Lien vers ce message 19 Novembre 2015, 21:06
1. Mercredi 04/11/2015, dans la salle de réunions de la Paroisse Notre Dame de Fatima à Kinshasa-Gombe, s’était réunie sous la houlette de Martin Fayulu, la plateforme du « non » au dialogue l’estimant sans objet.

D’autres de la même plate-forme, ont une position nuancée, refusant le terme « dialogue » et préférant parler de « Table-ronde » pour ne pas paraître avoir accepté le « dialogue ».

http://mastakongo.com/english/images/Articles_photo/November2015/dynamique-de-lopposition-de-la-rdc.jpgLes radicaux de la plate-forme clament haut et fort que Kabila doit partir, sans dire comment et quels garde-fous doivent entourer ce départ et quelles suites réserver à ce départ, ni dans quelles conditions pourraient se dérouler les élections (quelle composition de la CENI, quel fichier et les sources de provenance du budget électoral).

Maître Mbenza, dans un débat télévisé du vendredi 06/11/2015, se dit opposé au dialogue, insiste sur le retrait de l’ordonnance de nomination des commissaires spéciaux tenant lieu de « gouverneurs » dans les nouvelles provinces, au motif :

D’une part, qu’étant un papier prenant des dispositions spéciales et transitoires, il ne peut être couvert par les articles abusivement cités de la constitution, dans cette ordonnance ;
D’autre part, que cette ordonnance consacre purement et simplement la monocratie, le pouvoir d’un seul individu.

Il s’ensuit, pour lui, que ce constat étant fait, le dialogue n’est pas opportun. Une fois de plus, un tel discours laisse entières l’inquiétude et l’incertitude sur l’avenir de la RDC. Et globalement, on est là devant un débat propre à la « politicaillerie » congolaise qui laisse des problèmes de fond pour se focaliser sur la forme des choses. On est là devant un genre de débat qui fait qu’on peut tenir mille conciliabules, mais on n’obtiendra aucun résultat positif, parce que les gens intériorisent un conditionnement déloyal par des stratagèmes qui dénaturent la vérité et la recherche de la vérité.

2. Le principe même du dialogue

http://mastakongo.com/english/images/Articles_photo/November2015/dynamique-de-lopposition-de-la-rdc1.jpgAppeler cela « dialogue » ou « Table-ronde » ou autre chose, le phénomène a une constante : il s’agit d’une interaction de discours réputés « sincères » entre deux personnes ou deux groupes de personnes au sujet d’un problème à vider dans l’harmonie entre les deux parties en présence. Et Dieu sait si les hommes, malgré les dons d’intelligence et de sagesse qui sont en eux et qui devraient leur permettre d’avoir un comportement civilisé et moralement sain, ne créent pas souvent des problèmes, véritables nœuds de vipères à dénouer avec prudence, à cause précisément de la divergence de leurs intérêts dans la vie.

Ainsi,

. pour considérer un mariage, puisque l’amour s’étiole au fil du temps, il faut un dialogue entre l’homme et la femme ; entre les parents et leurs enfants ;
. pour faire régner l’harmonie au village ancestral ou dans le voisinage de celui-ci, le tam-tam résonnait indiquant à chaque famille ou chaque village environnant combien de délégués il pouvait envoyer à une telle réunion, à un tel dialogue, à une telle table-ronde, peu importe l’appellation : c’était là la « Palabre africaine » d’où sortaient nécessairement des réponses aux préoccupations des populations et qui apaisaient nécessairement les tensions ;
. dans les nations modernes, on a créé un parlement, structure permanente des débats autour des problèmes structurels ou des questions incidentes. Mais le parlement, dans sa structure occidentale actuelle, ayant une majorité au vote « mécanique », destiné à protéger les intérêts de cette majorité quels qu’ils soient : sordides ou non, ne peut jouer aucun rôle bénéfique dans des situations de crises aiguës qu’il contribue parfois à créer par des lois scélérates ;
. c’est donc dans ces circonstances de crises aiguës que des rencontres dialogales s’imposent, élargies à la société civile ou ce qui se conçoit d’elle. Et la jurisprudence congolaise est là pour l’attester.

a) Il y a eu la Table-Ronde politique en janvier-février 1960 pour donner l’indépendance et non par décision unilatérale du parlement belge ;
b) Il y a eu plusieurs constituantes représentant des intérêts divers pour élaborer la constitution à approuver par référendum, lequel est vidé de toute substance démocratique en RDC, puisque le peuple, largement analphabète en matière juridique, est appelé à se prononcer sur la loi maîtresse du pays dont il ne connaît ni les tenants ni les aboutissants. Et généralement, les partis politiques n’ont le temps que de distribuer des copies à quelques militants qui, eux-mêmes, n’auront pas le temps de pénétrer le texte.
Et dans des pays dits « monocrates » où le pouvoir appartient à un seul selon Maître Mbenza, mais que nous, nous qualifions de « oligarchiques et ploutocratiques », car le pouvoir y appartient à un groupe dont l’objectif est de s’enrichir au détriment du peuple, on prône le référendum tout en empêchant les partis politiques d’en expliquer le contenu au peuple dans des meetings populaires.
c) Il s’avère ainsi qu’à bien des égards, et particulièrement dans nos pays où les Occidentaux et les Asiatiques se disputent les ressources naturelles en ayant des complices internes, l’éclatement de la cohésion nationale est un danger permanent et sa radicalisation toujours probable.

3. Le dialogue dont question aujourd’hui en RDC

http://mastakongo.com/english/images/Articles_photo/November2015/joseph-kabila.jpgL’actuel dialogue est voulu par la Communauté dite internationale, à travers l’Accord-Cadre signé à Addis-Abeba le 24/02/2013 par les Nations-Unies et onze pays africains, suivi de 3 résolutions des Nations-Unies allant dans le même sens.

Pourquoi cet Accord-Cadre et ces 3 résolutions ?

Après avoir été pyromane à travers les résolutions du Dialogue Intercongolais donnant une feuille de route hypocrite que Joseph Kabila que l’Occident a imposé ne pouvait respecter ;

- à travers les élections de 2006 où l’Occident a tout mis en œuvre pour l’imposer comme chef d’Etat alors qu’il n’était pas élu par le peuple congolais, les troupes de l’Eufor dépêchées à son secours à Kinshasa ;
- après avoir fait de même en 2011, la CPI venue à sa rescousse pour empêcher Tshisekedi de soulever le peuple ;

à présent, cette Communauté internationale ainsi appelée s’est transformée en sapeur-pompier pour éteindre l’incendie qu’elle avait allumé depuis 2002, en mettant Joseph Kabila à la tête du pays, pour se rendre compte, après de nombreux rapports de la Monusco disant qu’il était non seulement incapable, mais de très mauvaise foi : un menteur enrichissant ses proches et conduisant le pays à la ruine certaine, la guerre de l’Est se rallumant de plus belle (voir rapport MAPPING).

Les dessous des cartes, selon la Communauté dite internationale, sont qu’à travers le Dialogue, la cohésion nationale véritable se fasse, conduisant à l’amnistie de Kabila, comme l’a préconisé récemment Herman Cohen dans son interview à Aljazeera.

http://mastakongo.com/english/images/Articles_photo/November2015/mobutu-et-le-groupe-de-binza.jpgAinsi Mobutu et tous les siens qui avaient concouru à l’assassinat de Patrice Lumumba, Mpolo et Okito, auréolés du pouvoir et des richesses pendant 32 ans, étaient morts d’une mort naturelle sans avoir rendu compte de leurs crimes. De même, Joseph Kabila ou le nommé tel, qui a aidé à l’élimination du Mzee Laurent Kabila et qui, pour ce crime, a été auréolé de pouvoir et d’argent pendant 15 ans aujourd’hui, doit être amnistié et aller mourir de sa belle mort en Tanzanie ( ! ) dans l’opulence. Voilà ce que nous pouvons décrypter des intentions de la Communauté internationale.

4. C’est dans ce contexte que l’UDPS a lancé son message à toutes les composantes politiques congolaises disant : « Sautons sur l’occasion que les Nations-Unies nous offrent. Réalisons notre cohésion nationale et planifions les conditions des élections crédibles, transparentes et surtout paisibles. Et cette fois-ci, nous peuple congolais, risée du monde depuis des décennies, réhabilitons notre blason en étant à la hauteur des enjeux de l’histoire. Des interférences extérieures malveillantes nous ont fait louper des rencontres avec notre histoire, cessons cette fois-ci nos mesquineries ». Ce message a été obscurci par un message de mesquinerie, attribuant à l’UDPS tantôt de vouloir faire cartel avec Kabila Joseph pour positionner Félix Tshilombo comme 1er Ministre, tantôt comme un des vice-présidents de Kabila et ainsi prolonger le mandat de celui-ci.

5. Notre modeste contribution est que toutes ces craintes ne peuvent être dissipées que par une rencontre franche, sincère où chacun aura à s’exprimer librement et aboutir à des décisions harmonieuses et contraignantes pour l’intérêt supérieur du Congo, notre patrimoine unique commun. Songeons à la révolte des soldats Batetela en 1894. Songeons à la révolte de Ngoy Mukalamushi, fusillé en 1947. Songeons à la révolte des soldats Bapende dans la décennie 1940-1946. Mais aussi aux Kitawala et Simon Kimbangu. Nous refusons des agendas cachés comme ceux du Groupe de Binza avec Mobutu qui ont pris le pays en otage pendant 32 ans dans la destruction ; comme ceux des kabilistes actuels qui prennent le pays en otage dans la destruction. En effet, nous ne voyons pas quelle proposition concrète à l’heure actuelle peut remplacer le dialogue par rapport aux enjeux :

<> de cohésion nationale ;
<> et d’élections futures.

Peuple Congolais,

Vous êtes un peuple vaillant et capable de comprendre les enjeux du moment. Ne vous laissez pas distraire par des discours de refus de dialogue, mais qui ne proposent rien de concret pour sortir le pays de sa crise actuelle. Kabila doit partir ? Oui, le consensus est national. Il a trop de sang du peuple congolais sur les mains pour continuer à le gouverner.

La question est : par quel mécanisme pacifique sans replonger le pays dans une guerre dévastatrice ?


MUAKA MATADI
07/11/2015

 

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