Lien vers ce message 05 Aout 2014, 4:21
Le Ghana va demander formellement l'aide du FMI pour stabiliser son économie et sa monnaie, le cédi, qui a perdu plus de 40 % de sa valeur face au dollar depuis le début de l'année.

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John Mahama est président de la République du Ghana depuis juillet 2012


L'ampleur de la crise aura eu raison des hésitations de John Mahama et de sa préférence pour les "solutions locales aux problèmes locaux", son leitmotiv depuis le début de l'année. Le président ghanéen a ordonné à son gouvernement de démarrer les négociations avec le Fonds monétaire international afin de mettre en place un programme d'aide permettant de stabiliser l'économie du pays et stopper l'effondrement de la monnaie locale, le cédi.

Monnaie en chute libre

Lors d'une réunion organisée le 1er août avec ses conseillers économiques, John Mahama a indiqué que des mesures urgentes devaient être prises afin de venir au secours du cédi. La devise nationale a perdu plus de 40% de sa valeur vis-à-vis du dollars au cours des douze derniers mois, l'une des pires performances au monde.

C'est en tant que "pays en phase de transition" que le Ghana compte négocier avec le FMI.


Entre temps le déficit public du pays - porté par une hausse des salaires dans la fonction publique - a explosé, passant de 6,3 % du PIB en 2011 à 10,8 % en 2013 selon les données de la Coface. En 2014, le déficit public devrait atteindre 8,97 milliards de cédis (environ 2,6 milliards de dollars) cette année, soit 8,5 % du PIB, selon le budget prévisionnel du gouvernement, publié sur le site de la Banque centrale.

Par conséquent, l'endettement du pays, qui avait chuté drastiquement entre 2005 et 2007, passant de 58,2 % du PIB à 26,2 %, suite à l'annulation d'une partie de la dette du pays, a explosé au cours des dernières années.

Le ratio dette/PIB du pays est passé de 36,2 % en 2010 à 43,4% en 2012. L'an dernier, il s'est établi à 44,9 %. Parallèlement, l'inflation qui avait chuté fortement en 2009, passant de 18,5 % à 6,1 % au premier trimestre 2010, est repartie de plus belle. Fin 2013, elle se situait à 8,89 %, son plus haut niveau en quatre ans. Cette dégradation des comptes publics a conduit l'agence de notation Moody's, en juin dernier, à abaisser la note du Ghana de B1 à B2, assortie d'une perspective négative. C'est cette spirale d'endettement et d'érosion de la confiance qu'Accra espère interrompre.

Rassurer les investisseurs

Si la forme précise que prendra l'aide du FMI n'a pas encore été arrêtée, il apparaît à certains analyses, que ce simple recours pourrait rassurer les marchés. Comme l'a remarqué Razia Khan, analyste en charge de l'Afrique à Standard Chartered citée par Reuters, les cours sur les obligations de la Zambie - autre pays confronté à une inflation galopante et à un creusement des déficits publics - sont remontés après que Lusaka a fait appel au FMI.

"[La conclusion d']un programme avec le FMI apporterait aux investisseurs un degré de confiance supplémentaire sur la politique budgétaire menée au Ghana", a-t-elle indiqué.

Selon les déclaration du ministre des Finances du Ghana, Seth Terkper, à l'agenceReuters les discussions avec le Fonds monétaire internationale porteront "principalement sur la résolution de problèmes précis plutôt que sur l'évaluation globale de l'économie du pays". Ce programme, promet-il, ne sera "semblable en rien aux programmes du FMI avec d'autres pays", a-t-il précisé à l'agence.

'Le FMI pourrait exiger des contreparties, peut-être le gel des salaires', s'inquiète le leader de l'opposition.


http://mytngonline.com/wp-content/uploads/2012/10/JohnMahama.jpg"En tant que pays à revenu moyen-inférieur, le Ghana est actuellement dans une phase de transition. Et c'est dans ce contexte [et avec ce statut] que nous allons négocier avec le FMI", a confié Seth Terkper à l'agence de presse.

Le vice-ministre des Finances, Casiel Ato Forson, a quant à lui indiqué que le gouvernement avait déjà informé le FMI de sa décision de conclure un nouveau programme de soutien budgétaire. Le dernier en date, d'un montant de 600 millions de dollars, a duré trois ans et s'est achevé en 2012, deux ans avant que le pays ne commence sa production de pétrole.

L'austérité en toile de fond

Mark Asibey-Yeboah, le porte-parole économique du principal parti d'opposition, le New Patriotic Party, a accueilli favorablement cette décision, signe selon lui que le pays empruntait une bonne trajectoire en ce qui concerne sa situation économique. Il a cependant mis en garde contre des mesures d'austérité qui pourraient porter atteinte aux Ghanéens, rapporte Reuters.

"Ce programme du FMI s'accompagnera de dispositions enjoignant le gouvernement à adopter des mesures pour lutter contre l'inflation. Ils exigeront également le gel des salaires", s'est-il inquiété.

economie.jeuneafrique.com
 

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