Lien vers ce message 18 Juillet 2014, 19:16
Quelque 660 suspects ont été arrêtés en six mois. L'establishment britannique est contraint de faire face à un fléau social.

Longtemps accusée de léthargie, la police britannique est passée à l'action contre la pédophilie. 660 suspects ont été arrêtés dans le cadre d'une opération sans précédent, menée pendant six mois par l'Agence nationale contre le crime (NCA). http://www.lefigaro.fr/medias/2014/07/16/PHO972bf1aa-0cf4-11e4-95a7-a11c2f5b9314-805x453.jpgMédecins, enseignants, personnels de santé, chefs scouts, anciens policiers… La majeure partie des personnes interrogées n'a pas été inculpée ; seules 39 d'entre elles étaient déjà connues des services de police. «Certaines personnes commencent par consulter des images indécentes d'enfants en ligne, puis les agressent sexuellement. Le but de cette enquête était aussi de cibler des agresseurs sexuels potentiels», explique Phil Gormley, directeur adjoint de la NCA. Les forces de l'ordre ont perquisitionné plus de 800 adresses, saisi 9 000 téléphones ou ordinateurs et mis la main sur un million d'images pédophiles.
«Des personnalités très influentes ont fait arrêter l'enquêtes. La culture du silence existe toujours»
Peters Saunders, président de l'Association nationale pour les victimes d'abus dans l'enfance (Napac)
Évoquant «un problème de notre société sur l'étendue duquel nous avons beaucoup appris ces dernières années», le ministre de la Justice, Chris Grayling, reconnaît qu'«une opération comme cela ne se serait pas produite il y a quelques années». Responsable de la coordination des enquêtes policières sur les abus envers les enfants, Simon Bailey témoigne d'«un accroissement sans précédent du nombre de plaintes». Selon une enquête du Times du début de l'année, des professeurs de 130 écoles privées parmi les plus huppées du pays ont été poursuivis pour de tels faits.
Brutalement, la société britannique se met à faire face à ses démons. Sujet tabou ou secret de Polichinelle, la maltraitance sexuelle des enfants n'en finit pas de rejaillir à la une des médias, provoquant un certain embarras dans la classe politique et bousculant les institutions établies comme la police, l'éducation ou le système de santé. Le déclenchement du phénomène date des révélations posthumes sur l'ex-star de la BBC, ami des puissants, Jimmy Savile, mort en 2011. Le «plus grand prédateur sexuel de l'histoire», comme l'a désigné la police, aurait abusé de plusieurs centaines de mineurs en toute impunité durant quarante ans. Depuis, arrestations et condamnations se multiplient. Le chanteur populaire pour enfants et, lui aussi, vedette de la télé Rolf Harris, 84 ans, vient d'être condamné à cinq ans et neuf mois de prison pour douze agressions sexuelles sur des victimes de 7 à 19 ans. En mai, c'était le célèbre gourou des relations publiques Max Clifford: huit ans de prison pour des agressions sur des femmes et des jeunes filles.

Opérations «mains propres»

Au début de l'été, c'était au tour du monde politique de se retrouver sur la sellette avec la révélation de la disparition d'une centaine de dossiers sur des abus commis dans les années 1980 et 1990 par des élus siégeant à Westminster. Le scandale a forcé le gouvernement à déclencher deux commissions d'enquête, l'une sur la couverture éventuelle de l'affaire au sein des milieux politiques, l'autre, plus large, sur les défaillances des institutions à prévenir ces crimes. Entre-temps, la juge à la retraite à peine chargée de l'investigation a dû démissionner parce que son frère était ministre de la Justice au moment des faits.
Président de l'Association nationale pour les victimes d'abus dans l'enfance (Napac), Peter Saunders juge «très encourageant» le déclenchement de telles opérations «mains propres», «malgré les efforts de la classe politique pour faire oublier ou disparaître ces affaires». Selon lui, la police britannique, longtemps coupable de fermer les yeux - ou, pire, d'obéir à des ordres de ne pas poursuivre les coupables - a changé d'attitude. «Je ne sais pas dans quelle proportion l'omerta était organisée, dit-il, mais des personnalités très influentes ont fait arrêter des enquêtes. La culture du silence existe toujours. Un député s'est fait bousculer récemment par un ministre l'accusant de remuer le passé inutilement.»
Écoles, hôpitaux, orphelinats, églises… Les enfants de Grande-Bretagne ont longtemps été livrés à des prédateurs dans des lieux de vie censés les protéger. L'Association nationale pour la prévention de la cruauté aux enfants (NSPCC) estime dans un rapport qu'un enfant sur vingt a subi des sévices sexuels en Grande-Bretagne. Selon Peter Saunders, ce chiffre est sous-estimé. «On peut parler d'un enfant sur quatre, affirme-t-il. La tradition de l'élite de ce pays d'envoyer très jeunes ses enfants dans des pensionnats fait partie du problème. Cela crée des personnalités dans un état de faillite émotionnelle.» Et tend à encourager la reproduction de ces abus d'une génération à l'autre.

LeFigaro
 

Commentez sur Facebook