Lien vers ce message 08 Juin 2015, 13:00
Publié le 08.06.2015 à 11:47 Malti 20 Minutes avec agences

Le groupe français emprunte une voie radicalement différente de Space X mais espère bien concurrencer rapidement le mastodonte américain...

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Avec Adeline, son modèle de fusée réutilisable (ici, un prototype), Airbus compte bien répond à l'américain Space X. - AFP/Djallal

L’américain Space X a pris de l’avance dans la conquête spatiale mais Airbus ne compte pas se laisser coiffer au poteau. Si l’Américain a déjà testé la récupération de ses capsules spatiales, le groupe français Airbus vient de présenter ses concepts de lanceurs spatiaux réutilisables et espère être prêt, lui, à l’horizon 2025-2030.

Pas question de laisser trop d’avance à son concurrent sur ce marché de la récupération des parties les plus chères d’un lanceur, Airbus compte donc rattraper son retard en misant sur deux concepts : Adeline (« ADvanced Expendable Launcher with INnovative engine Economy ») pour la réutilisation de l’étage principal de la fusée, et Space Tugs (remorqueur spatial) pour celle de l’étage supérieur.

Un projet lancé dans le plus grand secret en 2010

Une équipe d’ingénieurs planchent d’ailleurs sur le sujet dans le plus grand secret depuis 2010, dans un hangar du centre d’Airbus DS, aux Mureaux en banlieue parisienne, façon start-up. L’équation est compliquée car la réutilisation du lanceur n’a de sens que si elle est moins coûteuse que le lancement classique, qui tire sa rentabilité des économies d’échelle qu’il induit. L’objectif est donc bel et bien de récupérer les éléments les plus onéreux et les remettre en état de voler à un coût réduit.

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« Dans un lanceur, il y a un étage supérieur et un étage principal. Le principal propulse et guide la fusée dans la première partie de son voyage, le supérieur opère dans la deuxième partie. Si vous voulez explorer la réutilisation, vous avez deux voies : la réutilisation de l’étage supérieur et (celle) de l’étage principal », explique plus en détails François Auque, le directeur de la branche spatiale d’Airbus Defence and Space. « Pour la réutilisation de l’étage principal, on fait revenir les morceaux les plus coûteux et on essaie de faire en sorte que ce qui revient coûte beaucoup moins cher à remettre en état de vol que d’en faire de nouveaux. »



L’étage supérieur stocké « dans un parking dans l’espace »

L’étage supérieur va lui « très, très loin dans l’espace, et le faire revenir (sur Terre) est plus compliqué. L’idée est donc que l’étage supérieur ne revient pas, on le stocke sur un + parking + dans l’espace » pour le réutiliser à partir de là. Aujourd’hui, l’étage supérieur d’un lanceur propulse le satellite en orbite et une fois la mission accomplie, il est placé sur une orbite cimetière ou est « désorbité ». Avec le Space Tugs, l’étage supérieur est donc positionné à quelques 1.000 kilomètres d’altitude, où il est ravitaillé par les lanceurs suivants en fluide propulseur et en satellites.

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Adeline est donc plus original car « il allie les technologies spatiales à celles de l’aéronautique », explique Hervé Gilibert, le directeur technique espace d’Airbus DS. L’idée est de « récupérer la baie propulsive et le moteur », qui représentent 80 % de la valeur du lanceur, en les protégeant avec un bouclier thermique lors du retour sur Terre.

« Décollage vertical, atterrissage horizontal »

Adeline se présente comme un empennage situé à la base du lanceur, doté de petites ailes et de turbopropulseurs dont les hélices se déploient, son carburant dans les ailes, comme un avion. Une fois sa mission accomplie, il se désolidarise du réservoir avant d’être piloté comme un drone pour se poser sur une piste d’atterrissage. Le principe est celui du « décollage vertical, atterrissage horizontal ». Une fois posé, on récupère la baie propulsive, l’assemble à un nouveau réservoir et l’ensemble peut repartir. Airbus vise
une réutilisation 10 ou 20 fois, voire plus, du moteur.

Et l’enjeu est donc considérable car il faut relever les défis technique et économique, alors que Space X, l’entreprise du milliardaire Elon Musk (également propriétaire du constructeur automobile Tesla), est déjà en train d’expérimenter son propre concept en tentant, par deux fois, de faire revenir le premier étage d’une fusée Falcon 9 sur une barge dans l’Atlantique.

Des gains d’environ 30 % sur le coût d’exploitation du lanceur

Selon Hervé Gilibert, le système Airbus est « peu contraignant », très flexible et a peu d’impact sur la performance opérationnelle, contrairement à SpaceX qui perd plus du tiers de la capacité de performance de son lanceur. Airbus estime à 2 tonnes la quantité d’ergol (carburant) nécessaire pour faire revenir son module, là où Space X a besoin de 40 tonnes avec un lanceur récupéré verticalement sur une barge en mer.

Au plan économique, Airbus vise des gains d’environ 30 % sur le coût d’exploitation du lanceur, estimé à 70 millions de dollars pour Ariane 6.2, la version à deux boosters du futur lanceur. Ces deux pistes sont indépendantes et adaptables à Ariane 6, souligne François Auque, mais ne seront opérationnelles qu'« après 2020, une fois qu’Ariane 6 volera ». « 2025 me paraît ambitieux ».

SpaceX n’attendra pas si longtemps pour mettre au point son système. D’où l’urgence d’avancer vite sur Ariane 6, prévient François Auque : « Aujourd’hui, notre feuille de route et notre priorité absolue, avec un objectif de voler en 2020, c’est Ariane 6 ».
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