Lien vers ce message 29 Octobre 2015, 14:34
La viande rouge «probablement» aussi selon l'OMS
La consommation excessive de viande transformée mais aussi probablement celle de viande rouge augmentent les risques de cancer du côlon.

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Par figaro Pauline Fréour - le 26/10/2015

Le tabac, l'alcool et la pollution atmosphérique sont des cancérogènes avérés et bien connus. À cette liste s'ajoute désormais la consommation excessive de charcuterie et, dans une moindre mesure, celle de viande rouge, épinglées pour leur rôle dans l'apparition du cancer du côlon. Le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), chargé au sein de l'Organisation mondiale de la santé d'évaluer les niveaux de risque de cancer, vient en effet de les ajouter à son classement qui fait référence dans le monde entier.

La consommation de «viande transformée » (les charcuteries, pour faire simple) rejoint ainsi le groupe des «carcinogènes pour l'homme », la corrélation ayant atteint le plus haut niveau de certitude scientifique sur une échelle de 1 à 5 après analyse de 800 études. La consommation de viande rouge (bœuf, veau, porc, mouton, agneau, cheval) est, elle, inscrite sous l'étiquette «carcinogène probable » en raison d'un niveau de preuve inférieur.

Un Français sur 4 dans l'excès

Les experts ont conclu que chaque portion de 50 grammes de charcuterie consommée quotidiennement accroît le risque de cancer colorectal de 18 %. «Le risque de cancer associé à la consommation de viande rouge est plus difficile à estimer parce que les indications montrant que la viande rouge provoque le cancer ne sont pas aussi fortes. Toutefois, […] les données des mêmes études laissent penser que le risque de cancer colorectal pourrait augmenter de 17 % pour chaque portion de 100 grammes de viande rouge consommée par jour », écrit le Circ dans un communiqué.
Les Français adultes consomment en moyenne 370 g de viande rouge par semaine, soit 53 g par jour, et 270 g de charcuterie, soit 38 g par jour, estimait l'Agence nationale de sécurité sanitaire (ex-Afssa) en 2007. Mais un Français sur quatre mangerait plus de 50 g de charcuterie par jour. Et plus on mange, plus on s'expose.

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«Pour un individu, le risque de développer un cancer colorectal à cause de sa consommation de charcuterie reste faible, mais ce risque grandit avec la quantité de viande consommée », précise le Dr Kurt Straif, qui dirige le programme des monographies (autre nom donné à ce classement) au Circ.

34.000 décès dans le monde

Si le grand public s'émouvait hier de cette ombre portée à des produits ô combien appréciés, les experts des liens entre cancer et nutrition ne sont pas surpris. «C'est une forme d'officialisation de ce qu'avaient déjà écrit le World Cancer Research Fund International et l'Institut national du cancer (Inca)», estime le Dr Dominique Bessette, responsable du département prévention à l'Inca.
Mais attention à bien comprendre le message, s'inquiète-t-elle. Ce classement en cinq groupes ne reflète pas la dangerosité relative des cancérigènes, mais le degré de certitude scientifique à un instant T. «La charcuterie est classée dans le même groupe que le tabac, mais cela ne signifie pas qu'elle présente le même risque », insiste-t-elle. Le Circ estime que la surconsommation de charcuterie est responsable de 34 000 décès par cancer par an dans le monde, contre 1 million de victimes attribuables au tabac et 600 000 à l'alcool.

«En réalité, cela conforte les préconisations nutritionnelles actuelles, qui sont de manger varié et en quantités raisonnables, poursuit le Dr Bessette. Les études montrent que le gros mangeur de viande rouge et/ou de charcuterie est aussi quelqu'un qui bouge moins, ingère beaucoup de calories au quotidien mais mange peu de fruits et légumes, et boit davantage d'alcool.» Des habitudes qui favorisent précisément l'apparition du cancer colorectal.
La cuisson au barbecue ou à la poêle pourrait aussi être incriminée car elle induit la formation de produits cancérogènes (hydrocarbures polycycliques) mais «son rôle n'est pas encore parfaitement compris», indique le Circ.

Pour Fabrice Pierre, directeur de recherche à l'Inra, l'enjeu n'est pas seulement de convaincre les gros consommateurs carnés de se montrer raisonnables - message qui, du reste, passe mal auprès des couches sociales défavorisées, pourtant très concernées. Il est aussi, et c'est le travail de recherche de son équipe à l'Inra, de pousser à rééquilibrer les assiettes avec plus de fruits et légumes. «Le fer de la viande oxyde les lipides de notre régime alimentaire, formant des composés toxiques qui attaquent les cellules épithéliales du côlon et favorisent la carcinogénèse. Mais ce fer a aussi un grand intérêt nutritionnel, nous en avons besoin. Les antioxydants des fruits et légumes contrebalancent cet effet délétère.»
 

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