Lien vers ce message 04 Aout 2015, 16:04
Saisie en référé par une association qui "promeut les valeurs judéo-chrétiennes", la justice a annulé le visa interdisant le film aux moins de 16 ans.

LE POINT.FR (AVEC AFP) Publié le 03/08/2015 à 20:55 | Le Point.fr

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Affiche du film "Love" de Gaspard Noé.Copyright (c) 1998 Hewlett-Packard Company

Le film Love, de Gaspar Noé, rejoint le cercle très fermé des films interdits aux moins de 18 ans, avec Baise-moi ou encore Nymphomaniac. Comme ses prédécesseurs, le film de Gaspar Noé le doit à ses scènes de sexe non simulées. Ainsi en a décidé le tribunal administratif de Paris lundi. Le juge du référé, dans une décision datée du 31 juillet, a en effet suspendu le visa d'exploitation du film projeté sur les écrans français depuis le 15 juillet, assorti d'une interdiction aux moins de 16 ans.

Le tribunal avait été saisi par l'association Promouvoir, une organisation qui vise « la promotion des valeurs judéo-chrétiennes dans tous les domaines de la vie sociale ». Le juge lui a donné raison, estimant que la « répétition » et l'« importance dans le scénario » des scènes de sexe non simulées sont « de nature à heurter la sensibilité des mineurs ». Pourtant, en juin puis début juillet, la commission de classification des oeuvres du Centre national du cinéma (CNC) avait recommandé une interdiction aux moins de 16 ans seulement. Un avis suivi par la ministre de la Culture pour délivrer le visa début juillet.

Présenté au dernier Festival de Cannes, ce film en 3D raconte la relation entre deux jeunes gens au moyen de flash-back entrecoupés de voix off, et montre de nombreuses scènes de sexe, en partie non simulées, parfois en gros plan : une femme masturbant un homme jusqu'à l'éjaculation, une scène d'amour à trois, une autre dans un club échangiste, une avec un travesti.

Un extrait (inoffensif) du film Love


« Rien de choquant »

Vincent Maraval, coproducteur du film, a déploré cette décision sur Twitter. « La décision est maintenant dans les mains du Conseil d'État. On devrait en savoir plus sur la France très bientôt », a-t-il écrit, laissant entendre qu'il comptait faire appel de cette décision. « Quand on dit qu'on veut faire un film sur une passion amoureuse, effectivement on fait un film où les gens s'aiment, s'embrassent, font l'amour », affirmait en juillet le réalisateur argentin de 51 ans, déjà auteur du controversé Irréversible en 2002, et pour qui Love n'a « rien de choquant ».

Dans Libération, Gaspar Noé condamne cette décision de justice, estimant être « là face à un anachronisme absolu ». « Cet anachronisme, c'est celui des réacs, mais aussi, dans d'autres contextes, celui de l'État islamique. Ce qui est choquant, ce n'est pas que cela existe, mais que la France donne raison à cet anachronisme, qu'elle l'écoute. C'est n'importe quoi ! »

Une interdiction que le réalisateur juge inefficace en ce qui concerne la protection de la jeunesse : « Les ados d'aujourd'hui n'achètent plus de DVD et, quand ils veulent voir un film, ils le téléchargent. Donc il est fort possible que cette décision crée une hausse du piratage de mon film. » Autre risque, selon lui : « Des réalisateurs ou producteurs peuvent se mettre à avoir peur. Il y a un risque que les cinéastes ou scénaristes s'autocensurent. »

Même punition pour Saw 3D

Pour Christophe Tardieu, directeur général délégué du CNC, la décision du tribunal administratif de Paris ne constitue toutefois pas vraiment une surprise : « On va certainement décider d'interdire le film aux moins de 18 ans, ce film va continuer à avoir une vie en salle », a-t-il indiqué. Le film n'est plus diffusé que dans 33 salles en France, dont 7 à Paris, selon le décompte mentionné dans l'ordonnance.

L'association Promouvoir avait obtenu le 1er juin, devant le Conseil d'État, l'annulation du visa d'exploitation du film d'horreur américain Saw 3D. Chapitre final, interdit jusque-là aux moins de 16 ans mais que l'association estimait devoir être interdit à tous les mineurs.
 

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