Lien vers ce message 03 Novembre 2015, 23:59
LA MAJORITE PRESIDENTIELLE VIOLE LA CONSTITUTION DEPUIS 2006

http://mastakongo.com/english/images/Articles_photo/November2015/RDC-manifestation-contre-la-modification-de-la-Constitution1.jpgEtymologiquement parlant, le glissement est défini par l’académie française comme étant l’action de glisser. Glisser recouvre une panoplie de significations parmi lesquelles nous avons retenu les suivantes pour les besoins de la cause :

Glisser =

a. se mettre en mouvement, comme en coulant sur une surface lisse ou le long d’un autre corps ;
b. passer légèrement sur quelque matière ;
c. ne faire qu’une impression légère ou n’en faire aucune ;
d. etc..

Comme on peut le remarquer, on ne peut glisser que lorsque certaines conditions sont réunies à savoir :

. La volonté de glisser ;
. L’utilisation de l’instrument approprié (le ski pour le skieur, la planche pour le surfeur, etc) ;
. L’approche du lieu ou du moment (la neige, la mer) ;
. Etc ..

Le terme glissement est entré dans le langage courant du congolais peu après la publication du calendrier électoral par la CENI en janvier 2015. Il représente une prolongation en douceur du mandat des institutions en exercice au-delà des délais prescrits par la loi, la constitution en l’occurrence. Si la volonté de glisser est bien présente dans l’esprit de ceux qui en posent des actes patents sur le lieu ou à un moment déterminé, l’instrument utilisé pour glisser peut présenter des formes quelquefois anodines, sibyllines ou encore subtiles.

L’on se souviendra qu’en janvier 2015, le pouvoir en place avait déposé à l’Assemblée Nationale, un projet de loi qui visait à inclure dans la loi électorale une clause de nature à imposer le recensement de la population préalablement à l’organisation des élections sur toute l’étendue du territoire national. Cette opération visait clairement le report au-delà de trois ans minimum des élections qui doivent se tenir en 2016 aux échelons local, provincial, législatif et présidentiel. Il est bon de souligner en effet que dans un pays de plus de 70 millions d’habitants comme le nôtre, d’une superficie de plus de 2.345.000 km², sans infrastructures viables en termes de voies de communication par routes, par voie ferrée ou fluviale, l’organisation du recensement dans ce pays peut prendre plus de trois ans au bas mot. Le glissement aurait été consommé si le peuple congolais avait laissé le parlement avaliser cette modification de la loi électorale. Nous saluons le courage, la détermination dont notre peuple a fait montre pour barrer la route à la réalisation de cette tentative machiavélique autant que nous déplorons au passage les nombreuses victimes tombées par balles réelles utilisées par l’armée et la police dont la réputation n’est plus à démontrer en matière de répression bestiale.

Au stade actuel, tout observateur averti relève aisément la volonté profonde du régime de Kabila de ne pas respecter le délai constitutionnel de son mandat, tous les décors sont plantés pour le glissement en dépit des échecs enregistrés çà-et-là. Citons-en quelques-uns pour nous rafraîchir la mémoire :

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http://mastakongo.com/english/images/Articles_photo/November2015/RDC-Nouvelles-Provinces.jpg- Démembrement des provinces et installation (érection) de 22 nouvelles provinces dans la précipitation malgré l’opposition acharnée de la famille politique autre que celle de la majorité présidentielle. Cette opération devait donner lieu à l’organisation des élections locales et provinciales en vue, notamment, de la désignation des gouverneurs pour les nouvelles provinces. Il s’agissait précisément de consommer en tout ou partie la petite cagnotte destinée à l’ensemble des scrutins de 2016 dans le but ultime de retarder au maximum l’organisation des élections législatives et présidentielles. Il est bon de relever que le Premier Ministre Matata a fini par jeter l’éponge en affirmant sans gêne que l’élection des gouverneurs ne pouvait avoir lieu par manque d’argent et que toute honte bue, la jeune Cour Constitutionnelle s’est crue autorisée de cautionner la nomination des commissaires spéciaux à la tête des nouvelles provinces pour cause de force majeure. Pour une institution dont la mission consiste à faire respecter la constitution du pays, cet arrêt de la cour constitutionnelle a déçu et sonné le glas du régime en place qui cherche des soutiens partout à l’instar d’un nageur dans les turbulences qui cherche à s’accrocher à une touffe d’herbes pour ne pas sombrer. L’ordonnance portant nomination des commissaires spéciaux amasse depuis lors de la poussière sur le bureau du Président de la République sans aucune autre forme de procès.

- Dialogue : pendant environ deux bons mois, Kabila a procédé à ce qu’il est convenu d’appeler consultation des forces vives de la nation congolaise. Il s’est agi, selon lui, de répertorier les avis et souhaits de la classe politique ainsi que de la société civile en vue d’identifier les thèmes à débattre lors du dialogue à venir. A l’exception des partis politiques ayant pignon sur rue en l’occurrence UDPS, MLC, etc, plusieurs personnalités politiques ont été reçues par Kabila lui-même d’une part et par les gouverneurs à travers les provinces d’autre part. Le dialogue qu’une frange du peuple congolais accuse de favoriser le glissement avait présenté des signes d’une réunion proche lorsque dans son message à la nation le 29 juin 2015, le Président Kabila invitait ceux qui hésitaient encore de vite se positionner positivement. Depuis, nous avons suivi à distance le pré-dialogue entre l’UDPS et la Majorité Présidentielle qui a accouché d’une souris suite au refus de l’UDPS de participer à un gouvernement de transition avec mandat de préparer les élections pendant trois ans. Une fois encore, le glissement faisait partie intégrante du pré-dialogue. Quoi que voulu par la nébuleuse communauté internationale, le dialogue tant souhaité par l’UDPS donne l’impression d’avoir perdu sa substance suite à l’échec du pré-dialogue.

- L’émergence du G7. L’actualité politique du pays est dominée ces dernières semaines par le groupe de 7 partis politiques de la Majorité Présidentielle qui ont fait savoir à leur autorité morale leur désaccord quant à la ligne de conduite qui tend à violer systématiquement la constitution en favorisant le glissement coûte que coûte. Il s’en est suivi la révocation de la famille politique du Président Kabila des têtes d’affiche de ces partis politiques entraînant leur démission forcée des postes qu’ils occupaient au sein des institutions publiques. Le jet d’éponge effectué plus tard par Moïse Katumbi en abandonnant la plate-forme de la Majorité Présidentielle autant que ses fonctions de gouverneur de l’ancienne province du Katanga, ce jet d’éponge disons-nous a créé une situation pour le moins exécrable au sein de la famille politique du Chef de l’Etat congolais. il est établi à la lumière de ce qui précède qu’ici autant qu’aux points relevés ci-haut l’opération glissement demeure le nerf de la guerre politique en RDC depuis le début de l’année en cours.

http://mastakongo.com/english/images/Articles_photo/November2015/G7.jpgLe G7

- La décapitation de la CENI. A travers un de ses postings des derniers jours, Arthur Kalombo soutient avec raison que la démission en cascade des membres de l’équipe dirigeante de la CENI s’inscrit dans le cadre du programme de glissement mis en marche par le Président Kabila. L’objectif étant de créer le vide autour des institutions qui comptent dans le processus électoral, le pays se trouvera, selon cette logique, devant le fait accompli : pas d’argent pour organiser les élections, pas de bureau de la CENI pour élaborer un calendrier viable et assurer le fonctionnement des rouages à mettre en place pour la réussite de sa mission, etc. Ainsi donc, vive le glissement du deuxième mandat de Kabila.

Notre frère A. Kalombo signale au passage qu’un projet de modification de la constitution serait en cours de préparation en vue d’assouplir la disposition relative à la nationalité d’origine pour le candidat à l’élection présidentielle. En effet, ce projet viserait à amender l’art. 72,1 de la Constitution de la RDC dans le sens d’ouvrir la magistrature suprême, comme le veut Ouattara en Côte d’Ivoire, à n’importe quel aventurier du monde. On arriverait ainsi à la réalité de la réponse qu’avait donnée le Président Omar Bongo à un journaliste qui lui demandait dans quel pays il souhaiterait renaître après sa mort.
Réponse : « Au Zaïre ». Pourquoi, demanda le journaliste ?
Réponse : « Parce que, dans ce pays-là, n’importe quel premier venu peut y devenir roi ». Ainsi donc, y compris Mobutu et d’autres.
Si un projet du genre est en ce moment à l’étude, nous pensons pour notre part que l’opération viserait d’autres candidats que J. Kabila. Il y a lieu de noter que Kabila n’a pas besoin de cette modification tant il est vrai qu’il a déjà participé deux fois à l’élection présidentielle. Les seuls candidats concernés par une telle modification constitutionnelle sont les nouveaux venus à l’élection présidentielle parmi lesquels nous ne pouvons pas hésiter de citer Moïse Katumbi dont le père est juif et la mère zambienne.



- Que faut-il finalement retenir de tout ça : il est clair comme l’eau de roche que Kabila n’a pas du tout envie de quitter le pouvoir. Il suffit de lire intelligemment les événements que nous vivons au cours des derniers mois pour s’en convaincre. En outre, un coup d’œil dans le rétroviseur indique avec clarté que cet homme nourrit des ambitions démesurées en plus d’une mission spéciale de l’étranger telles que nous aurons du mal à nous en débarrasser dans un avenir relativement proche.
En effet :

A. Livre de David Van Reybrouck

Dans son ouvrage « CONGO Une Histoire », l’auteur souligne ce qui suit à la page 549, nous citons : Il importe cependant de préciser qu’en septembre 2009, Kabila, en vue des élections de 2011 et de 2015, a créé une commission chargée d’examiner de près si le mandat du président ne peut pas être porté de cinq à sept ans et si la restriction constitutionnelle à deux mandats ne doit pas être supprimée, pour que le président soit éternellement rééligible.
La Commission secrète précitée n’a qu’un seul objectif : visiter et revisiter les articles de la Constitution non en phase avec leurs ambitions de privatiser le pouvoir pour s’offrir la meilleure part du gâteau congolais.
Source : posting de notre frère Diangitula Domfunsu du 12 octobre 2015.

B. Interview de J. Kabila du 23 avril 2009

http://mastakongo.com/english/images/Articles_photo/November2015/joseph-kabila-le-president-de-la-republique-democratique-du-congo.jpgEtant jeune je souhaite battre le record de Omar Bongo. Je ne démissionnerais qu’après 45 ans de pouvoir et que j’aurai assuré une succession tutsie à Kinshasa.
Source : posting de notre frère Diangitula Domfunsu du 12 octobre 2015.

La volonté de s’éterniser au pouvoir n’est, comme on le voit, ni le fait du hasard, ni un fait nouveau dans l’esprit de Kabila. Il s’agit d’une idée intégrante de sa personne et profondément ancrée dans ses viscères. Le peuple congolais doit donc cesser de se poser des questions concernant ses intentions par rapport aux scrutins à venir. Nous devons dès à présent prendre conscience de nos responsabilités face à l’histoire. Nous devons absolument nous prendre en charge et cesser d’attendre que le salut nous tombe du ciel. L’exemple du Burkina Faso doit nous inspirer et nous servir de modèle en ayant constamment à l’esprit que l’intervention extérieure doit revêtir le costume d’un effet, d’une rescousse. Le succès de notre action est de ce fait intimement lié à une participation grandiose de la population et ce sur toute l’étendue du pays sans exception. Nous savons d’expérience que compte tenu du taux de pauvreté élevé qui caractérise notre peuple actuellement (8 personnes sur dix vivent sous le seuil de la pauvreté selon le dernier rapport du FMI sur la RDC), le délai d’occupation de la rue est limité à 24h maximum, le temps d’aller écouler des petites bricoles à la sauvette pour ne pas crever de faim. Nous savons également d’expérience que la police et/ou l’armée congolaises ont la sale réputation de se servir des balles réelles pour disperser les manifestants. Nos chers frères soldats et policiers ; le moment est venu de vous nettoyer le cerveau et de vous persuader que le salut de notre pays doit être l’œuvre de chacun de nous, sans distinction de sexe, de tribu, de religion, de rang social, de fonction. Nous devons cesser d’œuvrer dans le sens de protéger un individu ou un groupe d’individus et mettre l’intérêt supérieur du pays au-dessus de toute considération à caractère sectoriel, individuel.

http://mastakongo.com/english/images/Articles_photo/November2015/manifestants-contre-police-a-kinshasa-en-rdc.jpg


KABONDOMA Junior
24 octobre 2015

Message édité 1 fois, dernière édition par kabondoma, 04 Novembre 2015, 0:00  
 

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