Lien vers ce message 05 Avril 2016, 20:28
La pratique de domiciliation des sociétés offshores est courante à travers le monde sans justifier des liens quelconques avec des crimes, la corruption ou toute autre forme de délit sur les avoirs des Etats.

http://www.mastakongo.com/news/images/Articles_photo/2016/April/joseph-et-jaynet-kabila.jpg

Publication : 5 avril 2016 Yvon RAMAZANI

L’affaire des câbles de la firme panaméenne Mossack Fonseca est une énième guéguerre qui tourne à l’acharnement, sinon à une sorte de paranoïa de ceux qui tiennent, à tout prix, à reprendre le contrôle du pouvoir en RDC, fût-il en ternissant l’image de ses dirigeants par un discours du genre « voici où va l’argent de votre pays ».L’objectif, on le sait, est de discréditer le régime aux yeux de son opinion et justifier, le moment venu, un soulèvement populaire. Une stratégie qui, aujourd’hui, est plus qu’à l’ordre du jour…

Depuis le weekend dernier, certains médias occidentaux se font les choux gras d’une nouvelle affaire déjà baptisée « Panama papers ». En fait d’affaire, il s’agit de la divulgation, par un groupe de journalistes d’investigation dénommé « The International Consortium of Investigative Journalists »(ICIJ), de certains dossiers d’entreprises et des avoirs de personnalités logés et administrés en offshore dans un cabinet ad hoc au Panama. Selon ce qu’on peut lire sur son site internet, ICIJ « est un réseau mondial de plus de 190 journalistes d'investigation (œuvrant) dans plus de 65 pays qui collaborent en profonde usure des histoires d'enquête ». Fondée en 1997 par le journaliste américain Chuck Lewis, ICIJ a été lancé comme un projet du Center for Public Integrity, un organisme américain fondé en 1989 par Charles Lewis avec pour mission de « servir la démocratie en révélant des abus de pouvoir, la corruption et la trahison de la confiance du public par de puissantes institutions publiques et privées. »

ICIJ a ainsi pour but d’encadrer et de promouvoir le « journalisme de chien de garde » « sur des questions qui ne connaissent pas de frontières nationales: la criminalité transfrontalière, la corruption et la responsabilité du pouvoir ».

Liens inexistants avec les allégations de crimes

C’est cet esprit qui transparaît dans le dossier dit « Panama papers ».A en croire le journal français Le Monde, qui a été parmi les tout premiers à exploiter le dossier, celui-ci porte sur la divulgation de « plus de 11 millions de documents émanant de Mossack Fonseca, une firme panaméenne chargée de créer et domicilier des sociétés basées dans des paradis fiscaux ». Déjà à ce niveau, et selon la philosophie de ICIJ, l’exploitation faite de cette « affaire » laisse croire que ces dossiers porteraient indistinctement un caractère délictueux, frauduleux ou même criminel, même si, de toute la liste divulguée, aucun fait n’est allégué pour établir ces illégalités, fraudes ou crimes. Tout se base sur des soupçons du simple fait que la plupart des « clients » de Mossack Fonseca sont des personnalités publiques dans leurs pays respectifs ou des proches de ces personnalités.

VIDEO. PANAMA PAPERS, l'énorme fuite de documents sur des sociétés offshore: Messi, Poutine et 732 Belges seraient concernés


Parmi les dossiers des clients de cette firme panaméenne, les réseaux sociaux des Congolais exploitent le nom de Jaynet Kabila, Député National et Présidente de la Fondation M’zee Laurent désiré Kabila. Les « câbles » de l’ICIJ lui confectionnent, cependant, une stature politique et d’affaires pour tenter de la rapprocher, d’une part, politiquement de son frère jumeau, le Président de la République Démocratique du Congo, dans le but lui conférer une quelconque influence sur les responsabilités d’Etat de ce premier et, d’autre part, des affaires dans le but d’en établir aussi une connexion avec les affaires d’Etat en RDC. Heureusement, on peut lire dans les commentaires des médias occidentaux que Jaynet Kabila est connue pour sa discrétion et sa méticulosité.
Pourtant, la grande majorité des clients de la firme panaméenne, parmi lesquels des autorités européennes, sont des personnalités publiques qui n’ont donc pas à se cacher derrière de louches sociétés offshores. On y retrouve, en effet, des célébrités du cinéma, des sportifs, des hommes d'affaires, des responsables politiques, etc.

Tout ce qu’il y a de plus courant

Par ailleurs, la pratique de domiciliation et d’administration des avoirs ou des sociétés offshores par des cabinets spécialisées est courante à travers le monde et n’est donc pas nouvelle pour le Panama seulement ou de Mossack Fonseca. Une société offshore, ou société extraterritoriale, « est une société exempte d'impôt qui n'est pas autorisée à s'engager dans des affaires dans la juridiction de constitution, selon la définition proposée par l'Organisation de coopération et de développement économiques » citée par l’encyclopédie virtuelle wikipedia. Cette source précise que « ce sont des sociétés non résidentes, par opposition aux sociétés dites onshores, qui sont résidentes. Une juridiction offshore (Ndlr : le cas de Mossack Fonseca) pourrait aussi être définie comme une juridiction mettant en place un cadre juridique favorisant l'afflux de capitaux en provenance de pays étrangers ». Cet afflux se justifie par un certain nombre d’avantages qu’offrent ces juridictions offshores : secret bancaire, secret professionnel des divers intervenants, système de taxation différent pour les résidents et non-résidents (taux d'imposition moins élevé pour les sociétés non résidentes), anonymat des actionnaires, etc.

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Plusieurs sites d’affaires en Europe louent également les avantages des sociétés offshores. On peut y lire, par exemple, que « de manière générale, la création d’une société offshore se justifie par la recherche d’une fiscalité plus avantageuse, permettant aux entreprises d’optimiser les revenus. C’est pour cela qu’il existe de nombreux pays de partout dans le monde qui accueillent les sociétés étrangères en facilitant les démarches et formalités administratives et juridiques d’enregistrement ». Ces juridictions offshores sont nombreuses en Europe.
Bref, tout ce qui est normal dans la pratique courante des affaires.

Encore une main occidentale ?

http://www.mastakongo.com/news/images/Articles_photo/2016/April/Zo%c3%a9-Kabila-et-sa-fille.jpgZoé Kabila et sa fille
D’où viennent alors ces soupçons de crimes ou de malversations dans l’affaire des « Panama papers » ? La question reste encore à poser, d’autant plus que ces « révélations » ne proposent pas grand’ chose comme détail pouvant établir un rapport entre les détenteurs des avoirs, autorités publiques soient-elles, et d’éventuelles activités criminelles. Paer le cas spécifique de l’Honorable Jaynet Kabila et ses partenaires en affaires, l’on a droit à une simple esquisse historique de leurs pas dans les affaires et ça s’arrête là.

L’on sait, cependant, que l’ICIJ et l’organisme américain Center for Public Integrity n’ont pas que les médias comme clients. Ils vendent aussi leurs enquêtes à certains Gouvernements, occidentaux pour la plupart. Le journal Le Monde renseigne, en effet, que « plusieurs fractions de ce « leak » (les révélations sur les clients de Mossack Fonseca), parcellaires et plus anciennes, avaient été vendues aux autorités fiscales allemandes, américaines et britanniques au cours des dernières années, une procédure qui est devenue relativement habituelle, notamment en Allemagne. La France fait ainsi partie des pays qui se sont vus proposer l’achat d’une partie des « Panama papers ».

De là à établir une connexion entre ces publications et les implications criminelles que l’on fait peser sur certaines personnalités, il n’y a qu’un pas à franchir. Et l’insistance sur l’Honorable Jaynet Kabila n’est pas loin de là si l’on considère la suspicion ambiante des Occidentaux sur le régime en place à Kinshasa. Une guerre qui tourne à l’acharnement, sinon à une sorte de paranoïa de ceux qui tiennent, à tout prix, à reprendre le contrôle du pouvoir en RDC, fût-il en ternissant l’image de ses dirigeants par un discours du genre « voici où va l’argent de votre pays ».

L’objectif, on le sait, est de discréditer le régime aux yeux de son opinion et justifier, le moment venu, un soulèvement populaire. Une stratégie qui, aujourd’hui, est plus qu’à l’ordre du jour…

 

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