivée du marathon aux Jeux olympiques de Rio. Certains participants ont lancé des pierres et des bouteilles en plastique sur l’estrade où se trouvaient des dirigeants oromo affiliés au gouvernement, alors qu’ils s’apprêtaient à prononcer leur discours. Selon des témoins cités par l’AFP, les policiers ont riposté en lançant des bâtons, puis des grenades lacrymogènes et utilisé des tirs de sommation pour disperser la foule, entraînant un mouvement de panique. Des dizaines de personnes sont tombées dans un fossé, et seraient mortes piétinées ou noyées.



Le bilan est encore incertain. Le gouvernement de la région Oromia a fait état, dimanche soir, de 52 morts. L’opposition évoque au moins une centaine de victimes. « C’est un carnage, un massacre, c’est l’un des jours les plus tristes de l’histoire moderne des Oromo, a affirmé au Monde l’opposant Merera Gudina, le président du Congrès national oromo. Le gouvernement prend des mesures dictatoriales : il divise les gens, il les emprisonne et les tue en usant d’une force excessive. »

Ethiopie: des affrontements avec la police font 52 morts

Souvent félicitée pour sa mue économique fulgurante et sa croissance officielle à deux chiffres sur la dernière décennie, l’Ethiopie est aussi régulièrement épinglée pour son piètre bilan en matière de respect des droits de l’homme et des libertés politiques. La coalition au pouvoir depuis un quart de siècle, le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (EPRDF), a remporté tous les sièges du Parlement lors des élections générales de mai 2015, qualifiées de « mascarade » par des opposants.



« Gigantesque bavure »

Sur les réseaux sociaux, des activistes ont fait état de plusieurs centaines de victimes, et rejeté l’hypothèse d’une simple bousculade. « Il y avait des balles, les forces de sécurité ont tiré sur les gens », affirme de son côté l’opposant Merera Gudina. Mais comme les photographies et les vidéos qui circulent depuis hier sur Twitter avec les hashtags #IrrechaMassacre et #OromoProtests, l’authenticité des informations est difficilement vérifiable.

« Le scénario reste confus, c’est tellement parcellaire et contradictoire, cela ressemble à une gigantesque bavure », analyse René Lefort, journaliste et chercheur spécialiste du pays. « La charge émotionnelle de cette affaire est dramatique, poursuit-il. Soit c’est un électrochoc et le gouvernement prend enfin le taureau par les cornes au lieu de louvoyer, ce qu’il a fait systématiquement jusqu’à maintenant. Soit les ponts vont être irrémédiablement coupés entre l’ensemble de la population oromo et le régime. »

Dimanche soir, les autorités éthiopiennes ont déclaré trois jours de deuil national. Le gouvernement de la région a condamné dans un communiqué des « actes diaboliques orchestrés par des forces irresponsables » et nié toute responsabilité des forces de sécurité dans la mort des victimes.



Par Emeline Wuilbercq (Addis-Abeba, correspondance)

LE MONDE Le 02.10.2016 à 22h21 •


http://www.mastakongo.com/news/images/arrow-blue-right.pngSUIVANT - Kabila aurait recu $100 millions des pots de vin de Dan Och
 

Commentez sur Facebook