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Le protoxyde d'azote, connu sous le nom de "gaz hilarant", est de plus en plus répandu dans les soirées étudiantes. Or cette substance, vendue en libre-service, peut conduire à un arrêt cardiaque ou à l'asphyxie.

Par Lise Loumé Publié le 29-07-2015 à 13h30 sciencesetavenir.fr

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Le plus souvent, les jeunes transfèrent le gaz hilarant contenu dans les bonbonnes dans un ballon de baudruche.

Un jeune homme de 18 ans, qui vivait à Bexley près de Londres, est mort d'un arrêt cardiaque après avoir inhalé du protoxyde d'azote, plus connu sous le nom de gaz hilarant, pendant une soirée chez ses amis. Comme l’adolescent avait également bu de l’alcool, une autopsie doit être pratiquée pour déterminer les causes exactes du décès. Entre 2006 et 2012, 17 jeunes britanniques sont morts après avoir consommé du gaz hilarant, révélait un rapport de l'université de Londres cité par le quotidien The Independant.

Une drogue apparue d'abord dans "l'espace festif techno"

Vendu légalement en France et en Grande-Bretagne dans les supermarchés, le protoxyde d’azote est stocké sous forme liquide dans des bonbonnes ou des cartouches métalliques de forme ovale. Il est d’usage très courant car on s’en sert dans l’industrie, en médecine ou dans des appareils domestiques (en cuisine par exemple, pour les siphons à chantilly). Mais depuis plus de vingt ans, cette substance prolifère dans les soirées étudiantes et inquiète les autorités. "Au cours des années 90, l’usage de ce gaz est apparu dans l’espace festif techno. L’année 1999 a vu sa diffusion s’élargir pour atteindre son apogée début 2000. Le protoxyde d’azote était rapporté comme étant particulièrement disponible dans les 'free parties' et les 'technivals' ainsi que dans les soirées 'trance' où il était détourné de son usage pour ses propriétés euphorisantes et reconditionné sous forme de ballons vendus à l’unité" est-il écrit dans un rapport français rédigé par des toxicologues datant de 2007 et fait à la demande de la Direction Générale de la Santé.

EUPHORISANT. Le plus souvent, les jeunes transfèrent le gaz contenu dans les bonbonnes "dans un ballon ou un préservatif" ou bien "l'aspire directement à la cartouche", précise Drogues Info Service. "L'inhalation entraîne euphorie, souvent accompagnée de rires incontrôlables (d'où son nom de "gaz hilarant"), et de distorsions visuelles et auditives". De plus, l'inhalation modifie la voix qui devient particulièrement grave pendant quelques secondes. Les effets surviennent en 10 à 30 secondes après inhalation et ne durent que 2 à 3 minutes. Mais l'inhalation peut entraîner des effets indésirables pendant quelques heures, voire quelques jours après l’inhalation : maux de tête, nausées, vomissements, crampes abdominales, diarrhée, etc. À forte dose, sa consommation peut aussi entraîner une confusion ou désorientation, des problèmes d’élocution, une difficulté à coordonner ses mouvements, une faiblesse musculaire, des vertiges, des acouphènes (perceptions de bourdonnements, sifflements ou tintements en l’absence de bruit extérieur), un ralentissement ou des irrégularités du rythme cardiaque. "Le protoxyde d’azote, normalement utilisé en anesthésie, provoque une carence en vitamines B12, appelée anémie de Biermer. Ce type d’anémie peut donner des signes à la fois sanguins mais aussi des atteintes neurologiques : des poly-neuropathies, des ataxies (troubles de l’équilibre, problèmes de coordination motrice)", détaille William Lowenstein, spécialiste en médecine interne et addictologie, président de SOS Addictions.

Entre 2006 et 2012, 17 décès en Grande-Bretagne

DÉCÈS. Pire, il peut être la cause d'une insuffisance respiratoire brutale, pouvant entraîner la mort. De plus, comme le rapporte Drogues Info Service, "les effets fugaces du protoxyde d'azote incitent parfois l'usager à des inhalations répétées pouvant conduire à la mort par asphyxie". Parmi les 17 décès survenus en Grande-Bretagne entre 2006 et 2012, six sont liés à une asphyxie résultant d'un manque d'oxygène (on parle d'hypoxie), rapporte The Independant. Difficile de connaître le nombre de décès pour la France. Le phénomène serait marginal selon Drogues Info Service : "Sur 44.000 demandes d’aide ou d’informations, seules 15 concernaient cette substance au cours de l’année 2014". En 2011, l’Agence Nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) mettait en garde contre l’usage récréatif des substances volatiles, comme le protoxyde d'azote, chez les jeunes. 5,5 % d’entre eux affirment avoir expérimenté ces produits en 2011. Même si toute consommation expose à des risques, les spécialistes se veulent rassurants : "Contrairement aux autres drogues, il n’y a pas de dépendance au protoxyde d’azote, explique Drogues Info Service. "Même si cela peut faire peur, il faut relativiser. Le gaz hilarant n’est qu’une petite mode, chez les jeunes, dans une recherche d’ivresse qui est intemporelle", explique William Lowenstein.
 

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