Lien vers ce message 25 Avril 2016, 13:16
http://www.mastakongo.com/news/images/Articles_photo/2016/April/les-femmes-violees-au-kivu-toujours-pas-indemnisees.jpg

Qu’on récapitule:
  • Les gagnants d’un championnat de foot: 2.160.000 dollars.
  • Les survivantes de viols de masse: 0 dollars.

L’absence d’exécution, par le gouvernement congolais, de décisions judiciaires ordonnant la compensation de victimes de viol va à l’encontre des normes internationales en matière de droits de l’homme.

http://www.mastakongo.com/news/images/Articles_photo/2016/April/congo-victime-viol-Monica-Tamary.jpg
Monica Tamary, 30 ans, une des victimes des viols collectifs du village de Luvungi, en République démocratique du Congo, prise en photo chez elle le 3 septembre 2010, là où elle s’est fait violer devant son enfant de 3 mois par deux soldats hutus des Forces démocratiques de libération du Rwanda et des milices congolaises Maï Maï le 30 juillet 2010 | MARC HOFER/AFP


Des normes qui reconnaissent généralement le droit à la justice et à la réparation. Ce droit inclut les restitutions, indemnisations, réhabilitations, «formes de satisfaction et garanties de non répétition», détaille la FIDH dans un rapport de 2013. En d’autres termes, les victimes disposent de toute une gamme de droits réparateurs, conçus pour les aider à s’en sortir autant psychologiquement que financièrement. Mais, précise le rapport de la FIDH, «la réparation financière est la seule forme de réparation prévue en droit congolais. Il définit le droit des victimes à recevoir des dommages et intérêts pécuniaires, plus les intérêts pour compenser les dommages subis. Cette définition, monétaire et étroite, n’est pas conforme à la réparation telle que définie en droit international et à l’obligation de l’État de RDC d’assurer une réparation intégrale».

Et même en vertu de cette définition étroite, avant d’obtenir compensation, les victimes de viol au Congo font face à des obstacles énormes –tellement gigantesques qu’aucune victime n’a encore réussi à les franchir.

Le plus évident relève du conflit d’intérêts. Selon un rapport présenté au mois de mars au Conseil de Sécurité de l’ONU, des membres de la police, de l’armée ou des services de renseignement congolais ont été responsables de 31% des viols commis en 2014. En 2011-2012, la proportion atteignait les 50%. Pour le dire autrement, les victimes doivent obtenir compensation auprès du gouvernement qui est souvent directement responsable de leur viol. Et quand on voit par quelques extrémités ce gouvernement est passé pour éviter toute atteinte à sa réputation, y compris en engageant de dispendieuses agences de relations publiques américaines, on ne devrait pas être trop étonné de le voir ignorer les verdicts.

Les victimes doivent obtenir compensation auprès du gouvernement qui est souvent directement responsable de leur viol


http://www.mastakongo.com/news/images/Articles_photo/2016/April/des-congolais-fuient-les-combats-dans-les-kivus.jpgDes congolais fuient les combats au kivu

Il y a aussi des barrières administratives. Au Congo, même lorsqu’un tribunal a ordonné qu’elles soient indemnisées, les victimes de viol doivent en passer par des étapes supplémentaires pour obtenir la somme qui leur a été accordée. Selon un rapport publié en novembre 2015 par un consortium d’ONG, dont TRIAL et Physicians for Human Rights, les victimes doivent «demander la notification du jugement et remettre ce dernier au ministère de la Justice». Ensuite, elles sont «obligées de payer des frais excessifs et sont souvent invitées à payer des pots de vin». Selon Daniele Perissi, conseillère juridique de TRIAL, la procédure est
«une sorte de mission impossible».

Hélas, au Congo, tout cela n’a sans doute rien de choquant. On parle d’un endroit où, selon une enquête menée en 2012, quasiment un tiers des hommes estiment que les femmes «ont parfois envie d’être violées et que lorsqu’une femme est violée, parfois, cela lui plaît». En 2014, la DRC était listée 137e sur les 188 pays intégrés dans l’Indice d’inégalités de genre. «C’est un pays où les femmes ne sont vraiment pas en sécurité», résume Irma van Dueren, conseillère principale pour la protection de la femme de la Monusco.

Pour les survivantes de violences sexuelles, les complications sont nombreuses. Elles sont susceptibles d’être abandonnées par leur famille et leur époux, à cause du soi-disant déshonneur qui les frappe. Pour s’occuper de leurs enfants, ces femmes sont souvent laissées à elles-mêmes, sans le moindre soutien financier. Des réparations matérielles seraient d’une grande aide pour ces femmes, tout comme le seraient les autres formes d’assistance que garantissent désormais les normes internationales. En l’absence de dédommagements, rien n’incite non plus les victimes à vouloir poursuivre leurs agresseurs et accepter le laborieux processus qu’exige l’obtention de la justice.

Récemment, au sein du gouvernement congolais, il a été question d’ériger un monument en mémoire des 400 ou presque victimes des viols de masse commis en août 2010 à Walikale, ville de la province du Nord-Kivu, durant quatre jours consécutifs. Mais pour les femmes qui, après avoir vu leur vie si brutalement bouleversée, n’ont pas reçu la moindre compensation, tout cela n’est qu’un symbole. Et pour faire écho aux paroles de cette survivante intervenant auprès de Physicians for Human Rights: les symboles, ça ne se mange pas.

"Les femmes guerrières de Mamadou Ndala" et l'attaque du convoi du colonel


http://www.mastakongo.com/news/images/arrow-blue-left.pngRETOURNER A LA PAGE 1
Message édité 1 fois, dernière édition par root, 25 Avril 2016, 13:18  
 

Commentez sur Facebook