Lien vers ce message 08 Septembre 2016, 13:59
« Les Nations-Unies veulent un dialogue politique crédible et inclusif en vue de l’organisation des élections présidentielles et législatives pacifiques, crédibles, ouvertes à tous, transparentes et qui respectent les délais consignés dans la Constitution »

UN ENIEME DIALOGUE EN RD CONGO POUR IMPOSER LE GLISSEMENTDans le cadre de l’accord dit de Lemera conclu le 26 octobre 1996 avec quelques pays limitrophes, L.D Kabila s’est présenté face à l’opinion comme le big boss de l’AFDL, ce mouvement qui a investi le pays en 1997 après avoir mis en déroute l’armée de Mobutu alors réputée redoutable. Il y a lieu de souligner pour mémoire que le Maréchal Mobutu était déjà politiquement affaibli par l’opposition pilotée de mains de maître par Etienne Tshisekedi, Président National de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (U.D.P.S en sigle). Les Forces Armées Zaïroises (F.A.Z en sigle) étaient de leur côté sérieusement minées de l’intérieur par des considérations d’ordre politique sans commune mesure. Tous les ingrédients se trouvaient de ce fait réunis pour faciliter l’occupation du territoire national par des « kadogo » (c’est-à-dire des jeunes) sans formation militaire particulière, sans expérience et mal vêtus avec à leur tête le fameux James Kabarebe, un officier de l’armée rwandaise régulière.
L’accord précité stipulait notamment que le sol et sous-sol congolais appartenaient désormais à l’AFDL, que les frontières de notre territoire devaient être poussées jusqu’à 300 km à l’intérieur au profit du Rwanda, de l’Ouganda, du Burundi, etc. Etant donné que l’exercice du pouvoir s’est avéré largement juteux et poussé par l’opinion interne farouchement hostile aux termes dudit accord, L.D Kabila choisit de remettre en cause les termes de la convention communément appelée « Accord de Lemera ». Il n’en fallait pas plus pour déclencher ce qu’on a désigné comme « guerre d’invasion » sous la houlette du président rwandais Paul Kagame. Plus de dix armées étrangères ont investi le territoire national, les uns en qualité d’invités du pouvoir en place et les autres, en qualité de véritables envahisseurs.

Dans le but de sauvegarder la paix et la concorde dans la sous-région des grands lacs, l’Organisation des Nations-Unies diligente et fait signer ce qu’il est convenu d’appeler « l’Accord-Cadre d’Addis-Abeba » en date du 24 février 2013. Ce document a pour but de régler les différends avec les pays voisins dans les problèmes des conflits et d’ingérence entre Etats.

Notre pays est depuis lors placé sous la tutelle de la Communauté Internationale avec en toile de fond l’émiettement de sa souveraineté internationale. Voilà pourquoi il ne s’écoule plus un an sans que ne se tienne ce qu’il est convenu d’appeler tantôt une concertation nationale, tantôt un dialogue inclusif avec comme objectif fondamental de mettre un terme à la crise de légitimité qui paralyse le fonctionnement harmonieux du pays, soit encore pour faire taire les armes par les bandes armées très actives à l’Est du territoire. De conciliabule en conciliabule et de dialogue en dialogue, notre pays n’arrête pas de crier au dysfonctionnement des institutions, à la crise de légitimité, à l’insécurité des personnes et de leurs biens. La grande crise politique du moment est, outre la mauvaise gouvernance et l’incompétence notoire de l’équipe dirigeante, aussi le fruit inexorable de la triche opérée en 2011 à l’occasion du scrutin présidentiel de triste mémoire. En effet, les irrégularités à grande échelle dont ce scrutin était émaillé avaient amené les observateurs tant nationaux qu’internationaux à refuser d’avaliser les résultats publiés sans gêne ni scrupule par la Commission Electorale Congolaise désignant le président sortant comme vainqueur dudit scrutin. C’est cet état de choses qui a poussé le Président Joseph Kabila à convoquer les Concertations Nationales de 7/09/2013 qui avaient groupé plus de 3.000 personnes sans motivation politique réelle comme aujourd’hui si ce n’est l’intention de déverrouiller les articles verrouillés de la constitution en vue de sauvegarder le statu quo institutionnel. Il est permis de remarquer que malgré la participation abondante à ce forum de ce que le pays compte comme « forces vives ayant pignon sur rue » et l’absence remarquée de l’UDPS, malgré les 679 résolutions sorties des assises sous revue, le pays demeure asphyxié certainement par manque de volonté politique et surtout, à cause de l’incompétence notoire de l’équipe dirigeante, pourquoi pas. Le fait d’avoir manqué d’obtenir une résolution autorisant la révision constitutionnelle fait courir J.Kabila à orchestrer des scénarios politiques qui, espère-t-il sans désemparer, pourront lui permettre de demeurer à vie à la tête du Congo. Nul doute que cela s’appelle du machiavélisme, du cynisme fondé sur la ruse et le manque de loyauté envers la constitution. Il importe de signaler que ces concertations ont juste donné lieu à un léger remaniement du gouvernement se traduisant par le débauchage de quelques têtes d’affiche de certains partis politiques.

UN ENIEME DIALOGUE EN RD CONGO POUR IMPOSER LE GLISSEMENTPlusieurs pistes de solution de la crise congolaise , aussi ingénieuses que subtiles, ont été proposées tour à tour sans jamais parvenir à extirper le mal, tellement celui-ci est profond et exige des vertus que la quasi-totalité des dirigeants politiques africains manquent en l’occurrence le dépassement de soi, la domination de l’égocentrisme, le placement de l’intérêt national au-dessus de tout.
Le 27 février 2015, l’UDPS publie son plan de sortie de crise intitulé « Feuille de route de l’UDPS pour la sortie de crise ». Le document comprend trois parties essentielles, à savoir : le contexte général c’est-à-dire le survol des faits saillants à la base de la crise, les causes de la persistance de la crise en RDC, et le règlement rapide et satisfaisant de la crise par l’organisation du dialogue politique.
En novembre de la même année, le Président de la République signe l’ordonnance portant convocation du Dialogue National Inclusif avant que n’intervienne la Résolution 2277 du Conseil de Sécurité des Nations-Unies du 30 mars 2016.

Dans le cadre de notre propos du jour, nous laissons au lecteur le soin de s’approprier la teneur des documents cités ci-haut. Il importe néanmoins de faire rapidement ressortir l’objectif visé par les parties prenantes du Dialogue de manière à pouvoir mettre en évidence les points de convergence et de divergence pour parvenir à dégager les chances de succès ou d’échec de ces assises que l’opinion tant nationale qu’internationale qualifie d’être la voie obligée pour tirer notre pays de la grave crise dans laquelle il se trouve empêtré.
Si l’Accord-Cadre d’Addis-Abeba vise essentiellement la paix tant à l’intérieur de la R.D Congo qu’au niveau de la Sous-Région des Grands-Lacs, la Feuille de route de l’UDPS préconise de jeter un regard dans le rétroviseur pour que plus jamais les erreurs commises dans le passé ne se reproduisent. Ce document vise particulièrement le processus électoral à venir en suggérant une série de dispositions capables de servir de balises, de garde-fous pour le futur. Ce document couvre pratiquement tous les aspects du processus à savoir le calendrier électoral, la restructuration de la Ceni, le contentieux électoral impliquant la restructuration de la Cour Constitutionnelle, la fiabilité du fichier électoral, la traçabilité des résultats, l’alternance politique issue des élections crédibles organisées dans un climat démocratique, paisible et dans les délais prescrits par la Constitution.
Selon l’entendement déclaré du régime au pouvoir, le dialogue doit permettre d’organiser des élections crédibles, démocratiques, pacifiques, dans un climat détendu.
La Résolution 2277 des Nations-Unies stipule à son article 8 « que le gouvernement et toutes les parties concernées au conflit en RDC y sont exhortés de créer les conditions nécessaires à un processus électoral correct, un débat politique libre et transparent et que soient assurées les valeurs cardinales de la démocratie à savoir : la liberté d’opinion et d’expression, liberté de réunion, accès équitable aux médias y compris ceux appartenant à l’Etat ». Comme on peut le remarquer au regard de ce qui précède, les « Nations-Unies veulent un dialogue politique crédible et inclusif en vue de l’organisation des élections présidentielles et législatives pacifiques, crédibles, ouvertes à tous, transparentes et qui respectent les délais consignés dans la Constitution ». La Résolution 2277 est devenue la boussole politique pour sortir la RDC de la crise profonde dans laquelle elle est plongée. On ne peut pas l’ignorer parce que c’est la volonté exprimée de la Communauté Internationale. Elle offre toutes les garanties contre une éventuelle fourberie de Kabila laisse-t-on entendre au niveau de la Monusco..

Lorsque nous examinons les exigences des parties prenantes du dialogue, on remarque globalement que les points de convergence couvrent tous les aspects de la question à quelques légères exceptions près. Toutefois, ce constat cache mal les points fondamentaux de divergence que voici :

Pour la Majorité Présidentielle
  • Les élections doivent être reportées sine die tant pour des raisons techniques que par manque de moyens financiers ;
  • Le Président en exercice doit rester à la tête du pays jusqu’à date de la passation de pouvoir avec le président élu ;

Pour le camp de l’opposition
  • La crise actuelle est une manœuvre de la Majorité Présidentielle pour la conservation à vie du pouvoir de l’Etat.
  • Dans ce contexte, le dialogue doit être strictement conforme aux prescrits constitutionnels par rapport au nombre de mandats présidentiels, aux délais constitutionnels de la tenue des élections, à l’alternance politique, etc ;
  • Le Président Kabila doit formellement signer un accord politique de bonne conduite garantissant la sauvegarde d’un climat apaisé et démocratique avant, pendant et après le processus électoral ;
  • e dialogue doit être placé sous la direction d’un facilitateur désigné par les Nations-Unies secondé par un panel de délégués des organisations régionales UE, UA, etc. Il doit être organisé à Kinshasa sous un format réduit et durant une courte période ;


Il ressort de l’examen des points de divergence ci-haut que les chances d’un aboutissement heureux des assises à venir sont bien minces. Il y a lieu de souligner en effet qu’à l’instar des multiples rencontres du genre organisées depuis l’accession du pays à la souveraineté internationale, une considération fondamentale semble échapper à l’attention des partisans du dialogue. Il s’agit d’un point qui fait partie des fondamentaux du cercle restreint des dirigeants africains à savoir le pouvoir, toujours le pouvoir, j’y suis, j’y reste, après moi c’est le déluge, etc. A la différence de la Table Ronde de Bruxelles qui a conduit à l’indépendance de notre pays, les nombreux conciliabules organisés sous le régime Mobutu parmi lesquels la Conférence Nationale Souveraine, le Dialogue Inter congolais de Sun City, les Concertations Nationales de novembre 2013 etc, tous ces conciliabules ont accouché d’une souris dès lors que l’individu au pouvoir n’entendait pas le perdre. Sorti de je ne sais quelle planète obscure, le président africain est avant tout un enfant sorti d’un milieu modeste à l’instar de ses semblables des années 50 ; il ne peut pas s’imaginer de lâcher le pouvoir tant qu’il y est, tel est le défi gigantesque qu’il faut absolument relever au cours du prochain dialogue.

Quelques cas suffisent pour saisir le fondement de notre affirmation :

Dans son ouvrage « Congo Une histoire », David Reybroeck signale à la page 549 que Kabila avait institué en Septembre 2009 une commission chargée de modifier la Constitution Congolaise pour porter le mandat présidentiel de 5 à 7 ans et de supprimer le passage qui fixe le nombre de mandats présidentiels à deux au lieu de l’éternité ;
A l’occasion d’une interview inédite en kinyarwanda accordée au Rwanda à un journaliste en avril 2009, J. Kabila avait exprimé sa détermination de battre le record de longévité au pouvoir détenu par Omar Bongo Odimba en le conservant pendant 45 ans avant de le céder à quelqu’un d’autre d’origine tutsie ;
En janvier 2015, la Majorité Présidentielle avait tenté de modifier la loi électorale en imposant le recensement comme préalable à la tenue des élections ; cela aurait permis de reporter les élections de 3 ans minimum ;
Le manque des fonds nécessaires résultant de la chute des cours mondiaux des matières premières d’exportation congolaise est présenté comme un obstacle majeur à la tenue des élections dans les délais constitutionnels. Mais on refuse de dire à la population que pendant 5 ans le budget annuel de l’Etat faisait obligation de mobiliser USD 250 millions pour les élections, ce qui aurait totalisé aujourd’hui USD 1,250 milliards d’une part et, d’autre part, que plusieurs milliards USD détournés sont logés dans des comptes privés des paradis fiscaux (Panama Papers) ;
Dans le même ordre d’idées, l’élection suivie de la mise en place des gouverneurs dans les nouvelles provinces participe aux facteurs justificatifs du glissement du délai électoral ;
L’abandon indiscutable de la Constitution consacre le schéma monolithique mis en place par J. Kabila ;
L’instrumentalisation de la Cour Constitutionnelle moyennant l’interprétation de l’article 70 de la Constitution fait corps avec les subterfuges mis en œuvre pour garder la main.



Conclusion

Il est établi de façon indiscutable que J. Kabila n’a pas la culture des textes, cela confirme son bas niveau de formation et permet de rejeter catégoriquement les études de droit qui lui étaient attribuées par Vital Kamerhe alors Secrétaire Général du PPRD. Cet homme n’est pas disposé à organiser des élections d’autant plus que celles-ci se présentent comme la voie la plus sûre de le voir éjecté du piédestal. Voilà pourquoi toutes les stratégies susceptibles de le conduire à la sortie sont soigneusement écartées. En revanche, tout est mis au point pour accorder une rallonge à J. Kabila et lui permettre de réviser la Constitution avant de la faire adopter par le biais du référendum. Nul doute que la future constitution fera certainement sauter la disposition qui limite le nombre des mandats présidentiels à deux. La Majorité Présidentielle sabre d’ores et déjà le champagne tant il est vrai que le peuple congolais représenté par l’opposition qui participe au dialogue ne détient aucun instrument capable de stopper la machine diabolique mise en route par J. Kabila et ses thuriféraires impénitents. Nous interpellons le peuple congolais pour qu’il prenne le courage de barrer la route à la concrétisation du plan machiavélique mis en place par cet imposteur sorti de nulle part. La M.P ne cache pas ses intentions là-dessus tant il est vrai que le glissement lui donnera le temps de se servir du parlement où sa majorité factice sera certainement mise à profit pour faire adopter la loi sur le référendum qui ouvrira largement la voie de l’autoroute conduisant à la révision constitutionnelle visant naturellement le passage du nombre des mandats présidentiels de deux à cent, synonyme de l’éternité. L’évaluation des assises organisées dans le passé montre qu’elles finissent quasiment toutes de la même manière à quelques exceptions près à savoir par le partage du pouvoir sans que le président en place soit déstabilisé. Les résolutions issues du dialogue atterrissent d’ordinaire dans la poubelle sans lendemain. L’appui que la Communauté internationale affiche de façon ostentatoire en faveur du dialogue, les bonnes intentions ainsi que les instructions pertinentes de la Résolution 2277 des Nations-Unies, toutes les gesticulations positives des organismes régionaux – UE, UA, SADC etc - n’apporteront aucun résultat positif si le peuple congolais se montre complice des velléités du régime prédateur en place dont les faits et gestes attestent de façon incontestable l’incompétence, l’incapacité, la mauvaise foi, bref, tout ce qu’il faut pour mériter une cote médiocre. Merde alors.



05/09/2016
KABONDOMA JUNIOR


http://www.mastakongo.com/news/images/arrow-blue-right.pngSUIVANT - RDC: QUI SE CACHE DERRIERE LE REMUE MENAGE QUI AGITE L’UDPS
 

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