Lien vers ce message 18 Octobre 2015, 3:41
Le pessimisme à l'égard du continent africain a été le discours dominant pendant une longue période. Il ne l'est plus. L'afro-optimisme s'est imposé plus récemment, dans la deuxième moitié des années 2000, particulièrement dans les milieux économiques et entrepreneuriaux. Cet optimisme va même jusqu'à une forme d'idéalisation, parlant de l'Afrique comme d'une « nouvelle frontière » de l'économie mondiale. Où se situe le curseur reflétant au mieux la situation?

Par Marie-France Chatin Publié le 16-10-2015 RFI

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Carte du continent africain
Montage RFI / Pierre Moussart


Les appels à la lucidité se multiplient. L'Afrique a certes maintenu sa croissance, 5,5% en moyenne ces dix dernières années, en dépit de la crise financière de 2008 et de conditions dans lesquelles nulle autre économie ne saurait croître, en particulier le déficit dramatique d'électricité. La production d'électricité en Afrique, à échelle continentale, ne dépasse pas celle de la Corée du Sud. Et encore précise Alain Antil, Responsable du programme Afrique Sub-Saharienne de l'IFRI et chargé de cours à Sciences Po Lille, la moitié de cette électricité est produite par l'Afrique du Sud. Lucidité encore car après quinze années flamboyantes, la chute brutale du cours des matières premières intervient alors que la plupart des pays africains n'ont pas constitué les réserves ni pris les mesures nécessaires pour s'en prémunir. Beaucoup de pays africains connaitront l'épreuve du feu dans les mois à venir.

Lucidité toujours car si le taux de pauvreté régresse, le nombre de pauvres continue d'augmenter au sud du Sahara, compte tenu de l'augmentation très rapide de la population. Cette dernière devrait doubler et dépasser les 2 milliards d'habitants en 2050. A ce moment, le quart de la population mondiale sera africaine. Elle poursuivra sa forte croissance pendant au moins cinquante ans. La conséquence sur les villes est évidente. Celles-ci vont exploser. Dès 2030 près de la majorité des Africains vivront en milieu urbain. La gestion des grandes villes est devenue très complexe. Les défis que les municipalités urbaines doivent affronter sont de grande ampleur, en particulier pour la délivrance des services essentiels. C'est aussi tout un modèle que les villes africaines doivent créer. Comme le souligne Hélène Quénot-Suarez, chercheur associée au programme Afrique Sub-Saharienne de l'Ifri. Si en Occident l'urbanisation est née d'une croissance économique tirée par l'industrialisation, ce n'est pas le cas en Afrique, où l'économie des villes reste majoritairement tirée par les services et la consommation. Les villes africaines ont un modèle à inventer qui devra être la clé de voute d'un développement endogène et pérenne du continent.

Le processus accéléré de densification et d'urbanisation des espaces africains est-il en train de changer la place du continent dans le monde ? Est-il passé du statut d'objet à celui de sujet des relations internationales ? Dans un contexte d'augmentation de la demande des puissances émergentes et de compétition accrue sur ses ressources, l'Afrique, de par son capital naturel, occupe une place stratégique sur l'échiquier géopolitique mondial.

Bien qu'opposés, les deux discours afro-pessimiste et afro-optimiste se rejoignent par leurs considérations très générales, trop générales, estime Alain Antil. Le continent voit son marché intérieur de consommation intéresser de plus en plus d'entreprises. L'interaction avec le reste du monde se fait aussi par l'intermédiaire de la diaspora. Concernant l'insertion des économies africaines dans la mondialisation, les flux de l'illicite ont aussi leur part. L'Afrique est aujourd'hui soit l'espace d'origine (espèces menacées, trafics humains, matières premières...), soit l'espace de destination (faux médicaments, armes...), soit l'espace de transit (cocaïne, héroïne...) des flux illicites mondialisés : la faiblesse ou la corruption de ses appareils sécuritaires lui donne d'incontestables avantages comparatifs... Mode d'insertion de l'Afrique dans la mondialisation conclue Alain Antil, l'économie criminelle, loin de se réduire avec l'expansion économique du continent, est à la fois une menace pour la gouvernance, comme un frein au développement.
 

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