Lien vers ce message 31 Aout 2015, 18:26
Utilisée depuis plusieurs années par les sportifs, la cryothérapie consiste à confronter son corps à des froids extrêmes censés stimuler la création de molécules anti-inflammatoires.

Par Sciences et Avenir avec AFP Publié le 31-08-2015 à 15h07

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Lors d'une séance de cryothérapie, le but est d'agir sur la douleur par un contact bref mais intense avec le froid. Ici, à -110°C. ©GEORGES GOBET / AFP

CRYOTHÉRAPIE. Dehors, c'est peut-être encore l'été, mais dedans, le thermomètre plonge à 110°C en dessous de zéro. C'est pourtant dans cette cabine de "cryothérapie corps entier" que de plus en plus de gens s'aventurent en maillot de bain, espérant faire cesser des douleurs... ou simplement se sentir mieux après. C'est à Rennes (Bretagne), au centre Kemijoki de "cryothérapie et bien-être par le froid", que l'AFP a testé la cabine à -110 degrés Celsius. La séance dure en principe entre deux et trois minutes.

Le froid, un signal envoyé au cerveau



"Vous n'allez pas congeler, pas tomber dans les pommes", tente de rassurer Haidar Dittoo, l'ostéopathe attaché au centre, expliquant que l'air "extrêmement sec" pulsé dans la cabine évite les brûlures par le gel. Le principe ? Agir sur la douleur par un contact bref mais intense avec le froid. "Le cerveau reçoit l'information selon laquelle le corps est en danger et se met à secréter des molécules anti-inflammatoires", explique Valérie Georges, qui a ouvert le centre Kemijoki à la fin de l'an dernier. Il faut donc, explique-t-elle, exposer directement le corps à l'air froid. Après un bref examen médical, on entre dans la cabine en maillot de bain, avec une paire de chaussures en plastique pour éviter de rester collé au sol, des gants, un bandeau sur les oreilles et un masque de chirurgien sur le nez (voir photo ci-contre - ©Georges Gobet / AFP).

Après 15 secondes dans un sas à "seulement" -50°C, on pénètre seul dans la cabine à -110°C, surveillé derrière une vitre par l'opératrice qui diffuse la musique de votre choix et égrène le passage des secondes. Au bout d'une minute pendant laquelle on ébauche quelques pas de danse comme pour tromper le froid, les muscles commencent à ressentir une curieuse impression. "Une minute 45. On continue ?" demande l'opératrice. La réponse est non. L'expérience n'aura duré que deux minutes. A la sortie, on prend la température extérieure au niveau de la jambe : 12 degrés, contre 32 avant d'entrer. Le corps vire au rouge, mais la sensation de froid intense disparaît presque instantanément.

http://mastakongo.com/english/images/breaking_news/cryotherapie1.jpg©AFP

Une technique non reconnue par le corps médical

"Il faut s'habituer", observe Valérie Georges. "Le stress disparaît en général à la troisième séance. A la dixième, ils sont accros", dit-elle de ses clients, à qui chaque séance est facturée aux alentours de 30 euros. Selon elle, la cryothérapie corps entier est indiquée pour le traitement des douleurs ou de certaines maladies, comme la sclérose en plaques. Une pratique qui n'est toutefois pas reconnue par le corps médical et encore moins remboursée par la Sécurité sociale, même si des malades affirment que le traitement est efficace.

Ahmed Debabeche, gérant d'un centre de loisirs, a commencé le traitement fin février alors qu'il souffrait d'une sciatique. "Au départ, j'y suis allé avec appréhension. Je me disais: "-110°C, c'est quoi cette histoire ?" raconte cet homme de 43 ans. Après seulement cinq séances, il assure que sa sciatique a entièrement disparu. "L'effet a été immédiat", rapporte-t-il. "Je revis."

Un simple effet de mode ?

La France compte désormais une demi-douzaine de centres de cryothérapie corps entier, dont un est ouvert depuis plusieurs années à Paris à l'Institut national du sport, de l'expertise et de la performance (Insep) dans le but d'aider les athlètes de haut niveau à se remettre de blessures. Certains athlètes se sentent bien avec cette cryothérapie corps entier, "mais dans la littérature scientifique, on n'a pas d'effets prouvés pour l'instant en dehors de la perception d'une meilleure récupération", commente le Pr Jean-François Toussaint, directeur de l'Institut de recherche médicale et d'épidémiologie du sport (Irmes), rattaché à l'Insep.

Il y a selon lui un "effet de mode" autour de cette pratique et un effet subjectif qui amène les sportifs à penser qu'ils récupèrent plus vite après l'effort. "L'esprit humain adore l'idée de se mettre en danger et de se dire : 'J'ai survécu", analyse-t-il. L'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) souligne qu'elle "surveille" cette technique nouvelle. "Il y a quand même un risque du fait du froid extrême, mais on n'a pas connaissance d'incidents", relève-t-on à l'ANSM.
 

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