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14 MAI 2015 | PAR ERIC HERIOT Lefigaro

Quand le Clan Kabila siphonne les mines du pays

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Mais pourquoi donc s’accrochent-ils avec cette extrême ténacité à leur pouvoir ? L’Afrique est-elle condamnée à vivre en marge de la démocratie ? La nouvelle est tombée, sans vraiment surprendre. Pierre Nkurunziza, le président du Burundi a été démis de ses fonctions par l’ancien chef des services secrets qu’il avait limogé. Le général Godefroid Niyombare avait justement conseillé à Nkurunziza de ne pas briguer un troisième mandat, ce qui, visiblement n’a pas plus au président. C’est un autre épisode d’un feuilleton que le monde croyait terminé. Il n’y a pas si longtemps, le Burkina Faso a chassé son président Blaise Compaoré qui lui aussi voulait une constitution à la hauteur de ses ambitions présidentielles. D’autres pays connaissent des mouvements sociaux pour la même raison. Les présidents qui avaient pourtant été à l’origine des constitutions de leurs pays se sont aperçus que ces dernières pouvaient être modifiées autant de fois qu’on le désire.

La République démocratique du Congo attend son sort, le pays étant dans une grande incertitude. Les élections présidentielles prévues en 2016 font l’objet d’une lutte acharnée entre le clan présidentiel mené par le président Joseph Kabila et les différentes composantes de l’opposition. Joseph Kabila sait que la constitution ne lui donne droit qu’à deux mandats et pourtant, lui aussi, pense que le texte fondamental des Congolais peut et doit être remanié afin de lui permettre de se représenter aux prochaines élections. Les Congolais n’ont pas apprécié, surtout qu’ils ont payé le prix fort pour chasser le dictateur Mobotou qui les a si longtemps oppressés.

Le clan Kabila ne défend pas sa position pour rien, et cela se comprend. En Afrique, le pouvoir donne accès à des richesses immenses. Et la République démocratique du Congo est très riche. Dans le domaine agricole, les superficies arables sont immenses et peuvent nourrir toute l’Afrique. Les réserves en eau sont tellement grandes que le pays peut aisément se servir et servir d’autres pays. Quant au sous sol, il regorge de minerais variés et très demandés par toutes les industries du monde. Et bien sûr, il y a les ressources humaines. Autant de richesses qui poussent à se poser la question de savoir pourquoi la RDC ne s’est pas développée. Pourquoi n’est-elle pas un pays émergent ? Plusieurs pays, disposant de bien moins de ressources se sont stabilisés dans la démocratie et amélioré leur économie, tout simplement parce qu’ils ont adopté une meilleure gouvernance, donnant la priorité à l’Etat de droit. C’est justement ce qui manque en RDC. Le grand reporter du Figaro, Renaud Girard, qui vient de renter d’un voyage dans le pays de Kabila met le doigt sur la vraie raison qui empêche les investisseurs étrangers de venir en RDC, malgré son énorme potentiel. Pour lui, c’est l’absence de confiance qui est à l’origine de ce boycott général. Et la confiance ne peut s’instaurer que lorsqu’il y a un Etat de droit.

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Lorsqu’un investisseur arrive dans un pays, il explore bien sûr les possibilités économiques, mais aussi et surtout les garanties légales et réglementaires qui lui permettraient de lancer et poursuivre ses activités dans la sérénité. Or, lorsqu’en RDC on s’aperçoit que le clan du président infiltre presque tous les secteurs économiques, on se pose des questions. Un investisseur pourra-t-il avoir gain de cause lorsqu’il sera confronté au frère, à l’épouse ou à la cousine du président. Car la famille est partout et notamment dans les mines. Ainsi, le beau frère de Joseph Kabila aurait mis la main sur la mine de Lupoto, tandis que Mme Kifawa, la femme de son oncle profiterait de celle de Kawirila qui se trouve sur la route de Likasi, à 45 kilomètres de Kinshasa. Un autre beau frère et une tante extraierait les minerais de Tokotens à Kambove pour le premier et de Museba pour la deuxième. Là aussi c’est à Likasi, la riche région minière de la RDC. Tout laisse croire que le partage s’est fait lors d’une réunion de famille de laquelle la sœur du président serait sortie, elle aussi, avec la licence d’exploitation de la mine de Biwaya à Kolwesi.

Dans ces circonstances, il serait difficile à un investisseur de s’aventurer à moins de se soumettre à la loi non écrite qui l’oblige à partager avec la famille présidentielle pour travailler en paix. Un système corrompu évidemment qui fait fuir même les investisseurs congolais qui ne peuvent jamais avoir une visibilité non seulement à long terme, mais pire encore, à moyen et court termes.

On comprend bien alors pourquoi Joseph Kabila tient à rester au pouvoir pour un troisième mandat. Il doit assurer à son clan la « stabilité » qui lui permettra de siphonner les ressources du pays. On ne s’étonnera pas alors de voir les jeunes Congolais parmi les premiers à tenter l’aventure fatale de l’immigration clandestine, pour aller, pour la plupart d’entre eux, mourir devant les côtes européennes.
Message édité 1 fois, dernière édition par root, 16 Mai 2015, 3:49  
 

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