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Tapis rouge pour le président turc en Somalie

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Les présidents turc Recep Tayyip Erdogan (d) et somalien Hassan Cheikh Mohamoud lors d'une conférence de presse commune à la nouvelle ambassade turque, le 3 juin 2016.
© REUTERS/Feisal Omar


Par Michel Arseneault Publié le 03-06-2016

Le président turc Recep Tayyip Erdogan est arrivé ce vendredi à Mogadiscio. C’est sa troisième visite en Somalie en moins de cinq ans. La Turquie est un pays très influent dans la Corne de l’Afrique.

Le président Erdogan a tenu à faire le déplacement dans la capitale somalienne, ce vendredi, pour inaugurer une nouvelle ambassade de Turquie que le président Erdogan a décrite comme « l'une des plus grandes ambassades turques dans le monde » et un lycée professionnel. Consacré aux métiers de la santé, cet établissement portera le nom de « Croissant rouge turc » et accueillera 600 lycéens dès septembre.

La visite du président Erdogan dit à quel point les relations entre les deux pays n’ont cessé de gagner en importance au cours des dernières années. La Somalie est déjà le principal bénéficiaire de la coopération turque en Afrique : les deux pays ont conclu, ou sont sur le point de conclure, une quinzaine d’accords bilatéraux, malgré la guerre civile larvée en Somalie.

La visite du président d’Erdogan intervient d’ailleurs 48 heures après un attentat qui a fait une quinzaine de morts dans la capitale, un attentat des shebabs qui n’a pas poussé le président turc à rebrousser chemin.

C’est une des raisons pour lesquelles en Somalie Erdogan jouit d’une grande popularité que certains comparent à celle d’une « rock star ». Des médias rapportent qu’à Mogadiscio, des parents prénomment leur garçon « Erdogan » et leur fille « Istanbul ».

Une coopération grandissante

La Turquie est l’un des principaux bailleurs de fonds de la Somalie, qu’il s’agisse du gouvernement d’Ankara ou des multiples ONG turques qui ont pignon sur rue à Mogadiscio. Et c’est là une des différences importantes d’avec la coopération occidentale. Les grandes ONG occidentales qui travaillent en Somalie sont installées non pas à Mogadiscio, mais à Nairobi, au Kenya, tout à côté. Résultat : dans la capitale somalienne, l’aide de la Turquie est visible, d’autant plus qu’elle met l’accent sur des projets qui donnent aux habitants de Mogadiscio le sentiment que la guerre civile tire à sa fin.



La Turquie a bâti un terminal à l’aéroport. Elle a construit une route de 23 kilomètres qui traverse la capitale. Et elle a rénové un hôpital construit par les Soviétiques dans les années 1960. Officiellement, on l’appelle l’ « Hôpital turco-somalien pour l’éducation et la recherche ». Mais dans les faits, à Mogadiscio on l’appelle l’« Hôpital Erdogan ». Le président Erdogan a décrit cet établissement de 200 lits comme « le plus important centre médical d’Afrique de l’Est ». C’est faux. On trouve des hôpitaux plus grands encore au Kenya et en Ouganda, mais passons.

Pourquoi la Turquie s’intéresse-t-elle à la Somalie ?

Du point de vue officiel turc, c’est pour des considérations humanitaires. L’ex-Premier ministre turc Ahmet Davutoglu considère son pays comme « une puissance vertueuse » et que sa diplomatie est d’abord et avant tout « humanitaire ».

En Somalie, cela se traduit par une aide qui cible en priorité la capitale, mais aussi, dans une moindre mesure le nord très affecté par le phénomène climatique El Nino. La famine guette des centaines de milliers de personnes, selon les Nations unies. La Turquie, 17e économie mondiale, cherche à faire passer le message qu’elle est dans le camp des bailleurs de fonds.

Mais la Turquie, dirigée par un président islamiste, cherche à se démarquer des puissances occidentales, surtout des ex-puissances coloniales en Afrique.

Dans un texte publié en début de semaine, le président Erdogan disait regretter que : « plusieurs nations africaines, dont l’Ouganda, le Kenya et la Somalie, se trouvent sur la ligne de front dans la guerre contre la souffrance humaine, alors que les nations occidentales consacrent leurs ressources à construire des murs toujours plus hauts ».

L’Afrique est considérée comme prioritaire. Ankara a déjà organisé deux sommets avec ses partenaires africains, l’un à Istanbul, l’autre à Malabo, la capitale de la Guinée équatoriale. La Turquie a aussi organisé, la semaine dernière, un sommet humanitaire mondial, à Istanbul.

La Turquie y trouve son compte

La Turquie envisage d’ores et déjà de construire une base navale en Somalie, éventuellement à Mogadiscio ou à Kismaayo, « la solution un peu paresseuse et pas trop chère », selon le chercheur et consultant indépendant Gérard Prunier.

« Si, stratégiquement ils voulaient faire quelque chose de plus utile, ils pourraient même essayer de l’installer dans la région autonome du Puntland, ajoute le chercheur. Mais cela voudrait dire une reprise en main du Puntland sous le contrôle de Mogadiscio, ce qui est extrêmement hypothétique. »

Des entreprises turques contrôlent le port et l’aéroport de Mogadiscio, à l’origine de 80% des revenus du gouvernement somalien. Turkish Airlines, la compagnie aérienne nationale, a été la première compagnie internationale à desservir Mogadiscio, dès 2012, dans la foulée du premier voyage d’Erdogan en Somalie.

Erdogan était alors Premier ministre et sa visite - la première d’un chef de gouvernement non africain depuis plus de 20 ans – a marqué les esprits à Mogadiscio. Il s’était rendu en pleine famine, une catastrophe humanitaire qui a ému Erdogan et la Turquie tout entière. Des Turcs s’étaient alors mobilisés pour la Somalie, à tel point que dans l’opinion turque la Somalie est quasi devenue un sujet de politique intérieure.

A Mogadiscio, certaines voix s’élèvent parfois pour critiquer la Turquie qui met le paquet sur la seule capitale et s’est rangée, sans réserve aucune, dans le camp du gouvernement fédéral. Le pari est risqué puisqu’un scrutin présidentiel doit avoir lieu en août prochain, mais il n’est pas interdit de penser que les quelque 500 députés appelés à désigner le futur chef de l’Etat rééliront Hassan Cheikh Mohamoud, l’actuel président.

« Les Turcs qui sont les actuels intermédiaires entre le nord et le sud (de la Somalie) sont tellement pro-sudistes, pro-Mogadiscio que ces conversations ont quelque chose de ridicule », souligne Gérard Prunier. « A moins de conversations parrainées par un véritable intermédiaire réellement neutre, il est fort probable qu’elles cessent dans un futur proche. »

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