Lien vers ce message 28 Mai 2015, 16:45
Par Marie-Noëlle Delaby Publié le 28-05-2015 à 13h40 sciencesetavenir.fr

La nutrigénomique étudie la façon dont les gènes et les nutriments interagissent. Dans le futur, notre modèle alimentaire pourrait être adapté à notre profil génétique et métabolique.

http://referentiel.nouvelobs.com/file/14040318.jpg
La nutrigénomique laisse entrevoir la possibilité d’un régime alimentaire adapté à notre profil génétique et métabolique. ©WALTER ZERLA / Cultura Creative / AFP


ALIMENTATION. En marge de l’actuelle exposition universelle qui se tient à Milan (Italie) jusqu’au 31 octobre et qui a pour thème "Nourrir la planète, énergie pour la vie", des sociologues de l’alimentation était réunis par l’Ocha (Observatoire des habitudes alimentaires de l’interprofession laitière) pour s'interroger sur l’influence possible de la nutrigénomique sur notre modèle alimentaire futur. La nutrigénomique consiste à étudier la façon dont les gènes et les nutriments interagissent, et par conséquent la raison pour laquelle les personnes réagissent différemment à certains aliments. Chaque individu dépend en effet intimement de son environnement et se distingue par ses goûts mais aussi par les réponses de son organisme à ce qu’il ingère.

Des prédispositions génétiques à l’obésité

Le génome de chacun peut influencer la façon dont les aliments sont utilisés. Plusieurs études ont ainsi montré des prédispositions génétiques à l’obésité. Mais les aliments – et plus encore la carence en certains aliments – peuvent à leur tour affecter l’expression des gènes. Ces modifications peuvent survenir directement sur le code génétique ou induire des modifications dite épigénétiques qui, tel un système d’allumage ou de verrouillage, régulent l’expression de certains gènes. Ces dernières surviennent préférentiellement lors de "fenêtres" de vie dont la plus connue est celle des 1000 jours qui couvre la période allant de la vie fœtale à 2 ans. Une malnutrition subie durant la grossesse ou l’enfance peut ainsi entraîner des modifications épigénétiques favorisant l’apparition de maladies chez l’adulte qui peuvent dans certains cas se transmettre sur plusieurs générations.

Attention à ne pas prendre un terrain glissant en mêlant avancées scientifiques, réalité et fantasmes"

La nutrigénomique laisse donc entrevoir la possibilité d’un régime alimentaire adapté à notre profil génétique et métabolique. Mais de l’avis même des chercheurs, les connaissances étant encore parcellaires, il est trop tôt pour en tirer des recommandations. "Attention donc à ne pas prendre un terrain glissant en mêlant avancées scientifiques, réalité et fantasmes, prévenait Tristan Fournier, chercheur en sociologie à Toulouse en préambule de la conférence donnée à Milan. On voit d’ores et déjà émerger des promesses médicales basées sur l’économie de marché alors que les connaissances ne sont pas encore stabilisées". A l’instar de la société américaine 23 and me, qui propose pour 99 dollars une analyse du code génétique via un test salivaire, accompagnée de conseils nutritionnels soit-disant adaptés au profil de ses 600000 clients.

Des enjeux éthiques et sociaux

Au-delà de sa pertinence actuelle – discutable – une alimentation à la carte "génétique" est-elle acceptable dans le futur ? Son développement potentiel n’ira pas sans soulever des enjeux éthiques et sociaux estimait à la tribune milanaise le sociologue Jean-Pierre Poulain. En attribuant au consommateur la responsabilité morale de sa santé et de celle de sa descendance, la nutrigénomique peut être culpabilisante, voire stigmatisante pour les gens ne voulant pas ou ne pouvant pas se soumettre aux recommandations. En n’étant accessible qu’aux personnes riches, elle pourrait aussi être une source majeure d’inégalités sociales. Enfin, selon le sociologue Claude Fischler*, également présent lors de ces débats, une alimentation personnalisée pourrait remettre en cause, au nom de l’individu, un fondement de notre société : le partage et la commensalité du repas et nous pousser progressivement de la communion à la négociation.

* Auteur de : "Alimentations particulières. Mangerons-nous encore ensemble demain ?", Odile Jacob, 2013.
 

Commentez sur Facebook