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En dosant un marqueur biologique, des chercheurs français peuvent prédire à 88% le succès d’une procréation médicalement assistée.

Par Elena Sender Publié le 15-09-2015 à 16h30

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La fécondation in vitro consiste à faire fusionner un ovocyte avec un spermatozoïde, en laboratoire, afin de provoquer une fécondation. ©DURAND FLORENCE/SIPA

GROSSESSE. Moins de deux fécondations in vitro (FIV) sur dix aboutissent à une grossesse aujourd'hui en France. Le défi est donc d’augmenter ce taux de succès. Des chercheurs du CHU de Montpellier, menés par le professeur Samir Hamamah (Inserm U1203), proposent ainsi un test qui permettrait de mieux sélectionner le matériel cellulaire pour accroître les chances pour les couples d'avoir un enfant. Comment ? En évaluant la qualité des ovocytes (cellules germinales) de la mère par le biais d'un simple test sanguin, comme le rapporte une étude publiée dans la revue Plos One.

Pour comprendre, rappelons que la FIV consiste à faire fusionner un ovocyte avec un spermatozoïde, en laboratoire, afin de provoquer une fécondation. Puis, une fois l’œuf fécondé composé de plusieurs cellules, il s’agit de le replacer dans l’utérus de la patiente pour tenter de provoquer une grossesse.

Identifier de nouveaux biomarqueurs

De la qualité des ovocytes dépend, en partie, le succès de la FIV. "La qualité de l’ovocyte et de son microenvironnement affectent, en effet, les premiers instants du développement de l’embryon, explique le Pr Samir Hamamah. Identifier de nouveaux biomarqueurs pour évaluer la qualité de ces ovocytes permettrait d’améliorer le choix d’embryons candidats au replacement dans l’utérus ou à la congélation en vue d'un replacement différé." Car, pour l’heure, les marqueurs utilisés en routine pour évaluer la qualité de la réserve ovarienne sont peu fiables.

L'idée de l'équipe de Montpellier a été de s’intéresser aux ADN libres. Ce sont des fragments d’ADN, libérés dans la circulation (sang et fluides biologiques) à la suite de la destruction des cellules. L'ADN libre est ainsi déjà utilisé comme marqueur de certains cancers ou maladies gynécologiques. "Nous avons déjà montré que le taux d’ADN libre en circulation était proportionnel au taux de cellules en apoptose (mort cellulaire, NDLR) ou en nécrose dans les follicules ovariens, poursuit le Pr Samir Hamamah. Nous avons pensé qu’il pourrait donc refléter la qualité du microenvironnement folliculaire (des ovules) et donc les chances de grossesse." Autrement dit, un milieu ovocytaire riche en ADN libre témoignerait d’une agression des cellules et donc d’un milieu peu favorable au développement embryonnaire.

Doubler les taux de naissances issues de procréation médicalement assistée

Dans l’étude publiée dans Plos One, les chercheurs ont quantifié l'ADN libre dans le fluide du follicule récupéré lors d'une ponction ovocytaire réalisé chez 117 femmes en procédure de FIV. "Nous avons alors montré que le niveau d’ADN libre est significativement plus élevé dans les fluides folliculaires de patientes qui ont des réserves ovariennes défectueuses, précise le professeur. Mais aussi que le niveau d’ADN libre était un facteur prédictif de la grossesse avec une fiabilité de 88%." L'expert utilise d'ailleurs cette méthode depuis 2011, dans les cas d’échecs répétés de FIV. Il a ainsi doublé les taux de naissances issues de procréation médicalement assistée dans le service. "Si le taux d’ADN libre circulant est trop élevé nous déconseillons alors de commencer la tentative de la FIV. Mais ce marqueur variant selon les cycles, on peut décaler la tentative de 2 à 3 mois pour tenter d’obtenir des ovocytes de meilleure qualité."

L'idée serait donc d’envisager ce test au moment du prélèvement des ovocytes pour s’assurer de prendre les "meilleurs", ayant le plus bas taux d’ADN libre. Mais aussi, à terme, de le simplifier et de proposer un test sanguin. En effet "les follicules sécrètent des substances qui passent dans la circulation sanguine". Selon l'Inserm, l’industrie pharmaceutique serait déjà sur les rangs.

Près de 24.000 naissances par FIV en 2012

En 2012, plus de 142.708 tentatives de procréation médicalement assistées ont été menées en France. Elles ont permis la naissance à 23.887 enfants, selon l’Agence de la biomédecine. Cela représente 2,9% des naissances enregistrées cette année-là par l’Insee, soit une naissance sur 35.
Source : Institut national d'études démographiques
 

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