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La thermoplastie bronchique permet de véritablement changer la vie des patients atteints d’asthme sévère.

Par Sylvie Riou-Milliot Publié le 05-10-2015 à 15h23

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La thermoplastie bronchique consiste à réduire de 50 à 70% l'hypertrophie de la paroi des bronches. © Boston Scientific

CHALEUR. Bonne nouvelle pour les asthmatiques. Une nouvelle approche non médicamenteuse mais basée uniquement sur la chaleur, appelée la thermoplastie bronchique (voir encadré), permet de véritablement changer la vie des patients atteints d’asthme sévère. Présentée fin septembre lors du 25e congrès européen de pneumologie (European Respiratory Society, Amsterdam), la technique est la suivante : réduire l’hypertrophie musculaire des bronches présente chez les asthmatiques en la chauffant directement à plus de 60 °C. "Cette technique, pratiquée sous anesthésie générale, est réservée aux malades les plus sévères, soit environ 5% de la totalité des patients", prévient d’emblée le Pr Michel Aubier, pionnier de la technique en France et responsable du service de pneumologie à l’hôpital Bichat (Paris). Ainsi, si 4000 patients dans le monde (sur 300 millions de malades) ont déjà reçu ce traitement, ils ne sont qu’une trentaine en France (sur 3 millions de cas) à avoir pu en bénéficier. "Tous les asthmatiques ne relèvent pas non plus de cette alternative. En France, 500 à 1000 personnes sont concernées", précise le spécialiste qui s’apprête à publier dans une revue internationale les résultats détaillés de la toute première série, une trentaine, de patients français. Comme X, jeune femme de 26 ans, asthmatique depuis l’enfance. "Elle rêvait depuis toujours d’équitation mais n’avait jamais pu réaliser son rêve, détaille le Pr Aubier. Depuis le traitement par thermoplastie, elle s’adonne à sa passion 4 heures par jour!".

Des résultats encourageants

On sait aujourd’hui qu’un asthmatique sévère sur deux ne pratique pas de sport, selon une enquête européenne menée par Boston Scientific sur près de 900 malades dans 6 pays (Allemagne, Italie, France, Grande Bretagne, Espagne). On sait aussi que 80% des décès ( 1500 par an en France, 250 000 dans le monde ) surviennent dans ce groupe des malades les plus sévèrement touchés. "Aujourd’hui, avec les 5 ans de recul dont nous disposons, les données sont encourageantes", note le Pr Aubier : réduction d’un tiers des crises d’asthme, de 84% des consultations aux urgences, de 66% de l’absentéisme, de 73% des symptômes. Soit une nette amélioration de la qualité de vie des patients.

Reste encore à mieux comprendre les mécanismes précis de ces effets. "Comme la participation des cellules inflammatoires et des terminaisons nerveuses qui reste à éclaircir", commente le Dr Rob Niven, pneumologue à l’université de Manchester. Et aussi à s’assurer du maintien à long terme des bénéfices de la méthode. Enfin, "il nous faut mieux sélectionner les patients, insiste le Pr Aubier, pour savoir à quel profil précis de patient la réserver". Car dans 10% des cas, curieusement, la technique ne fonctionne pas. Et aucun marqueur ne permet encore de prévoir chez qui le traitement va échouer.

Son remboursement est à l’étude

Cette technique a été mise au point par Boston Scientific, seule entreprise à aujourd’hui proposer ce système dit Alair TM. Son remboursement est déjà à l’étude car les premières analyses médico-économiques attestent que cette approche novatrice se traduit par une moindre consommation des médicaments anti-asthmatiques (corticoïdes par voie générale, inhalés, bronchodilatateurs…). A noter que les trois séances doivent impérativement se dérouler dans des centres spécialisés car il n’est pas rare que dans les suites immédiates du traitement, une exacerbation des symptômes se produise. En clair, qu’une crise d’asthme se déclenche dans les heures qui suivent une séance. D’où la nécessité pour pouvoir intervenir rapidement de réaliser le geste dans des conditions de sécurité maximales.



Quelques degrés en plus pour les bronches

Se servir de la chaleur pour réduire la masse musculaire épaissie des bronches des patients asthmatiques. Tel est l’objectif de cette technique astucieuse mise au point en Amérique du Nord et au Canada il y a une dizaine d’années et aujourd’hui disponible dans quelques centres spécialisés en France (Paris Marseille Nantes Toulouse Strasbourg). Chez les asthmatiques sévères, la paroi des bronches est en effet épaissie, en raison d’une hypertrophie du tissu musculaire lisse bronchique (différent du muscle strié, intervenant lui pour le mouvement). Cette épaisseur anormale réduit mécaniquement le flux d’air apporté à chaque inspiration. Le traitement consiste donc via la chaleur ( 65°C) à réduire de 50 à 70% cette hypertrophie.
La technique dite endoscopique se déroule sous anesthésie générale. Une fois le patient endormi, l’opérateur introduit par la bouche ou le nez un bronchoscope, un tube souple muni d’un cathéter. Il passe alors le pharynx, puis le larynx et arrive à la bifurcation bronchique avant de se diriger vers les bronches de gros et moyen calibre. Jusque là, tout se déroule comme pour une bronchoscopie normale. Mais ensuite, comme le cathéter est raccordé à un générateur de radiofréquence, il est possible, une fois au contact de la paroi bronchique, de déployer quatre électrodes en griffe qui chauffent le muscle, ce qui provoque sa rétraction.
Chaque application de chaleur dure environ 10 secondes et est délivrée sur une zone de 5 mm, Aussi, pour traiter l’ensemble de l’arbre bronchique, à droite et à gauche, trois séances respectivement de 45 minutes chacune sont nécessaires, espacées environ d’un mois. La première intervention traite le lobe inférieur droit, la seconde le lobe inférieur gauche et la troisième et dernière les deux lobes supérieurs.
 

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