Lien vers ce message 19 Juin 2015, 10:59
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de gauche à droite, Ileo, Mulopwe Kalonji Ditunga Albert, Moise Tshombe

A 29 ans, Mulopwe Kalonji Ditunga Albert a embrassé la politique comme Vice-Président du Mouvement National Congolais (MNC en sigle) alors présidé par Patrice-Emery Lumumba, qui allait devenir le premier « Premier Ministre » du Congo indépendant. Peu avant la Table-Ronde politique de Bruxelles de janvier-février 1960, le MNC se scindait en 2 ailes : aile Kalonji et aile Lumumba. Les causes en ont été diversement interprétées :

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/a3/Albert_Kalonji.jpgD’aucuns ont avancé qu’un leader du MNC fréquentait l’épouse du Président Lumumba et que pour étouffer l’affaire lorsque le scandale éclata, les Ngalula et autres Diomi et Ileo offrirent à Albert Kalonji qui, lui, vivait à Kananga, la tête du MNC, provoquant ainsi la scission.
Pour d’autres, après la Conférence panafricaine d’Accra de décembre 1958, les Colons, soupçonnant Lumumba de pactiser avec Nkrumah à qui, depuis 1953, le fameux Raymond Cartier avait collé dans Paris-Match l’étiquette de communiste, auraient conseillé à l’aile « modérée » du MNC de se séparer de Lumumba, représentant de l’aile « progressiste » dit « communiste » du Mouvement.

Cette deuxième interprétation de la situation semble la plus plausible. Car, à cette époque, le seul mouvement politique d’envergure nationale était le MNC qui groupait, en dehors de l’ABAKO, la crème intellectuelle du Congo. Il fallait donc créer en son sein des divisions pour en casser l’influence sur le peuple congolais et amener les tribuns mobilisateurs des masses à se distraire dans des tensions internes.

Entretemps, au Kasaï, le torchon, allumé par les colons, brûlait entre les Baluba originaires du bassin de la Lulua et les Baluba venus du bassin des deux Mbilanji du Kasaï. Ce conflit provoqua l’exode des Baluba des deux Mbilanji de la région de Kananga vers la région des Mbilanji.

Se référant à la Charte de l’ONU préconisant l’opportunité dans des circonstances exceptionnelles, pour chaque peuple, de disposer de lui-même, les leaders du MNC Kalonji et du Mouvement Solidaire Muluba, élus au Katanga où ils avaient connu à cette même époque, la même infortune ainsi qu’au Kasaï, donnèrent à la région des Mbilanji une administration provinciale afin de gérer facilement les flux migratoires des réfugiés venant d’un peu partout sur le territoire national.

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Drapeau de la province sécessionniste


C’est alors que Kalonji fut élu Président de la Nouvelle entité provinciale. Le procès fait à Kalonji le traitant de sécessionniste n’a aucun fondement au regard de l’histoire et du droit international. Car, le problème était que le gouvernement central, empêtré dans des conflits suscités par le néo-colonialisme cherchant à vider l’indépendance de sa substance grâce à leur agent Mobutu, ne s’est préoccupé de la population réfugiée du Sud-Kasaï ni matériellement ni financièrement. Ca aurait été un crime de non-assistance à peuple en danger que de ne pas prendre en charge ce peuple poursuivi par des conflits jusque sur son propre territoire. Et mieux : 33 jours après l’indépendance, soit vendredi 02 août 1960, alors que le Premier Ministre Lumumba était en voyage aux USA, des troupes envoyées par Mobutu pour attaquer le Sud-Kasaï pénétraient dans Bakwanga le soir de ce même jour alors que les réfugiés arrivant en vagues successives, étaient occupés à se construire des cases. Les gens furent massacrés et les cases brûlées. Et Mobutu vint à Kananga donner une conférence de presse en ce même mois d’août 1960, se vantant d’avoir provoqué les événements de Bakwanga sans l’accord de sa hiérarchie (voir Récit de Pierre Davister). L’enquête menée au retour de voyage du Premier Ministre ayant établi sa responsabilité et craignant des sanctions, il s’empressa de faire révoquer le Premier Ministre début septembre 1960.
Les plaies de cette attaque du Sud-Kasaï cicatrisées, Kalonji entreprit de pacifier la région.

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1) Mwene-Ditu :

Bakwanga ne pouvant absorber les grands flux des réfugiés lettrés qui arrivaient et qui ne pouvaient se rendre dans leurs villages d’origine, Kalonji contacta maman Nseya de Bena Kanioka, Chef de Cité de Mwene-Ditu et obtint d’elle que les flux migratoires des réfugiés du bassin de la Lulua et ceux du Katanga puissent s’installer à Mwene-Ditu. Cela dure jusqu’aujourd’hui.
2) A Ntende, à la limite du territoire du Sud-Kasaï et du territoire du Kasaï Occidental sur la route allant de Bena Masanga à Mfuamba dans le territoire de Dibaya, eut lieu, début 1961, une cérémonie de réconciliation entre les Baluba des Mbilanji et ceux du bassin de la Lulua, sous l’œil vigilant de Mwanangana Kalamba et les chefs suffragants de son côté et de Mulopwe Kalonji Ditunga et les chefs coutumiers des Mbilanji. La réconciliation fut scellée jusqu’aujourd’hui. Et il n’y avait pas de facilitateurs blancs comme aujourd’hui, pas plus que la moindre délégation du gouvernement central.
3) Au Lac Munkamba eut lieu une cérémonie de réconciliation entre les Bakwa Luntu du Kasaï Occidental et les Baluba des Mbilanji, à la suite de quoi, Meso de Bakwa Luntu fut nommé Général dans l’armée du Sud-Kasaï. Il n’y avait pas de facilitateurs blancs comme aujourd’hui, pas plus que la moindre délégation du gouvernement central.
http://www.mesoeurasia.org/wp-content/uploads/2013/07/1961-albert-kalonji-kalondji-.jpg4) Une cérémonie semblable fut organisée à Kabinda entre les Basonge et les Bambu, ainsi appelés chez les Basonge les Baluba des Mbilanji. Il y eut ce jour-là match de football entre l’équipe de Kabinda et la sélection de Bakwanga. Des commerçants de Bakwanga vendirent leurs marchandises à la population de Kabinda. A la suite de cette réconciliation, un fils de Kabinda, un juriste, fut élu Vice-Président de la Province du Sud-Kasaï à Bakwanga. Et il n’y avait pas de facilitateurs blancs comme aujourd’hui, pas plus que la moindre délégation du gouvernement central.
5) Kalonji entreprit enfin d’apaiser les habitants de Luiza et Tshikapa dont quelques ressortissants furent ministres dans le gouvernement provincial de Bakwanga. Kalonji prouva ainsi ses qualités de sagesse, d’homme de paix, de fin négociateur et de leader compétent alors qu’il était à peine âgé de 30 ans. L’absence de facilitateurs dans ces étapes de réconciliation est une preuve , on ne peut plus évidente, de la maturité des peuples, de la classe politique pourtant jeune et moins instruite et des chefs coutumiers de l’époque.

A cette même époque-là, Kalonji était de tous les conciliabules organisés pour la survie du Congo déchiré par des guerres néocoloniales et contre son éclatement voulu par les Belges (Tananarive, Coquilhatville…). Mais comme « un prophète n’est jamais reconnu chez lui », des jalousies se manifestèrent et on divisa les Baluba des Mbilanji en Baluba du Haut de la montagne (on ne sait trop laquelle) et ceux du Bas de la montagne (on ne sait pas non plus laquelle).

http://www.hubert-herald.nl/CongoKinshasa_bestanden/image068.jpgLes ténors de ce mouvement divisionniste habillèrent leurs ambitions de pouvoir suprême dans la province du slogan de « démocrates » qu’ils se donnaient contre celui de « traditionnalistes monarchistes» qu’ils collaient aux partisans de Kalonji, sous le prétexte que s’étant fait investir Mulopwe, celui-ci avait des ambitions de pérenniser son pouvoir et d’installer une monarchie à Bakwanga. La division entre les Baluba d’en Haut et ceux d’en Bas s’étant installée, les soi-disant « démocrates » firent appel aux soldats de l’armée de Kinshasa pour chasser ceux qui défendaient les habitants du Sud-Kasaï contre des incursions de tous côtés au motif spécieux qu’ils étaient non pas une armée de défense du peuple, mais une milice kalonjiste. La division s’installa dans l’armée locale entre ceux d’en Haut et ceux d’en Bas. Et les premiers s’affilièrent aux troupes de Kinshasa. Il y eut alors un massacre à grande échelle des Balubas d’en Bas vers 1963 – 1964, pour le seul fait d’être soupçonnés de « kalonjistes ». Ainsi venait d’être violé un serment pris dans une réunion solennelle tenue chez Lutonga, grand roi des Baluba des Mbilanji à Tshibata, début 1960 ; réunion qui avait rassemblé tous les Baluba des Mbilanji dans leurs représentants ancestraux et politiques et qui avait décidé sous serment qu’il serait maudit à jamais quiconque verserait sur le territoire des Mbilanji le sang d’un fils de la région de manière arbitraire. Les soi-disant « démocrates » firent faire un coup d’Etat, mais ne purent tuer Kalonji qui leur échappa. Ils prirent sa place comme souhaité par eux et gérèrent la région à leur manière. C’est justement en 1963 qu’intervint Kalanda Mabika avec son livre « Tabalayi » en Tshiluba, conseillant la sagesse et de privilégier l’intérêt du peuple, en vain. Les séquelles de cette division demeurent avec crainte qu’elles n’atteignent l’institution ecclésiastique. Car, il s’avère qu’en politique, lorsqu’on a des chefs de piètre qualité, préoccupés de leur ventre et de leurs ambitions aux honneurs stériles, sans charisme particulier et sans véritable leadership, ils laissent derrière eux des malentendus profonds et des problèmes non résolus.

Interview complet d'Albert Kalonji


http://i2.tagstat.com/p1/0/-OiRR4Pcm8z_j5F5FIh0WU0z-gXNcBcBS-Ri0NXZq7E=.pngMulopwe Kalonji Ditunga Albert

Albert Kalonji s’est endormi depuis environ deux mois. Il a accompli son destin tel que son époque le lui a permis. Mais les Baluba des Mbilanji sont ingrats eux qui, au 50ème anniversaire de la création de leur province, ont traité l’initiateur de celle-ci comme une quantité négligeable et les images filmées en font foi.

Dans un livre de 500 pages « Le mal Zaïrois », Euloge Boissonnade a témoigné en disant de Kalonji que le roitelet du Sud-Kasaï était un homme d’une intelligence exceptionnelle.

Que son âme repose en paix.

MUAMBA KANTANDA
15/06/2015

 

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