Lien vers ce message 08 Juin 2015, 6:59
6 juin 2015 bigbrowser.blog.lemonde.fr

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La page d'accueil de Facebook.

"Si c'est gratuit, vous êtes le produit." L'antienne de l'économie à l'heure d'Internet a tellement conquis les esprits que rares sont ceux qui prennent la peine de la contester. Zeynep Tufekci fait partie de ceux-là. "Je veux être une cliente, pas un produit", lance la sociologue américaine, spécialiste des interactions entre technologie et société, dans une tribune à fort retentissement publiée samedi 6 juin dans le New York Times, intituée "Mark Zuckerberg, laissez-moi payer pour Facebook".

Déroulant un raisonnement aussi simple qu'efficace, Mme Tufekci rappelle qu'un utilisateur ne rapporte en moyenne au réseau social que 20 cents (18 centimes d'euros) par mois, issus de publicités de plus en plus ciblées affichées par les annonceurs sur la base de leurs informations personnelles. Et ce, alors que nous passons en moyenne 20 heures par mois sur Facebook.

Et alors que les inquiétudes vont grandissantes sur les enfreintes à la vie privée qu'induit cet hyper-ciblage publicitaire, Zeynep Tufekci postule que beaucoup de gens "seraient contents de pouvoir payer plus de 20 cents par mois à Facebook ou à Google pour ne pas [les] surveiller, pour un meilleur chiffrement [des communications] et pour [les] traiter comme [des] client[s] dont les préférence et la vie privée comptent". "Si rien que le quart des 1,5 milliard d'utilisateurs de Facebook acceptaient de payer un dollar [0,9 €] par mois [...], cela rapporterait plus de 4 milliards de dollars par an."

La chercheuse remet en cause l'idée selon laquelle la plupart des internautes ne seraient pas prêts à payer directement pour des services pour Internet. "C'est parce que nous sommes trompés par le préjugé selon lequel ces services sont gratuits. Avec une compréhension croissante du coût de la publicité pour la vie privée, cela pourrait bien changer", écrit-elle. Et de citer l'exemple du loueur de vidéos Netflix, qui compte aux Etats-Unis des milliers d'abonnés malgré la profusion de contenus pirates gratuitement accessibles sur Internet. Une telle décision constituerait un tournant dans l'histoire de Facebook, qui affiche depuis 2010 sur sa page d'accueil le slogan : "C'est gratuit et ça le restera toujours."
 

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